par Amaury de Rochegonde
France Télévisions a présenté jeudi ses programmes avec une nouvelle inattendue : « Il y a plus d’argent dans les caisses que prévu ».
Oui, alors pour bien comprendre cette situation rocambolesque que la presse appelle déjà l’histoire de la cagnotte, il faut se souvenir que depuis le début de l’année, le groupe audiovisuel et plus largement tous les défenseurs de la télévision publique, n’arrêtent pas de crier famine en disant qu’il n’y aura bientôt plus d’argent dans les caisses, que France Télévisions va présenter cette année un déficit de plus de 130 millions d’euros, bref que rien ne va plus. Or, voici qu’en plein cœur de l’été, la présidence de France Télévisions, Patrick de Carolis en tête, se découvre un excédent de recettes publicitaires de 70 millions d’euros. Motif officiel : la régie publicitaire a bien travaillé, elle touche des cibles socioprofessionnelles supérieures qui intéressent les annonceurs en période de crise, car rappelons-le, pour deux ans encore, France Télévisions continue de diffuser des écrans publicitaires avant 20 heures.
Là où cette nouvelle prend un tour plus politique, c’est que le ministre du Budget, Eric Woerth, aimerait bien mettre la main sur cette cagnotte pour la reverser au budget de l’Etat. D’où la réaction effarouchée de Carolis : « Attention, nous ne sommes pas une administration comme une autre, nous sommes une entreprise autonome et nous voudrions affecter ce surplus à la résorption de notre déficit. » Le président de France Télévisions, qui défend son bilan pour sa dernière année de mandat, défend aussi un certain type de relation par rapport à sa tutelle gouvernementale. Mais là où les choses se corsent c’est que le groupe public bénéficie d’une garantie de compensation « à l’euro près » du manque à gagner publicitaire après 20 heures : soit 450 millions d’euros pour 2009.
Comment a été calculé ce chiffre ? Eh bien, en prétendant que les recettes publicitaires en journée étaient très faibles et qu’il fallait donc fortement compenser. Or, on voit bien que l’écart entre l’estimé et le réel va atteindre les 70 millions d’euros et que les chaînes privées n’avaient pas tout à fait tort quand elles prétendaient que le manque à gagner était nettement surévalué compte tenu des recettes diurnes. Résultat : TF1 et M6 ont déposé un recours auprès de la commission européenne contre la dotation accordée par l’Etat à France Télévisions.
C’est vrai qu’on comprend un peu la rage des groupes privés : ils étaient censés être les bénéficiaires de la réforme de l’audiovisuel, on parlait même des cadeaux faits à TF1 et M6. Or, voilà qu’ils doivent payer une taxe sur leurs recettes pour aider le public alors même que la crise rogne leurs cagnottes à elles.
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