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    Science

    Les célèbres pinsons de Darwin menacés d’extinction

    media Une illustration de différents spécimens de pinsons réalisée par le célèbre ornithologue John Gould. John Gould

    Les oiseaux qui ont aidé Charles Darwin à élaborer sa théorie de l’évolution pourraient disparaître d’ici 50 ans, selon une récente étude. En cause, des larves de mouches, un parasite qui dévore les oisillons dans leurs nids.

    C’est une épidémie difficile à contenir. Des larves de mouches, venues par bateau sur les vêtements des touristes, se propagent sur l’archipel des Galápagos. Directement pondues dans les narines des oisillons, ces larves dévorent les bébés pinsons de l’intérieur, en général la nuit.

    « Ces asticots perforent le bec, puis la gueule des oisillons. Si l’année est mauvaise, que la nourriture vient à manquer à cause d’une sécheresse ou d’une trop grande pluie, les oisillons sont trop faibles et ne résistent pas aux larves », explique Dale Clayton, professeur à l’Université de l’Utah et co-auteur d'une l’étude parue dans le Journal d’Ecologie Appliquée, selon laquelle les oiseaux en questions sont menacés d'extinction.

    Une équipe de chercheurs américains a observé les taux de reproduction des pinsons des Galápagos pendant cinq ans. Ils ont envisagé trois scénarios, selon le climat et les moyens mis en œuvre pour traiter l’épidémie. Dans deux de ces scénarios, la population décline inexorablement et s’éteint dans les 50 à 80 années à venir.

    Des pinsons historiques

    Ces pinsons n’ont en apparence rien de particulièrement remarquable. Ils sont petits, entre 10 et 20 centimètres de long, de couleur brune ou noire. Mais en réalité, ils sont à la source de l’une des plus grandes découvertes des sciences naturelles : la théorie de l’évolution de Charles Darwin.

    Après cinq ans de voyage autour du monde dans le but de recenser les différentes espèces de faune et de flore, le naturaliste anglais se penche sur le pinson des Galápagos. Ces oiseaux, originaires du continent sud-américain, ont fini par peupler les différentes îles de l'archipel situé au large de l’Equateur. Quelle que soit l’île sur laquelle ils vivent, leur corps et leur plumage sont en tous points identiques. Sauf leur bec, dont la taille, la forme et la couleur varient d’une île à l’autre.

    Les explications de Patrick Tort, historien des sciences spécialiste de Darwin 18/12/2015 - par Carlotta Morteo Écouter

    John Gould, célèbre ornithologue chargé de l'identification et de la classification des spécimens rapportés par Darwin, conclut qu'il s'agit là d'un cas rare d'espèces appartenant toutes à un même groupe malgré leurs différences morphologiques. Darwin suppose alors que le bec des pinsons s’est transformé au fil des générations pour s’adapter à la nourriture présente sur chaque île.

    Le pinson a donc évolué en plusieurs espèces selon son environnement. C’est la naissance de l'hypothèse selon laquelle toutes les espèces vivantes ont évolué au fil du temps à partir d'un seul ancêtre grâce au processus connu sous le nom de « sélection naturelle ».

    A problème humain, solution humaine

    Sur l’archipel des Galápagos, il y existe entre 14 et 18 espèces de pinsons. L’étude s’est penchée sur l’espèce la plus commune, le Geospiza Fortis, dont 270 000 oiseaux peuplent l’île de Santa Cruz, mais estime que huit espèces sont en tout menacées. Leur survie dépend essentiellement de la probabilité d’infection de leurs nids par les larves. « Si l’on parvient à éradiquer les larves de mouche, au moins à 40 %, on peut contenir le risque d’extinction », est-il écrit.

    Selon les chercheurs, le stress infligé par les larves pourrait provoquer chez les pinsons une énième transformation, une autre forme d’évolution. Mais ils s’inquiètent que la propagation des larves soit trop rapide pour qu’ils aient le temps de s’adapter. Ils proposent donc d’intégrer dans les nids des boules de cotons imbibées de pesticides. « Une solution d’urgence », selon Marc Giraud, naturaliste spécialisé en géologie. « A court terme, la solution chimique pourra aider quelques individus de pinsons, mais à long terme, ça risque de les fragiliser et de nuire à l’écosystème », considère-t-il.

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