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    Science

    Malgré les critiques, l'étude sur les OGM a peut-être ébranlé l'opinion publique pour longtemps

    media L'autorité européenne pour la sécurité des aliments a rejeté l'étude de Gilles-Eric Séralini (photo), notamment pour ses problèmes de méthodologie. AFP PHOTO/JACQUES DEMARTHON

    Gilles-Eric Séralini est entendu ce mardi 9 octobre par les députés. Le professeur doit s'expliquer sur les résultats de son étude qui a porté, pendant deux ans, sur les effets des OGM sur la santé. Plus précisément, les effets du maïs génétiquement modifié et du pesticide Roundup produits par le géant de l'agroalimentaire Monsanto. D'après lui, les OGM et le Roundup augmenteraient les chances d'avoir des tumeurs chez les rats, donc chez les humains. L'étude est certes très critiquée mais a tout de même secoué l'opinion et les pouvoirs publics.

    Et pour cause, à en croire les scientifiques, la méthodologie du professeur Séralini n'était pas vraiment adaptée à l'objet de l'étude. Aucune définition par exemple de l'hypothèse recherchée, donc un cahier des charges mal défini. Le rapport d'étude ne mentionne notamment pas comment ont été nourris les rats, ni s'ils étaient en surpoids. Des facteurs qui influent sur l'apparition de tumeurs et qui sont d'autant plus importants que le type de rats choisi pour l'étude est connu pour en développer déjà naturellement.

    Autre problème : le plan de communication lié à la publication de l'étude. Le professeur a accordé l'exclusivité à l'hebdomadaire le Nouvel observateur. Les journalistes et scientifiques n'ont donc eu aucune possibilité d'examiner l'étude avant sa publication. Un facteur qui a participé à la frénésie médiatique et éveillé les soupçons des scientifiques quant au contenu de l'étude. D'après Gilles-Eric Séralini, ce secret entretenu autour de ses résultats était nécessaire pour s'assurer que l'étude soit publiée. Mais pour Glen Millot, chercheur de l'association des sciences citoyennes, le but n'était pas vraiment de prouver les dangers des OGM, mais de semer le doute et d'attirer l'attention sur les méthodes de l'industrie agroalimentaire. Monsanto et ses concurrents ne publient pas tous les paramètres de leurs études sur leurs produits, couverts par la protection du secret industriel.

    Semer le doute

    La méthode s'est avérée efficace puisque depuis, de nombreuses autorités ont exprimé des doutes sur l'innocuité des OGM. D'ailleurs, même le lobby pro-OGM, l'Association française des biotechnologies végétales, a admis que les tests pour la mise en circulation des OGM peuvent être améliorés et affinés. Pas tant sur la durée de l'examen, mais sur les modalités et les outils mis en œuvre.

    De leur côté, les autorités françaises ont choisi la prudence. A l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation de se prononcer sur le bien-fondé de l'étude. Mais le Premier ministre Jean-Marc Ayrault l'a d'ores et déjà affirmé : il serait possible d'interdire l'importation si des faits nouveaux étaient avérés.

    Mêmes précautions chez nos voisins européens. En Allemagne, par exemple, l'agence sanitaire s'est elle aussi penchée sur les résultats du professeur Séralini. Et en Russie, l'importation des OGM Monsanto a même été suspendue en attendant l'avis des chercheurs qui examinent l'étude.

    Ce que les Etats attendent, en fait, c'est une décision de l'Europe et plus précisément de la Commission européenne, qui tarde pour l'instant à venir mais qui sera vraisemblablement en faveur de l'importation des OGM. En effet, l'EFSA, l'Autorité européenne de sécurité des aliments, a rejeté l'étude de Gilles-Eric Séralini, notamment pour ses problèmes de méthodologie.

    Protection des lanceurs d'alerte

    Si une majorité critique l'étude, certains considèrent Gilles-Eric Séralini comme un lanceur d'alerte au même titre qu'Irène Frachon pour le Mediator.

    C'est le cas notamment de Marie-Christine Blandin, sénatrice Europe Ecologie-Les Verts. Elle propose donc une loi pour la création d'une Haute autorité de l'expertise scientifique et de l'alerte en matière de santé et d'environnement (HAEA). Marie-Christine Blandin est partie d'un double constat :

    « Quand on fait des investigations, on s'aperçoit toujours qu'on trouve des gens qui sont normalement au service de la chose publique, et qui étaient parallèlement payés par les laboratoires ou bien des firmes, donc leur avis n'était pas neutre. Et on s'aperçoit qu'il y a toujours quelqu'un dans l'histoire qui a un moment donné a prévenu d'un risque dont la hiérarchie n'a pas tenu compte ».

    Le but de la HAEA est donc de recueillir les alertes, pour découvrir plus rapidement un potentiel danger sanitaire comme celui du Mediator, ou celui des éthers de glycol. Elle permettrait aussi de contourner la pluralité des agences sanitaires en France et de protéger un lanceur d'alerte de sa hiérarchie et de ses pairs, qui pourraient l'attaquer ou le diffamer. André Cicolella, maintenant toxicologue à l'Institut national de l'environnement industriel et des risques, a par exemple été licencié en 1994 de l'Institut national de recherche et sécurité pour avoir alerté sur les risques des éthers de glycol.

    Cette Haute autorité serait surtout en charge de dicter les règles de conduite des experts de la santé en France, de chapeauter les recherches scientifiques, c'est-à-dire d'établir les protocoles, mais sans forcément faire elle-même les investigations. Le texte doit passer au Sénat le 15 octobre prochain.

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