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    Science

    Sur RFI, l’appel de Bill Gates sur les maladies tropicales négligées

    media Bill Gates, lors de l'émission Priorité Santé, diffusée le vendredi 4 avril 2014. RFI/Didier Bleu

    Priorité santé vous propose ce vendredi 4 avril une interview de Bill Gates. L'homme le plus riche du monde, cofondateur de Microsoft, a lancé il y a plusieurs années une fondation pour améliorer la santé dans les pays en développement, la Fondation Bill-et-Melinda-Gates.

    Bill Gates était à Paris mercredi 2 avril à l’Institut Pasteur, pour une rencontre des membres du partenariat « S’unir pour combattre les maladies tropicales négligées ». L’objectif étant de faire le point sur les avancées dans ce domaine. Constitué à Londres le 30 janvier 2012, le partenariat rassemble notamment 13 laboratoires pharmaceutiques, la Banque mondiale, les structures d’aide au développement des gouvernements américain et britannique, et la Fondation Bill et Melinda Gates.

    RFI : Deux ans après la déclaration de Londres où en est-on dans la lutte contre les maladies tropicales négligées* ?

    Bill Gates : Il y a deux ans, un certain nombre de partenaires se sont réunis et ont décidé d'investir davantage de moyens et d'innovation dans le traitement de ces dix maladies. L'annonce par les entreprises pharmaceutiques qu'elles feraient don en grande quantité des médicaments les plus utilisés a également marqué les esprits. Le programme de distribution massive de médicaments - qui consiste à aller distribuer les médicaments directement aux populations - concerne 5 de ces 10 maladies. Grâce à ces donations, aujourd'hui, tous nos donateurs peuvent voir qu'ils doivent maintenant financer des programmes de livraison de médicaments. Et en fait, nous avons gagné en efficacité sur ce point dans notre travail avec les pays africains, avec qui on élabore un mapping pour savoir quelles sont les différentes maladies qui les touchent. Et du coup, au lieu d'agir ponctuellement contre l'onchocercose ou la schistosomiase, on peut préparer les médicaments pour n'importe laquelle de ces cinq maladies, en fonction de celles qui touchent réellement les populations.

    Vous avez besoin de nouveaux partenaires pour ce projet. Vous avez rencontré François Hollande hier. Va-t-il donner plus d'argent pour la lutte contre les maladies tropicales négligées ?

    La France a beaucoup donné au fil des années, à l'échelle européenne. Elle supporte l’Initiative pour des médicaments pour les maladies négligées (DNDi) et l'Institut Pasteur, qui travaille beaucoup sur ces questions. Elle a même annoncé un petit don supplémentaire au DNDi. C'était gentil de la part des Français de le faire au moment où on organise cet événement, pour montrer leur solidarité et leur implication dans ce secteur.

    Mais comme vous l'avez dit vous même, c'est une petite somme. N'attendiez-vous pas un montant plus conséquent de la part de la France ?

    La plupart de nos prévisions budgétaires sont calculées selon des cycles pluriannuels, donc à l'heure de faire un bilan des progrès, on n'a pas dit aux gens: « Hey ! On va faire le point sur les comptes ! ». Il s'agit plutôt de faire un point sur la situation dans son ensemble. Nous avons obtenu une contribution de la Banque mondiale de 120 millions de dollars pour l'Afrique de l'Ouest, nous avons d’autres donateurs qui apportent 50 millions de dollars pour la lutte contre les vers parasites et nos donateurs privés nous versent un total de 125 millions. Et ce que nous montrons, c’est que l’impact par dollar investi est très clair : nous récoltons plus d'argent, et même si cela ne suffit pas à financer la distribution massive de médicaments pour ces cinq maladies partout où on le voudrait, nous approchons du but grâce à la gratuité des médicaments et à un système de livraison plus efficace.

    Quels sont les prochains objectifs sur le terrain des maladies tropicales négligées ? D’ailleurs, doit-on toujours les qualifier de « négligées » ?

    Il faudra compter encore 4 à 6 ans et faire encore de gros progrès avant de pouvoir dire que ces maladies ne sont plus « négligées ».

    Le ver de Guinée était en voie d'éradication, mais les événements au Mali et au Soudan du Sud ont ralenti le processus (il y a eu 148 cas l'année dernière). En ce qui concerne la maladie du sommeil, les chiffres ont beaucoup baissé. C'est un exemple formidable d'innovation parce qu’aujourd'hui on a un test de dépistage qui se fait par un simple frottis sanguin, alors qu'avant il fallait faire des tests par centrifugation, puis une ponction lombaire, tout ça nécessitait une équipe médicale et énormément de matériel. Aujourd'hui, le diagnostic est simple, nous avons même un médicament en phase d’essai, ça s'annonce plutôt bien, et on peut espérer une homologation d'ici un an et demi. Il s'appelle le Fexinidazole, c'est un traitement par voie orale qui évitera aux patients atteints de quitter leur village pour aller se faire faire des piqures. Il suffira de leur fournir directement une boîte de médicaments avec 10 comprimés. Cela nous permettra d’agir même en République démocratique du Congo (RDC), très touchée par ces maladies, et où l'acheminement des personnels soignants et du matériel est évidemment très difficile. Ce projet, qui s'appelait « programme de contrôle » a été rebaptisé « programme d'élimination ». Voilà la nouveauté de ces dernières semaines.

    Pour la plupart de ces maladies, notre objectif est de faire baisser les statistiques, par exemple en ce qui concerne l'helminthiase transmise par le sol. Les conséquences sont très graves sur le développement physique et mental des enfants. Le seul fait de pouvoir organiser une distribution massive et efficace des médicaments ne nous a pas permis d'éliminer la maladie, mais on a constaté une nette diminution des cas.

    Les groupes pharmaceutiques ont fait des dons pour de nombreux traitements, mais les dons ne sont pas une pratique durable. Ne devrait-on pas plutôt pousser les entreprises à vendre leurs médicaments moins chers ?

    Ces donations se font sur le très long terme et en très grosses quantités, et je peux vous assurer que ces entreprises amortissent leurs coûts. Par exemple, pour beaucoup de ces médicaments, le coût de production par comprimé a été réduit au maximum. Mais certains médicaments sont chers à produire, certains vaccins sont aussi très chers à élaborer. Par chance, les traitements dont nous parlons aujourd'hui (l'Ivermectine, la Mébendazole, le Praziquantel, l'Azithromycine) ont des coûts de production très bas, et comme je vous le disais ces grandes entreprises pharmaceutiques arrivent à amortir ces coûts. Parfois, les donateurs doivent financer directement la production de médicaments, quand on travaille avec une petite entreprise, qui n'en a pas les moyens. Mais oui, c'est un programme qui s'inscrit dans la durée, nous n'allons pas supprimer des choses en cours de route. Ces entreprises doivent vraiment être reconnues pour ce qu'elles font, et j'admire vraiment leur travail. Beaucoup de gens ont la dent dure contre les groupes pharmaceutiques, mais pour moi, ils sont notre plus grand espoir, notamment à travers ce genre d'initiatives.

    La Fondation Gates soutient le développement de nouveaux traitements contre les maladies tropicales négligées, par exemple via l’Initiative pour des médicaments pour les maladies négligées (DNDi), dont vous avez parlé précédemment. Ces nouveaux traitements ne sont pas protégés par des brevets. Faudrait-il aller dans ce sens ? J'en suis plutôt étonnée, vu que vous avez justement construit votre fortune grâce aux brevets. Auriez-vous changé d'avis sur les brevets ?

    Les brevets sont très importants. Développer des médicaments coûte très cher. Et pour la plupart des maladies, il existe un marché pour ces médicaments. On peut donc adapter les prix en fonction du marché : fixer des prix plus élevés dans les pays riches, des prix moyens dans les pays émergents et vendre au prix de fabrication dans les pays les plus pauvres. Et ça marche ! Les plus pauvres les achètent à un prix modique. On peut également souvent obtenir des fonds de la part des gouvernements qui permettent la gratuité des traitements, tout en arrivant quand même à financer la recherche. L'avenir de la santé, c'est quand les grands groupes pharmaceutiques pourront fournir de nouveaux traitements contre la tuberculose, de nouveaux vaccins contre le VIH et nous avons intérêt à ce qu'ils soient florissants et qu'ils puissent dépenser tous ces milliards.

    Il y aussi des maladies qui ne touchent que les pays pauvres. Dans ce cas-là, la tarification échelonnée n'est pas possible, et c'est là que les donateurs gouvernementaux et notre fondation interviennent. Par exemple, pour le traitement microfilaricide - qui tue le ver adulte dans des maladies comme l'onchocercose ou l'éléphantiasis. Là, nous travaillons avec les groupes pharmaceutiques et nos donations leur permettent d'avancer sur ce terrain. Donc la majorité des médicaments doivent être brevetés, ce qui permet de financer la recherche, c'est vital.

    Mais quand on travaille avec les pays pauvres, on dépend entièrement des dons, et on ne cherche pas à protéger quoi que ce soit.

    Il semble que jusqu'à présent la fondation Gates soit plus présente dans les pays d'Afrique anglophone. Quels sont vos projets vis-à-vis des pays d'Afrique francophone ?

    La Fondation Gates s'intéresse plus aux maladies qu'à des pays précis. Par exemple, nous investissons des sommes colossales pour la lutte contre le paludisme. Malheureusement, le paludisme n'a pas de barrières linguistiques, il est partout en Afrique subsaharienne, comme le VIH, la tuberculose, la diarrhée et la pneumonie. Nous finançons des vaccins pour faire baisser les taux de mortalité infantile. Dans beaucoup de ces pays, à l'heure actuelle, près de 20% des enfants meurent avant l'âge de 5 ans. Donc si nous pouvons apporter de nouveaux vaccins à tous ces pays, qu'ils soient francophones, lusophones - sans faire d'exception, que ce soit pour la Somalie ou la République centrafricaine, nous visons TOUS les pays -, nous pourrions ramener le taux de mortalité infantile de 20% à moins de 2%. Cela prendra plusieurs dizaines d'années et cela demandera aux pays d'élaborer leur propre système de santé primaire.

    J'ai l'impression que la santé avance plus vite dans les pays d’Afrique anglophone que dans les pays d'Afrique francophone. Est-ce plus compliqué pour vous de travailler dans les pays francophones ? Je pense en particulier aux pays d'Afrique centrale, et notamment la RDC, dont vous parliez il y a quelques instants.

    Beaucoup de pays sans accès à la mer sont instables et n'ont pas d'infrastructures, donc ça n'a rien à voir avec la langue qu'on y parle. Il y a aussi des contradictions : le nord du Nigeria n'est pas considéré comme « très pauvre » selon les standards africains, et pourtant les statistiques de santé y sont très, très, mauvaises. Nous avons éradiqué la polio partout en Afrique, sauf au Nigeria, et c'est de là que viennent toujours les nouveaux cas. Il y a eu nouvelle une épidémie en Somalie et une autre au Cameroun, et à chaque fois cela venait du nord du Nigéria. On y parle anglais et ce n'est pas une zone très pauvre, donc si on pouvait les aider à créer et à faire fonctionner leur système de santé primaire, on sauverait des millions de vies, et on pourrait aussi éradiquer la polio. C'est vrai que quand on voit les statistiques de santé au Niger, au Tchad (les chiffres sont vraiment catastrophiques)? tout le monde voudrait voir de meilleurs résultats, mais je ne crois pas que cela ait quoi que ce soit à voir avec la langue française. Évidemment, la France pourrait donner davantage, et j'espère qu'elle va augmenter ses dons, parce qu'on a besoin d'élèves modèles pour montrer l'exemple.

    En réalité je ne parlais pas de la langue, mais plutôt de l'aide. Il semble que les aides aux pays d'Afrique anglophone soient plus importantes que celles que reçoivent les pays francophones. L'aide bilatérale de la France est très faible.

    En France, l'aide publique au développement est de 0,4 ou 0,5%, c'est plus que dans certains pays, c'est moins que dans d'autres. Si nous ne traversions pas une crise financière, l’objectif d’atteindre les 0,7% aurait dû être concrétisé aujourd’hui. Le Royaume-Uni a atteint 0,7%, et c'est assez incroyable. En parlant avec le président, j'ai été agréablement surpris d'apprendre que cette aide va être maintenue, malgré les restrictions de budgets actuelles, c'est une belle victoire pour nous et nous espérons que l'économie va bientôt se redresser pour pouvoir demander une augmentation de ces aides.

    Si on regarde le total des dons aux pays francophones, on s'aperçoit qu'ils sont à peu près équivalents à ceux faits dans les autres pays. Quand il y a des crises, ça entraîne parfois une augmentation des aides (le Soudan du Sud en a reçu énormément). Parfois les gens sont si impressionnés qu'ils ne savent pas comment aider ni comment faire une contribution financière.

    De très nombreux donateurs non francophones envoient de l'aide à ces pays. A chaque fois que les gens ont la possibilité d'aider, dans une optique purement humanitaire, ils vont le faire sans chercher à savoir quel pays a colonisé l'autre !

    Le budget annuel de la Fondation Gates, dites-moi si je me trompe, est quasiment celui de l'Organisation mondiale pour la santé. (OMS). Cela veut-il dire qu'en fait aujourd’hui, c'est vous qui décidez de la santé dans le monde ?

    Ce que nous faisons n'a rien à voir avec ce que fait l'OMS. L'OMS est présente dans tous ces pays et aide au développement des systèmes de santé. Nous, nous ne sommes pas là-dessus. Nous dépendons de l'OMS, et c'est un partenaire formidable qui nous aide dans beaucoup de domaines. Nous finançons le développement de médicaments, de vaccins, la livraison des médicaments, ou encore l’alliance pour la vaccination (Gavi), toutes ces choses que ne fait pas l'OMS. En revanche, ce que fait l'OMS est très important. Elle définit toutes les pratiques. Pas nous. Nous, nous sélectionnons des scientifiques que nous pensons capables d'élaborer un médicament contre le paludisme. C'est un pari risqué, mais nous avons décidé que nous étions bons dans ce domaine. C'est notre contribution.

    Avec votre fondation, vous luttez contre les maladies infectieuses et pourtant vous détenez des actions dans des entreprises de l'industrie agrochimique comme Monsanto ou des compagnies pétrolières, qui sont accusées d'avoir pollué le golfe de Guinée. Ça ne vous paraît pas un peu contradictoire d'investir dans ces entreprises et en même temps de travailler à l'amélioration de la santé dans le monde ?

    Vous savez, ces investissements sont faits à travers des portefeuilles d'actions, donc ma part doit représenter quelque chose comme 0,01 %. Je crois que… je ne suis pas le policier de la planète, qui va fureter partout, analyser tout ce que font les entreprises. Si ces entreprises ont de mauvaises pratiques, j'attends des autorités qu'elles les remettent dans le droit chemin. Vous savez, la plupart de ces entreprises dépendent beaucoup de leur image et sont plutôt prudentes dans leurs pratiques. C'est souvent les entreprises qui n'ont pas pignon sur rue, comme parfois des entreprises chinoises qui ne prêtent pas attention à ce qu'elles font... notre rôle ici est de donner au monde un vaccin contre le paludisme, un vaccin contre la tuberculose. Nous ne sommes pas des agents de police, et le fait que je possède ou non des actions ne va pas changer ce que je suis.


    * Les maladies tropicales négligées

    Les maladies tropicales négligées touchent une personne sur six dans le monde, c'est-à-dire plus d’un milliard d’habitants vivant des pays en développement, ces maladies n’attirent guère les bailleurs de fonds, en grande partie parce qu'elles sont rares dans les pays plus riches.

    Elles touchent les populations les plus pauvres et les plus vulnérables. Dans la déclaration de Londres, le partenariat s’était donné l’objectif de contrôler ou d’éliminer, d’ici à la fin de la décennie, 10 de ces maladies tropicales négligées: filariose lymphatique, onchocercose (cécité des rivières), trachome, helminthiase (vers intestinaux transmis par le sol), schistosomiase (bilharziose), lèpre, leishmaniose viscérale, maladie de Chagas, trypanosomiase humaine africaine (maladie du sommeil), maladie du ver de Guinée.

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