Histoire des négociations sur le climat de Rio à Paris - Science - RFI

Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
Urgent

Le président russe Vladimir Poutine a ordonné mercredi 29 juin la levée des sanctions contre la Turquie dans le domaine touristique et le lancement du «processus de normalisation» des relations commerciales avec Ankara, à l'issue d'une conversation téléphonique avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, une première depuis le début de la crise diplomatique entre leurs pays en novembre.

Histoire des négociations sur le climat de Rio à Paris

media Des éoliennes pour lutter contre le réchauffement climatique getty images

En 1992, au sommet de la Terre à Rio de Janeiro au Brésil, l’Organisation des Nations unies rassemble tous les pays du monde pour les engager à agir face aux problèmes d’environnement, suite aux alarmes lancées par la communauté scientifique. A l’issue de ce sommet, trois Conventions internationales vont voir le jour : la Convention sur la diversité biologique (CDB), la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULD) et la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Cette dernière rassemble tous les pays du monde dans une négociation pour limiter le réchauffement climatique en cours et espère faire de son prochain rendez-vous à Paris en décembre 2015 (COP 21) une étape décisive pour l’avenir. Mais pour que Paris soit une réussite et puisse aboutir à un accord international fort, il faut pouvoir tirer les leçons du passé et comprendre les échecs qui ont lourdement marqué ce processus. Regard sur l’histoire de cette négociation de Rio à Paris.

Pour comprendre ce que l’on tente de faire à Paris, il est important de revenir sur certains moments forts de l’histoire de la négociation climat et de comprendre les enseignements qui ont été tirés de ces étapes les plus marquantes que furent Rio (sommet de la Terre en 1992), Kyoto (Protocole de Kyoto entré en vigueur en 2005) et Copenhague (COP15 en 2009).

Cette histoire pourrait être résumée de la manière suivante : à Rio, après avoir mis en place la Convention, les pays avaient des intentions mais il n’y avait pas de mise en œuvre de ces intentions, pas de plan d’action. Kyoto sera le premier rendez-vous qui formalisera une stratégie, une méthode avec des quotas d’émissions par pays, où chaque pays devait s’engager sur des résultats. Mais cette réponse ne s’appliquera qu’à un ensemble de pays industriels, considérés comme historiquement responsables (les Etats-Unis refusent de participer).
Suite à cela, à Copenhague on se dit : « On a le modèle avec Kyoto, désormais l’enjeu c’est l’extension de ce modèle à la planète entière ». A Copenhague, on ne cherche pas à modifier le modèle, on cherche à l’étendre pour impliquer tout le monde et Copenhague est un échec.

Aujourd’hui pour la COP 21 de Paris, qui est le deuxième grand rendez-vous après Copenhague, on reprend les choses dans l’autre sens. Ce que l’on veut à Paris, c’est avoir un modèle de mise en œuvre pour tout le monde. La question de Paris étant : quel est le modèle pour l’ensemble de la planète ?

La vision de Kyoto

L’idée de Kyoto, ce sont des objectifs d’émissions. Ce qui affecte le climat, ce sont les émissions de gaz à effet de serre, donc les pays doivent s’organiser pour les réduire en fonction de quotas d’émissions qui leur sont imposés. L’important étant qu’ils tiennent leurs engagements. Mais comme le réchauffement climatique est un problème global, et que certains pays peuvent faire un peu plus ou un peu moins par rapport à leurs obligations, on met en place un « marché de quotas » qui permet aux pays d’ajuster entre eux leurs réalisations.

A Kyoto, on se dit qu’on a encore un peu de temps pour traiter cette question et qu’il faut ouvrir la voie en commençant avec certains pays pour montrer que c’est possible, et qu’on peut déconnecter la croissance, la satisfaction des besoins économiques à la question de l’environnement. Dans cette perspective, le protocole de Kyoto se met à fonctionner avec certains pays susceptibles de montrer la voie, en partie à cause de leur responsabilité historique mais surtout parce que ce sont des pays qui ont les moyens de faire quelque chose parce qu’ils sont riches, fabricants de technologies, prescripteurs de modèles technologiques et économiques, avec l’idée que progressivement on étendra ce modèle à tous les autres pays de la planète.

L’échec de Copenhague : la tentative d’universaliser le modèle de Kyoto

Il y a des raisons multiples à l’échec de Copenhague qui ont déjà été beaucoup commentées. Certains disent qu’on ne mettait pas une réunion sous de bons auspices lorsqu’on disait que c’était la réunion « de la dernière chance », car après cela, on ne pourrait plus sauver la planète. On a évoqué aussi le « moment mal choisi », la conférence « mal tenue », mais pour d’autres plus fondamentalement, le problème principal a été la tentative d’universaliser le modèle de Kyoto, car ce modèle ne fonctionnait pas pour un certain nombre de raisons.

Parmi ces raisons, on peut invoquer l’approche du multilatéralisme qui a beaucoup changé entre Rio et Copenhague. A Rio, il y avait une grande confiance dans les institutions onusiennes. Or, à Copenhague, on assiste à un repli des pays sur les notions de souveraineté. Certains affirment haut et fort leurs priorités de croissance et de développement, et l’idée d’abandonner ou de modérer leurs ambitions dans un accord international qui mettrait leur pays sous tutelle ne leur plaît pas.

Mais au-delà de ce contexte défavorable, le modèle de Kyoto montre ses limites techniques comme l’explique Michel Colombier, directeur scientifique de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI): « Un des débat à Kyoto était de savoir si les pays devaient essayer d’aller dans la même direction ou si, finalement, tout ça n’était qu’une affaire de gaz (à effet de serre). Ce qui comptait, c’était " combien j’émets" et finalement, chacun était renvoyé à sa propre responsabilité, faisait ses politiques chez lui et cela ne regardait pas le voisin. D’un côté, c’était peut-être la meilleure expression de la souveraineté de dire : " Je garantis un résultat mais laissez-moi faire ", et en même temps, on se rend compte que c’était une formule très pauvre …Cela ne donne pas de perspective sur : quelles sont les transformations que les pays vont mettre en jeu ? Donc cela ne donne pas de perspectives au secteur privé et pas tellement de perspective d’un pays à l’autre sur ce que fait le voisin. »
Aujourd’hui, on cherche à réunir les conditions pour que tout le monde puisse commencer à intégrer un agenda de transformation du modèle économique, pour aller vers une économie compatible avec l’objectif collectif de -2° d’émission de gaz à effet de serre.

L’héritage de Copenhague

Le premier acquis de Copenhague a d’abord été de comprendre qu’un modèle de coordination international, dans lequel on se mettrait d’accord mutuellement sur un objectif d’émission par pays, négociable par échange financier est une idée qui n’intéressait pas. D’où la nécessité d’inventer autre chose. Pour les experts, cela ne signifie pas que la question du marché carbone, du prix du carbone, est invalidée. Cela signifie qu’il faut qu’il renaisse dans un contexte différent et que ce n’est pas l’instrument fondateur d’une coordination entre les pays au départ.

La deuxième chose qui reste de Copenhague, en creux, est une re-légitimation du rôle des Nations unies. Dans les dernières heures de la Conférence de Copenhague, devant l’échec de la négociation, une dizaine de pays ont décidé de conclure, entre eux, un accord de dernière minute, qu’ils ont présenté en plénière en disant : « Il vous reste une heure pour le signer ». Tout le monde a répondu : « Cet accord ne vaut rien », car on n’a pas un accord capable de compter sur un vrai soutien, une vraie légitimité, si on n’a pas un accord validé par l’ensemble des pays. De ce constat est née, dans les mois qui ont suivi, une nouvelle dynamique des pays au sein des Nations unies pour reconstruire sur les acquis de Copenhague, et tout le monde s’est remis autour de la table pour trouver un accord dans lequel l’ensemble des pays se sentirait à l’aise.

De plus, à Copenhague, même si l’accord qui en est sorti était peu légitime, c’était la première fois qu’un accord a été trouvé avec d’autre pays que ceux du bloc historique de Kyoto. Pour la première fois, l’Inde, le Brésil, la Chine et d’autres pays disaient : « On va faire quelque chose ».
« A Rio, on a bien fait la différence entre les pays développés qui doivent traiter le problème et les pays en développement qui sont les victimes à qui on ne peut pas demander de sacrifier leur développement à l’aune des questions environnementales », fait remarquer Michel Colombier. « Or, on sait aujourd’hui que ça ne marche pas. Si on prend juste les pays développés et qu’ils s’arrêtent d’émettre du jour au lendemain, on n’arrive pas aux 2°. Quelle que soit la légitimité de ce discours sur certains aspects, oui en effet on a une responsabilité, on a des capacités supérieures, mais on est face à un fait qui est : si on n’arrive pas à infléchir aussi les trajectoires de développement économique et technologique de la Chine, de l’Inde, mais aussi assez rapidement des autres, on n’y arrivera pas. »

Dans les mois qui ont suivi Copenhague, des pays ont déclaré aux Nations unies qu’ils acceptaient de faire quelque chose même si ce n’était pas dans le cadre d’un accord de l’ONU. Les Etats-Unis, la Chine, l’Europe, l’Afrique du Sud et d’autres ont envoyé leurs propositions d’actions, et pour la première fois des pays non membre de la fameuse « Annexe1 » (les pays riches) se sont engagés à faire des transformations dans leur pays pour lutter contre le changement climatique.

De Copenhague à Paris

L’agenda depuis Copenhague a consisté à réintégrer dans le système des Nations unies ce qui s’était passé à Copenhague et que l’on pouvait garder pour relancer le processus de négociation. Le point de gravité de la négociation avant Copenhague, c’était la discussion sur Kyoto. Quand une COP se déroulait, deux réunions avaient lieu : l’une sur le développement de Kyoto et l’autre sur l’amélioration de la mise en œuvre de la Convention. Or, jusqu’à Copenhague, le plus important était Kyoto puisque c’était le modèle que l’on voulait étendre. L’acquis de Copenhague a finalement complètement mis de côté l’agenda de Kyoto. Dans un premier temps, il a été question de faire « Kyoto 2 », mais avec un nombre limité de pays et finalement il n’est resté que l’Europe, et le centre de gravité s’est totalement recentré sur « la mise en œuvre la Convention ».

A la COP19 de Varsovie en 2013, on a demandé à tous les pays de communiquer leurs intentions pour lutter dans leur pay contre le changement climatique (les INDC) et de le faire avant la COP21 de Paris pour obliger les pays à mener une vraie réflexion interne sur ce qu’ils peuvent faire comme transformation pour rejoindre l’objectif commun de limitation du réchauffement à 2°. Même si l’on sait depuis le début que la somme de ces intentions sera insuffisante pour rejoindre l’objectif commun, elles constituent le point de départ d’une nouvelle approche que Paris souhaite rendre évolutive et de plus en plus ambitieuse pour lutter contre le réchauffement climatique. Un modèle différent qui implique tout le monde et auquel on ne serait certainement pas arrivé sans les étapes parfois douloureuses qui ont marqué l’histoire de cette négociation.

Chronologie et chiffres clés
Sur le même sujet
Commentaires
 
Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.