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Article publié le : vendredi 03 septembre 2010 - Dernière modification le : lundi 06 septembre 2010

Rapport UICN 2009 : les eaux douces méritent soin et protection

Le "Cadiscus aquaticus" vernal du Cap est en voie de disparition, écrasé par le bétail et les lourdes machines agricoles.
Le "Cadiscus aquaticus" vernal du Cap est en voie de disparition, écrasé par le bétail et les lourdes machines agricoles.
Nick Helme

Par Arnaud Jouve

« Imaginez la pêche sans poissons, l'exploitation forestière sans arbres, le tourisme sans récifs coralliens ni autres espèces sauvages, les cultures sans pollinisateurs », explique Jean-Christophe Vié, directeur adjoint du Programme de l'UICN pour les espèces et rédacteur principal de la publication du rapport UICN. Interrogée par RFI, Annabelle Cuttelod, de l'UICN (l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature en France), co-auteur du rapport sur les espèces menacé, s'exprime sur l'ampleur du désastre.
 

Arnaud Jouve : Annabelle Cuttelod, le rapport de l’UICN (l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature en France) que vous venez de sortir sur les espèces menacées dans les eaux douces en Afrique dresse un état alarmant de la perte de la biodiversité ?

Annabelle Cuttelod : Absolument, un grand projet d’évaluation du statut des eaux douces (les rivières, les lacs, les marais) d’Afrique a été mené au niveau international avec plus de deux cents experts. L’objectif ? Dresser un constat de ce qui se passait dans ces systèmes, tellement fondamentaux pour les êtres humains ! Et en fait, on s’est rendu compte que quasiment une espèce sur cinq, parmi toutes les espèces évaluées, est menacée d’extinction. Ce qui est évidemment assez catastrophique. On se rend compte que les systèmes d’eaux douces sont parmi les plus menacés au monde.

RFI : Quels sont justement les types d’espèces les plus touchés par exemple ?

A.C. : Là, nous avons évalué toutes les espèces de poissons, de libellules, d’escargots donc de mollusques, de crabes, ainsi que des plantes aquatiques, pour avoir une vue représentative de ce qui se passait dans ces rivières, dans ces lacs. Et on se rend compte que des espèces de poissons, notamment qui constituent la base pour les pêcheries dans de nombreuses régions, sont parmi les espèces les plus menacées.

RFI : C’est un phénomène que vous avez observé sur tous les bassins hydrauliques du continent ?

A.C. : Alors, évidemment, il y a des zones qui sont plus menacées que d’autres, il y a des zones qui sont plus préservées. On se rend compte que la majorité du temps, les zones dans lesquelles il y a le plus d’activité humaine sont aussi des zones dans lesquelles il y a une très grande diversité d’espèces. Ce sont malheureusement aussi les zones les plus affectées et donc les plus menacées.

RFI : Les zones d’eaux douces sont des zones particulièrement vulnérables ?

A.C. : Absolument. Les rivières, les lacs sont des écosystèmes très fragiles qu’il convient vraiment d’utiliser avec précaution parce qu’ils nous fournissent quantité de services … que ce soit pour la purification de l’eau ou la nourriture -à travers les pêcheries par exemple- , qui fournissent du matériel de construction pour les maisons, ou de matériaux de base pour les habits à travers notamment toutes les plantes aquatiques.

RFI : Et ce sont des zones qui sont particulièrement riches en termes de biodiversité ?

A.C. : Oui, oui, oui.

RFI : Cette perte est-elle spécifique à l’Afrique ou la déplore-t-on ailleurs dans le monde ?

A.C. : Les rivières et les lacs du monde entier sont sous grande pression. Maintenant, c’est la première fois qu’au niveau mondial, un continent entier tel que l’Afrique a été évalué et là, on a vraiment les résultats finaux scientifiques qui nous montrent à quel point la situation va mal.

RFI : Est-ce que c’est vraiment principalement du fait de l’activité humaine ?

A.C. : Oui. Clairement, l’impact des activités humaines. La principale menace pour les espèces d’eaux douces est liée aux problèmes de changement d’utilisation du sol, notamment en lien avec la déforestation et avec l’intensification de l’agriculture. A part ça, la pollution est une autre des menaces très importantes et on retrouve enfin la construction d’infrastructures telles que les barrages. Donc ce développement là qui va se poursuivre dans les prochaines années a un lien direct sur le risque d’extinction des espèces.

RFI : Qu’attendez-vous de ce rapport ? Quelles sont vos recommandations ?

A.C. : Alors en fait, ce rapport arrive à point nommé dans le sens où on assiste au début d’une grande vague de développement dans la mise en place d’infrastructures hydrauliques en Afrique. Pour atteindre notamment les buts du développement du millénium, il y a de grands projets de mise en place d’infrastructures de barrages et autres. Et en fait, ce rapport va donner aux preneurs de décision, aux gens qui travaillent dans le développement, l’information nécessaire pour pouvoir s’assurer que ce développement soit fait de la bonne manière pour assurer un développement durable en Afrique.

tags: Environnement
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