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    Le médecin du sport est là pour retirer les embûches qui empêcheraient l’athlète d’exprimer son talent

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    En demi-finale des championnats du monde 2014 de judo, Clarisse Agbegnenou a battu sa compatriote française Anne-Laure Bellard. AFP PHOTO / VASILY MAXIMOV

    Claire Hédon :

    Dr Sène, vous nous revenez de Budapest où se sont déroulés les championnats du monde de Judo ! Vous êtes médecin de l’Equipe de France et nous sommes curieux de savoir à quoi peut bien correspondre un suivi médico-sportif de terrain ! C’est grâce à vous que les sportifs gagnent ?

     

    Jean-Marc Sène médecin du sport et médecin de l'équipe nationale de judo :

    Il faut rester modeste ! Un athlète n’a pas besoin d’un médecin pour gagner, mais il a besoin d’un médecin pour la prévention, la gestion immédiate de la moindre blessure, le suivi nutritionnel, la récupération après l’effort, le travail éventuel sur le sommeil. Plus que d’aider à la performance, le médecin du sport est là pour retirer les embûches qui empêcheraient l’athlète d’exprimer son talent. Il doit être capable de soigner les petits bobos comme de conseiller les sportifs sur leur hygiène de vie. La médecine du sport est une médecine globale car elle prend en compte l’individu dans son intégralité, comme le prouve la gestion du sportif dans un staff médical. Etre avant tout un bon médecin généraliste (au sens médecin de famille). Etre capable de travailler en équipe ! Beaucoup d’intervenants dans l’équipe (le staff) qui entoure ces sportifs. Dans cette équipe chacun doit « porter sa casquette », communiquer, savoir travailler en groupe, se limiter à ce qu’il connaît, être éloigné de la notion d’ « aura », de « récupération des résultats »

    Claire Hédon :
    J’imagine que la prévention est un paramètre majeur !

    Jean-Marc Sène :
    Absolument Claire ! La prévention  pour  le médecin du sport est d’essayer de connaître par cœur le sportif et de lui proposer tout ce qui est possible pour qu’il ne se blesse pas. Une obsession : la santé de l'athlète. La blessure survient souvent lorsque le sujet est fatigué. La bonne connaissance du sportif doit nous amener à la prévenir. Nous devons rester dans une médecine du bien portant et donc nous devons rester performant dans le domaine de la prévention. Nous n’oublierons pas l’importance du repos, sommeil et soutien psychologique. Après le traitement d’une blessure, il y a la remise sur le terrain, elle fait suite au traitement et à la rééducation, mais tout en continuant de les associer. Il s’agit d’un secteur qui doit se faire en partenariat avec l’entraîneur et le préparateur physique, mais qui ne doit pas échapper au staff médical. Seul le staff médical peut prononcer la guérison. Tout l’art de la discipline est de concevoir un suivi efficace en respectant l’éthique sportive et médicale !

    Claire Hédon :
    En parlant d’éthique, on pense immédiatement au dopage ! Alors comment prévenir ce fameux dopage ?

    Jean-Marc Sène :
    Rappelons une vérité : Si le dopage existe dans tous les sports, tous les sportifs ne sont pas dopés ! Problème de santé et problème d’éthique sportive, c’est une tricherie ! Heureusement tous les sportifs de haut niveau de sont pas des tricheurs et jusqu’à preuve du contraire il faut avoir confiance dans le sportif. Nous devons rester médecin et donc nous devons savoir écouter les problématiques verbalisées par le sportif ; voire même la problématique du dopage : le sportif est-il « tenté » ? Il présente des risques de déraper : période de blessure prolongée, fin de contrat, il ne marche plus, il a la pression, il vieillit, etc.): savoir alors discuter, argumenter, dissuader. Il est plus important de comprendre la genèse du dopage que de discourir dans des assemblées sur la « lutte contre le dopage » ; la meilleure prévention se met en place sur le terrain, dans les vestiaires, à proximité du sportif. A mon sens le meilleur moyen pour éviter qu’un sportif ne dérape c’est justement de lui proposer un suivi médico-sportif cohérent, bien évidemment éthique.

    Finalement la Prévention passe avant tout par le respect des principes de la médecine :

      • action doit être guidée avant tout dans l’intérêt de la santé du sportif
      • importance de l’indépendance professionnelle
        • dans le cadre des décisions médicales
        • Etre à l’écoute de son patient
      • Peser pour éviter de mettre l’athlète dans une situation à risque : estimer que les contraintes physiologiques soient acceptables (choix catégorie de poids, rapport fatigue – charge d’entraînement)
      • Importance de la bonne collaboration avec staff technique
      • Importance de la sensibilisation : Intervention annuelle AFLD directement auprès des athlètes?

    Claire Hédon :
    Finalement ces déplacements ce ne sont pas des vacances ?

    Jean-Marc Sène :
    Et oui Claire, c’est une vraie situation d’exercice professionnelle! Il est vrai qu’elle se déroule dans un contexte particulier, mais nous sommes bien au travail pendant ces compétitions et il n'y a pas de tourisme possible malheureusement !

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