par Delphine Le Goff
Décidément, chaque semaine apporte son lot de mauvaises nouvelles en provenance de la presse américaine. Cette semaine, le groupe de presse du prestigieux New York Times a annoncé qu'il était carrément tombé dans le rouge au premier trimestre. Le groupe a encaissé une perte de quelque 75 millions de dollars à la suite d'un effondrement de 30% de ses recettes publicitaires. La semaine précédente, c’est le premier groupe de presse du pays, Gannett, propriétaire notamment du quotidien USA Today, qui avait annoncé une chute de près de 60% de son bénéfice trimestriel après avoir vu ses recettes publicitaires chuter de plus d’un tiers.
La presse traverse des heures sombres, et il n’est pas certain que le salut de l’information passe par Internet, comme on a pu le penser à une époque. Devant l’inflation des prix du papier, et des coûts de distribution, certains éditeurs ont fait le pari de cesser la parution de leurs journaux pour basculer entièrement sur Internet. Il semble que ce choix soit quasi-suicidaire. Exemple : mi mars, le quotidien Seattle Post-Intelligencer a cessé de paraître en kiosque. Son propriétaire, le puissant groupe de presse Hearst, a décidé d’arrêter d’imprimer le journal, qui essuyait des pertes importantes. Passer sur le web semblait une bonne idée pour donner une deuxième vie au quotidien. Malheureusement, les premiers résultats ne sont guère encourageants : le lectorat du site est tombé à 1,4 million d’utilisateurs. En février dernier, il se montait quasiment à deux millions.
Autre exemple édifiant, celui du Rocky Mountain News, dans la Colorado. Le journal le plus ancien des États-Unis, avec 150 ans d’existence, a stoppé les rotatives en mars dernier. Trente anciens journalistes du quotidien ont décidé de poursuivre l’aventure en lançant un site, INDenverTimes.com. Un mois plus tard, les résultats sont désastreux : seulement 3000 lecteurs se sont abonnés au site, alors que ses fondateurs tablaient plutôt sur 50 000 abonnés payants.
L’information payante sur Internet est-elle une chimère ? Cela ne fait pas l’ombre d’un doute, selon Rick Edmonds, spécialiste de l’économie des médias. « Les gens sont-ils prêts à payer pour des informations généralistes en ligne ? Dans la plupart des cas, la réponse est non », déclare-t-il dans un article de l’AFP. Entre les recettes publicitaires en berne et les lecteurs habitués à la gratuité, l’information sur Internet est décidément loin d’avoir trouvé son modèle économique.
En partenariat avec Stratégies
Archives