Climat: face à l’urgence, le Gabon appelle à l’action - Science - RFI

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Climat: face à l’urgence, le Gabon appelle à l’action

media Vue de Libreville, capitale du Gabon. Getty Images/Robert Ross

Alors que le G7 vient d’adopter des engagements ambitieux dans la lutte contre les changements climatiques dans sa déclaration finale et que les 195 pays membres de la Convention des Nations unies sur le climat négocient l’Accord de Paris à Bonn depuis le 1er juin, Tanguy Gahouma, conseiller du président Ali Bongo et secrétaire permanent du Conseil National Climat du Gabon rappelle que les Etats africains doivent dès maintenant engager leurs économies dans une trajectoire bas carbone. En parallèle, il dénonce l’inadaptation du processus des négociations à l’urgence.

RFI : Le Gabon a été le premier pays africain à livrer sa contribution aux Nations unies  dans laquelle vous vous engagez à réduire vos émissions de gaz à effet de serre d’au moins 50% d’ici 2025 par rapport à un scénario non contraint. Est-ce que ce n’est pas remettre en cause votre capacité de développement ?

Tanguy Gahouma : Les politiques économiques des Etats doivent aujourd’hui intégrer la contrainte climatique. Ce n’est pas une question qui concerne uniquement le Gabon, elle se pose au monde entier. En rendant plus compatibles nos économies au défi des changements climatiques, nous transformons les contraintes en opportunités. Au Gabon, par exemple, nous avons mis en place un plan national de réduction de torchage pour limiter nos émissions liées au secteur pétrolier. Résultat, aujourd’hui la moitié de l’électricité utilisée à Libreville provient d’une centrale qui fonctionne avec ce gaz récupéré.

RFI : Les pays africains rappellent régulièrement qu’ils ne sont pas responsables des changements climatiques. La plupart considèrent donc que l’appui financier pour s’adapter à ses conséquences et à atténuer leurs propres émissions est un préalable à toutes négociations. Qu’en pensez-vous ?

Je vais vous donner quelques chiffres. L’Afrique, après 20 ans de stagnation économique, connaît depuis les années 2000 une croissance régulière autour de 5% par an. La moitié de sa population a moins de 25 ans, ce qui fait d’elle le continent le plus jeune. Selon les prévisions de la Banque mondiale, en 2040, l’Afrique sera le continent qui aura la plus importante population active, devant l’Inde et la Chine réunies. C’est vrai qu’aujourd’hui nos émissions de gaz à effet de serre ne sont pas conséquentes, mais il faut se projeter. C’est pour cela que le Gabon anticipe et a décidé d’infléchir sa trajectoire de développement dès maintenant plutôt que dans les décennies qui viennent. Sinon, une partie de nos investissements seront réduits à néant parce que nous n’aurons pas pris en compte ces facteurs-là. Voilà pourquoi l’appui que nous demandons dans le cadre des négociations, ce n’est pas de la subvention pure. Nous sommes dans un esprit partenarial. Par exemple, pour la filière bois [le Gabon est recouvert à 85% de forêt ; ndlr], nous n’avons pas besoin de financements, mais nous souhaitons que des partenaires économiques viennent s’installer et nous aident à industrialiser notre pays.

RFI : Vous arrivez de Bonn où se poursuivent actuellement les négociations internationales dans la perspective de la conférence de Paris qui aura lieu début décembre. Quels jugements portez-vous sur ces négociations ?

Il est d’autant plus facile pour moi de répondre librement à cette question depuis les déclarations de Madame Ségolène Royal. Le Gabon adhère totalement à ses propos. Le processus de négociations est aujourd’hui totalement inadapté à l’urgence de la question. Dans le groupe africain, par exemple, nous avons des négociateurs qui se retrouvent dans toutes les réunions depuis plus de 15 ans. Ils sont devenus des professionnels de la négociation, mais ils sont totalement déconnectés des orientations politiques nationales. Aujourd’hui, la négociation est un métier au lieu d’être une question urgente à régler. La responsabilité est commune, différenciée, mais elle est partagée. Le Gabon attend donc que tous les pays puissent tirer profit de l’accord qui sera signé à Paris. Pour l’Afrique, cela signifie concilier les contraintes liées aux changements climatiques avec le besoin criant que nous avons de sortir de la pauvreté et de préserver notre patrimoine naturel.

Propos recueillis à Libreville le 5 juin 2015

 

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