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    La méthanisation, une magie compliquée

    media L'usine Méthanéo à Louzy. RFI/Agnès Rougier

    Prenez du fumier, des carcasses d’abattoirs ou des boues d’épuration et faites-les fermenter, vous obtiendrez du gaz méthane. Ce processus biologique naturel se nomme la méthanisation. Il permet de valoriser des déchets en produisant de l’énergie. En France, la filière méthanisation n’a pas été soutenue au même titre que les autres énergies renouvelables - solaire et éolien - et ceux qui se sont lancés dans ce processus ont été des précurseurs. Visite chez des agriculteurs-méthaniseurs, dans la région Poitou-Charentes dans l’ouest du pays.

    En France, le choix du nucléaire pour la production d’électricité, dans les années 1960, a beaucoup retardé la recherche et le développement des énergies renouvelables, en particulier celui de la méthanisation, plus compliquée et plus chère à mettre en place que l’éolien et le solaire.

    Mais des citoyens ont décidé de prendre le taureau par les cornes en construisant des solutions locales. C’est dans ce cadre qu’en 2005, deux jeunes citoyens engagés pour le climat, Pierre Emmanuel Dessèvres et Grégory Vrignaud, avec le soutien de la région Poitou-Charentes, ont lancé le projet TIPER (Technique innovante pour la production d’énergies renouvelables). TIPER a initié plusieurs filières locales à base d’énergies renouvelables : solaire, éolien, mais aussi méthanisation, à l’échelle industrielle.

    Les déchets disparaissent, l’énergie apparaît

    La méthanisation est un processus biologique naturel qui consiste à introduire du fumier, du lisier, des déchets d’agriculture ou encore des carcasses d’animaux et du sang dans un « digesteur » pour les faire fermenter. Le digesteur est une cuve cylindrique étanche qui se comporte comme un estomac de ruminant : à une température de 50 degrés et dans un milieu sans oxygène, des bactéries décomposent ces matières riches en carbone. La fermentation produit un biogaz, le gaz méthane, convertible en énergie.

    Il reste au fond de la cuve une boue résultant de la fermentation, le « digestat ». Ce digestat, qui est composé de la matière qui n’a pas été dégradée, contient les ingrédients nécessaires à faire pousser les plantes (potassium, azote, phosphore), tout en ayant perdu son odeur de fumier et peut être utilisé comme engrais pour fertiliser les champs.

    La méthanisation, un projet de territoire

    Avant de prendre corps, un projet de méthanisation doit être présenté aux pouvoirs publics et à l’ADEME, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, pour obtenir leur autorisation. En effet, un méthaniseur est une Installation classée pour la protection de l'environnement (ICPE) en raison des risques liés au gaz.

    De plus, la méthanisation est un projet qui s’inscrit sur un territoire. Pour qu’un méthaniseur fonctionne correctement et réduise effectivement les émissions de gaz à effet de serre, il faut qu’il soit alimenté en continu, ce qui implique que sa production doit également trouver un débouché en continu.

    L’étude de faisabilité doit donc démontrer que tous ces éléments sont bien pris en compte et que les transports de matière, en entrée et en sortie, s’effectuent sur de courtes distances, pour que la production d’électricité reste peu émettrice de gaz à effet de serre.

    La difficulté d’être un précurseur

    Pour répondre à ces contraintes, le projet TIPER a réuni une soixantaine d’agriculteurs actionnaires dans une association, devenue une société, l’ABBT (Association des apporteurs de biomasse du bassin thouarsais). Dans l’ABBT, il y a des éleveurs qui fournissent le fumier et le lisier et des cultivateurs qui utilisent le digestat comme engrais. Il fallait aussi une entreprise pour utiliser la chaleur produite. Bellané, un fabricant de nourriture pour animaux, est devenu partenaire.

    A la conception du projet, l’injection de méthane dans le réseau n’était pas autorisée – elle ne le sera qu’en 2011. Le choix s’est donc porté sur la production d’électricité par deux moteurs et Séolis, le représentant d’EDF en Poitou-Charentes, est entré dans le projet comme partenaire.

    Enfin, pour pouvoir méthaniser 70 000 tonnes de déchets par an, dont 40 000 de fumier et le reste en déchets agroalimentaires et sang , TIPER a fait appel à un industriel, Méthanéo, qui a construit l’usine de méthanisation, pour un coût de 16 millions d’euros.
    TIPER était l’un des premiers projets de ce type et de cette taille en France. Il a fallu 8 ans pour le concrétiser.

    2014, l’année de tous les dangers

    L’usine Méthanéo a ouvert en 2013. En 2014, elle aurait dû fonctionner à pleine charge mais des soucis de casse de matériel ont occasionné des arrêts de production. Le problème trouve son origine dans un matériel acheté en Allemagne et mal adapté à la réalité de la filière française.

    Les Allemands sont en pointe dans ce domaine depuis longtemps, mais ils ont opté pour des cultures énergétiques, du maïs en l’occurrence, qu’ils coupent puis méthanisent directement. En France, l’option choisie est de nourrir les méthaniseurs avec des déchets, de consistance beaucoup moins homogène et le matériel de broyage en entrée de la cuve n’y a pas résisté.

    En 2015, l’usine a trouvé son rythme et les utilisateurs d’électricité, de chaleur et de digestat sont pleinement satisfaits, Méthanéo fournit de l’électricité pour 12 000 foyers, hors chauffage électrique. En revanche, les gains financiers ne compensent pas les pertes et pour Jean-Paul Costes, son directeur, si une solution ne se profile pas rapidement, ce pourrait être la fin de l’usine.

    Méthaniser à la ferme : petit format, mêmes problèmes

    A 50 km de là, la famille Giraud, qui élève des veaux pour la boucherie et 150 vaches allaitantes sur 190 hectares de terres, s’est lancée, il y a deux ans, dans la méthanisation. Son but : améliorer son revenu par la vente d’électricité et des économies sur l’achat d’énergie et d’engrais, tout en montant un projet novateur. L’investissement, comprenant la cuve de méthanisation et un moteur pour produire l’électricité, s’est monté à 620 000 euros.

    En entrée du méthaniseur : 3 000 tonnes de matière organique dont 90 % de fumier et 10 % de tonte de pelouse, plus 1 000 m3 de lisier mélangé par an. En sortie, 420 000 kWh d’électricité - pour 5 maisons d’habitation - et 350 000 kWh de chaleur pour l’autoconsommation, ce qui économise l’achat de 7 tonnes de propane sur les 8 nécessaires à la ferme.

    L’installation a donc tenu ses promesses jusqu’à ce que le malaxeur, mal adapté, casse. Le méthaniseur est aujourd’hui en panne depuis deux mois et nécessite un remplacement.

    Des acteurs optimistes malgré les difficultés

    Si les difficultés ont surgi dans tous les projets menés jusqu’ici, aucun des acteurs de la méthanisation rencontrés ne se dit découragé. Ils sont tous conscients d’avoir été précurseurs dans un domaine qui reste compliqué en France, mais l’organisation circulaire fonctionne sur le territoire et la baisse des émissions de gaz à effet de serre et l’élimination des déchets sont effectives dans tous les projets.

    Thomas Giraud admet qu’il lui a fallu apprendre à s’occuper des machines, ce qui est loin de son métier d’éleveur, mais, comme Thierry Descevre, éleveur de vaches laitières et président de l’ABBT, ou Grégory Vrignaud, de Méthanéo, il reste convaincu de l’intérêt de ce processus pour le climat et l’environnement et ne regrette pas de s’être lancé dans cette aventure.

    Quelle énergie pour demain ?

    Les cas de TIPER méthanisation et de la famille Giraud sont emblématiques des problèmes généraux de la filière. Mais la situation évolue : l’injection de gaz méthane dans le réseau est maintenant autorisée. Et la loi sur la transition énergétique, votée en août 2015, devrait en principe en améliorer la rentabilité des installations.

    Dans un premier temps, le tarif de rachat de l’électricité produite par ce procédé, fixé par l’Etat – 14 centimes du kWh en sortie de l’usine Méthanéo – doit être réévalué à la hausse, et quelques centimes suffiraient pour que tout le monde s’en sorte.

    En tout état de cause, l’appel à projets pour 1 500 installations de méthanisation dans les trois prochaines années, lancé par la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, en septembre 2014, ne se concrétisera que si les conditions s’y prêtent réellement. Mais une question reste posée : quel bouquet énergétique les pouvoirs publics veulent-ils réellement pour demain ?

    En savoir plus :

    - ADEME
    - TIPER Méthanisation
    - Appel à projet pour 1 500 méthaniseurs du ministère de l'Ecologie
    - Carte de la méthanisation en France 
    - Dossier méthanisation de l’IRSTEA (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture)
    - Principe de méthanisation

     

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