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    Science

    Entretien: l'astronaute français Thomas Pesquet la tête dans les étoiles

    media Thomas Pesquet sera le prochain Français à rejoindre ISS en 2016. Agence spatiale européenne (ESA)

    Thomas Pesquet est un astronaute de l’Agence spatiale européenne, le prochain Français à partir en direction de la Station spatiale internationale. Sa mission est prévue pour novembre 2016, il est donc encore en plein entraînement. Comment cela se passe-t-il ? RFI l’a rencontré.

    RFI : Avant de rentrer dans le vif du sujet, votre consoeur italienne, Samantha Cristoforetti vient tout juste de revenir sur Terre, le 11 juin dernier, après 200 jours passés à bord de la Station Spatiale Internationale, l’ISS. Est-ce que vous avez eu l’occasion de lui parler ?

    Thomas Pesquet : On s’est parlé une minute au téléphone, mais elle rentre bientôt en Europe. Pour l’instant, elle est à Houston en train de faire sa réhabilitation et de fournir des données aux scientifiques, puisque évidemment, on est des cobayes pour les expériences de physiologie, de médecine. Immédiatement après le vol tout le monde veut vous planter des seringues dans les bras, vous donner des chocs électriques, vous prélever de la peau, faire des biopsies de muscles, ce genre de chose ! Mais, oui elle est très contente car elle a eu un mois de bonus, elle a fait une mission phénoménale, la première d’une longue série j’imagine. On a hâte de se retrouver. C’est surtout l’occasion de se passer l’expérience de l’un à l’autre car il y a des choses que l’on ne peut pas apprendre au sol. On est formés techniquement sur les systèmes, mais plus concrètement, comment vivre dans l’espace, comment on fait sécher sa serviette, ce genre de choses un peu bêtes, ce sont des choses que l’on peut se dire entre nous dans la succession des vols.

    RFI : Vous êtes toujours en formation, vous allez décoller en novembre 2016. Quel est votre quotidien aujourd’hui ?

    Thomas Pesquet : Beaucoup de voyages entre les centres des agences partenaires de l’ESA (l’Agence spatiale européenne). Son centre des astronautes est basé à Cologne en Allemagne, c’est là que j’habite. Malheureusement, je n’y passe que 10% de mon temps, je suis souvent à Houston avec la Nasa, et je passe beaucoup de temps chez nos partenaires russes, dans la banlieue de Moscou dans la Cité des étoiles, ainsi qu’au Japon, et au Canada. J’ai déjà fait plusieurs tours de la Terre ne serait-ce que pour l’entrainement !

    On s’entraîne sur tous les modules de la station, sur les expériences scientifiques que l’on va réaliser, aux sorties extra véhiculaires que l’on va faire en scaphandre, en piscine. On a également fait des stages de survie si le retour ne se passait pas très bien. Il y a aussi beaucoup de choses additionnelles mais qui sont intéressantes. Récemment, j’ai essayé mon scaphandre, sur mesure. C’est un moment un peu émouvant car c’est quelque chose de très personnel. Il va aussi falloir que je choisisse ma nourriture pour les grandes occasions comme noël et les anniversaires, et que je choisisse l’emblème de ma mission. En fait, il y a énormément de choses qui se passent autour de cette mission et qui me tiennent bien occupé.

    RFI : Vous vous attendiez à ce que cette préparation soit aussi prenante ?

    Thomas Pesquet : Non, mais c’est toujours pareil. On a une image un peu naïve, parce qu’il n’y a rien qui peut préparer à ça. De l’extérieur on ne voit toujours qu’une partie des activités, qu’une partie de la réalité et on découvre les choses au fur et à mesure. Ce dont je n’avais vraiment pas conscience, c’est que ça prend la vie professionnelle mais aussi la vie entière, à cause des voyages, à cause de toutes les choses qui se font après toutes les heures d’entrainement technique et technologique, comme le sport, et toutes ces activités annexes dont on vient de parler. Et il y a les jours où l’on vient rencontrer le public pour essayer d’expliquer ce qu’on fait. C’est beaucoup plus que ce que j’avais imaginé, mais c’est aussi beaucoup mieux ! Je suis très heureux.

    RFI : Vous vous préparez pour l’expédition 50 à bord de l’ISS. Scientifiquement, qu’est-ce que vous allez y faire ?

    Thomas Pesquet : Il faut rappeler que la Station, c’est un laboratoire, en orbite basse terrestre, où on utilise les propriétés de l’impesanteur pour avoir des résultats scientifiques que l’on ne pourrait pas avoir au sol. C’est aussi bête que ça. Mais cette mission, c’est aussi un pas sur la route de l’exploration. Donc on fait deux choses, de la science, pour la mettre au service de la Terre, mais aussi ce pas, sur cette route de l’exploration qui est un truc un peu plus philosophique, qui va nous amener plus loin, où on prépare la suite. Avec des missions de plus en plus longues, pour aller de plus en plus loin.

    RFI : C’est le cas de deux de vos collègues. L’Américain Scott Kelly et le Russe Mikhaïl Kornienko, qui sont en train de passer un an dans l’espace.

    Thomas Pesquet : Tout à fait. On va donc avoir 50 % de notre temps dédiés à de la recherche scientifique. En ce moment, c’est principalement de la médecine : on fait de la recherche contre le cancer, on étudie des amas de cellules en trois dimensions, on fait un peu de bactériologie, d’immunologie, on étudie des souches de virus pour des vaccins. On a de la recherche sur des souris aussi. On fait également beaucoup de science des matériaux en ce moment, parce que les alliages ou les mousses, en impesanteur ça ne s’écroule pas sous son propre poids. On peut donc étudier très finement tous les procédés physiques, et renvoyer les résultats dans les labos.

    Ce sont ensuite eux qui vont publier et faire avancer à petit pas la connaissance. Mais tout cela change, c’est très dynamique. Par le passé il y a eu beaucoup de physiologie, d’étude de l’ostéoporose, de la perte de masse musculaire. On a bien travaillé sur tous ces sujets mais maintenant on passe un peu à autre chose. L’idée c’est vraiment de mettre la station spatiale au service des laboratoires qu’on invite à monter à bord. Au cours de ma mission on aura sans doute la participation, au travers du CNES (Centre national des études spatiales) et de l’ESA, de l’Inserm (l’Institut national de la santé et de la recherche médicale) pour les aspects recherche biomédicale.

    RFI : Si on veut être un peu mauvais esprit, l’ISS c’est un laboratoire qui a couté 10 milliards d’euros depuis 1998. Est-ce qu’on a réellement besoin, aujourd’hui, d’une présence humaine dans l’espace ? Surtout quand on voit l’efficacité qu’on les sondes et les robots ?

    Thomas Pesquet : Bien sûr, mais c’est une question légitime. On me pose beaucoup cette question en France notamment, mais c’est normal, on travaille avec de l’argent public. On a donc le devoir d’expliquer ce que l’on fait, et puis de présenter les résultats. Ce qu’il faut voir, c’est que les robots et les sondes, et l’exploration humaine, ce ne sont pas des choses qui s’opposent. Ce sont des choses qui vont vraiment ensemble. Nous, on n’a pas la vocation d’aller faire ce que fait Rosetta. Se poser sur une comète à des millions de kilomètres, dans le froid de l’espace, avec une petite batterie de quelques volts, on ne sait pas faire ça. L’humanité ne sait pas faire ça. Pour ça, on a besoin, et on ne peut pas faire autrement, d’avoir de l’exploration robotique.

    Mais en même temps l’inverse est vrai aussi, il faut voir que le retour scientifique sur les missions d’exploration humaine est deux cent fois supérieur - et ça ce n’est pas moi qui le dit pour me faire plaisir parce que je suis astronaute, c’est vraiment les scientifiques qui le disent. Une mission comme Curiosity, c’est deux-trois commandes par jour, dès qu’il y a un caillou qui n’est pas au bon endroit, tout se bloque on doit attendre 24 ou 48 heures pour débloquer et repartir. Alors que les astronautes de la mission Apollo avec leur rover, ils ont fait en trois jours la distance qu’aura fait Curiosity en deux ans. Ils ont ramené 70 kilos d’échantillons. Curiosity, c’est des petites poussières à chaque fois.

    C’est une prouesse scientifique, je ne veux absolument pas minimiser ce qu’ils arrivent à faire, mais c’est juste que si on avait des hommes à sa place sur Mars, certes la mission serait plus compliquée, certes elle serait plus chère, mais les résultats seraient décuplés. Ce sont les gens des laboratoires qui nous le disent : on a hâte d’avoir des opérateurs qui vont nous permettre de décupler ce retour scientifique.

    RFI : Mars justement, c’est un rêve pour vous ? Vous y rendre ?

    Thomas Pesquet : Bien sûr ! Je suis de la première génération d’astronautes qui est née après les premiers pas sur la Lune. La sélection de 2009, elle a eu lieu en Russie, aux Etats-Unis, au Japon, au Canada, et en Europe en même temps. Ce n’était pas spécialement fait exprès, mais il se trouve que ça correspond à toute une génération, un peu partout dans le monde, qui n’était pas née au moment des premiers pas sur la Lune. C’est la première fois que ça arrive. On n’a donc pas tellement tendance à regarder ce qu’il s’est fait avant, et plus à regarder vers l’avenir. Nous sommes la génération, clairement, qui a Mars en ligne de mire. Peut-être que ce ne sera pas quelqu’un d’entre nous. J’espère que si, et évidemment moi à plus forte raison. Mais peut-être que ce ne sera pas le cas. Et ce n’est pas grave, car c’est une génération qui y travaille vraiment.

    Le but avoué de tout le monde, on n’a pas peur de le dire, c’est de mettre un homme sur Mars, dans peut-être 20-25 ans. La Nasa travaille sur le véhicule Orion, l’ESA est embarquée sur ce projet aussi. On fournit la partie propulsion électrique qui est une partie critique. Puis un jour, on ira tous ensemble dans une mission internationale vers mars. Ca me fait rêver à titre personnel, mais c’est aussi très réel. Mon présent, c’est la Station spatiale internationale, mais dans le futur, on va réellement aller de plus en plus loin. Ce ne sont pas juste des projets sur papier ! La capsule Orion a déjà fait un vol de test et ça va continuer comme ça dans les années qui viennent.

    RFI : Comment est-ce que vous expliquez qu’on n’ait toujours pas été sur Mars ? Pour la Lune il a fallu une dizaine d’années seulement, Mars, cela fait plus de cinquante ans qu’on en parle…

    Thomas Pesquet : On a mis 10 ans à aller sur la Lune, c’est vrai, mais avec un effort financier qui était conséquent. En terme de pourcentage du PIB américain, le programme Apollo était infiniment supérieur à ce que la Nasa a aujourd’hui, même si elle a un bon budget en soi. Mais on nous fait aussi le reproche que ça coûte cher. Ce n’est pas tellement vrai en fait, et ça ne me dérange pas de le dire. Ca ne coûte pas cher. Le budget de l’Agence spatiale européenne, aujourd’hui, c’est 12 euros par an et par citoyen européen. C’est une place de cinéma un peu chère à paris. Les vols habités, envoyer des humains dans l’espace, c’est le prix d’un café, par an, par citoyen européen. Ce n’est quand même pas grand-chose ! Quand on construit une autoroute, évidemment c’est utile, mais ça coûte beaucoup plus cher. Un jour de guerre en Irak, c’est l’équivalent de 10 ans de programme Apollo ! Quand on déploie des porte-avions, des milliers d’hommes avec de la logistique, ça coûte extrêmement cher. Il faut mettre les choses en perspective.

    La raison pour laquelle on nous dit que les astronautes coûtent chers, c’est parce que les gens ont l’impression que c’est quelque chose qui est très loin et qui à la limite ne les touche pas. On ne conteste pas le prix d’une autoroute ou d’un pont, car on peut l’emprunter. Mais au final, ce qu’il faut voir, c’est que ce qu’on fait en tant qu’astronautes, c’est pour les gens aussi. On ne fait pas ça pour se faire plaisir, pour aller dans l’espace et s’accrocher des médailles, c’est vraiment pour servir les citoyens de l’Europe. Peut-être un peu naïvement, mais de manière très sincère. Mais c’est aussi de notre faute à nous, on a mal expliqué, on a mal communiqué et on essaie de rattraper ce problème là. On essaie vraiment de présenter les résultats, on essaie d’expliquer pourquoi on fait ça, comment on le fait.

    C’est aussi un peu le rôle des astronautes de revenir de l’espace et d’expliquer pourquoi c’est important. C’est assez mal incarné, en fait : des sondes robotiques c’est très loin, c’est très froid. Mais au moins, les astronautes, ce sont de vrais gens, ils reviennent, on peut les toucher, on peut les voir, ils répondent aux questions. C’est un peu un rôle que l’on n’a pas choisi, mais qui est comme ça, de porte-parole des missions spatiales au sein du grand public.

    RFI : Justement, l’espace vous allez le découvrir dans 18 mois. Comment est-ce que vous l’anticipez ? Cela vous effraie un peu ou au contraire, c’est l’excitation totale ?

    Thomas Pesquet : C’est une impatience totale ! J’ai été recruté en 2009 pour une mission en 2016. Ca fait pas mal de temps entre les deux. Je ne suis pas encore complètement prêt techniquement, si on me disait de partir demain, je pense qu’il me manquerait quelques séances de simulateur ! Mais je serais prêt très bientôt. Il va falloir que je le sois, car le premier septembre je suis la doublure de mon collègue, Andreas Morgensen, qui part pour une mission de 10 jours vers l’ISS. Il faut que je sois prêt à le suppléer au pied levé. Mais il y a encore beaucoup de choses que je ne sais pas : les sensations, comment ça se passe concrètement, le quotidien, comment on occupe ses dimanches. C’est pour ça qu’on discute beaucoup entre nous, et quand vous voyez un groupe d’astronautes, ils sont toujours ensemble à se raconter des anecdotes, à se taper dans le dos, et parler de choses qu’eux seuls partagent.

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