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    Science

    Stress post traumatique et sexualité

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    Catherine Solano. © Emmanuel Pierrot

    Caroline Paré : Aujourd’hui, c’est jeudi, et comme tous les jeudi, Dr Solano, vous êtes là pour nous parler de sexualité, puisque vous êtes sexologue.  Et vous aller nous expliquer que certains problèmes sexuels peuvent être liés à un état de stress post traumatique. Mais qu’est-ce que c’est exactement qu’un état de stress post traumatique ?

    Dr Catherine Solano : L’état de stress post traumatique ou PTSD Post-Traumatic Stress Disorder et un état de stress chronique déclenché par un événement traumatisant. C’est ce que l’on appelait autrefois la névrose de guerre. Quand on vit un événement terrible, terrifiant, cela peut laisser des traces psychiques très importantes. Par exemple, si vous voyez des personnes se faire tuer sous vos yeux, si vous vous faites agresser, violer, si vous vivez une inondation ou un tremblement de terre où vous voyez des choses abominables, vous pouvez rester choqué pendant très longtemps, parfois pendant des années.

    Caroline Paré : Quelles sont les conséquences psychiques quand on vit une expérience aussi traumatisante ?

    Dr Catherine Solano  : Les conséquences sont très importantes. Elles n’apparaissant pas toujours immédiatement, mais parfois quelques semaines, quelques mois, ou même quelques années après. Elles gâchent souvent la vie de la personne et aussi de son entourage.

    Il s’agit de :
    - Souvenirs répétitifs : la personne dit souvent, plusieurs années après y penser plusieurs fois par jour.
    - Rêves répétitifs de l'événement, souvent des cauchemars.
    - Impressions ou agissements soudains « comme si » l'événement traumatique allait se reproduire (illusions, hallucinations, flash-back).
    - Sentiment intense de détresse psychologique lors de l'exposition à des indices évoquant ou ressemblant à un aspect de l'évènement traumatique.
    - Réactivité physiologique lors de l'exposition à des indices internes ou externes pouvant évoquer un aspect de l'événement traumatique en cause.
    - Un évitement de tout ce qui rappelle la situation traumatisante.

    Les personnes atteintes de PTSD peuvent aussi ressentir une sorte d’anesthésie de leurs émotions, ne plus ressentir ni joies ni peines. Des perturbations du sommeil, des dépressions, de l'anxiété et de l'irritabilité ou des explosions de colère. On peut parfois observer de l’alcoolisme ou des toxicomanies.

    Caroline Paré : Pourquoi est-ce difficile pour l’entourage ?

    Dr Catherine Solano : C’est que si quelqu’un de très proche qui vit sous votre toit vit quelque chose de terrible, vous comprenez très bien qu’il se sente très mal. Mais quand cela dure un an, deux ans, 10 ans, vous finissez par penser qu’il faudrait peut-être passer à autre chose. Et vous vous sentez totalement impuissant. Cela finit par être très lourd pour vous, difficile à vivre.

    Caroline Paré : Mais quel est le rapport avec la sexologie ? Est-ce par le fait qu’une agression sexuelle, un viol puisse entraîner ce type de problèmes ?

    Dr Catherine Solano : Oui, mais ce n’est pas la seule raison. En fait 80 % des personnes qui sont dans cet état de stress post-traumatique ont des problèmes sexuels importants et durables, même si le traumatisme de départ n’est pas de nature sexuelle.
    Je me souviens par exemple d’un patient Africain réfugié politique qui venait me voir pour des problèmes d’érection. En fait, il avait été torturé en prison pendant plusieurs mois et de demandait si sa femme et sa fille étaient toujours en vie. En réalité, il souffrait de stress post traumatique. Et c’est pour cela qu’il avait des problèmes d’érection.
    On peut observer des troubles de l’érection, du désir, des douleurs, toutes sortes de troubles divers. C’est pourquoi, quand un patient ou une patiente me parle de problèmes sexuels, je pose toujours la question : « Quels ont été les 3 pires traumatismes de votre vie » ?

    Caroline Paré : Ce que vous décrivez, ce sont des choses extrêmes. Des accidents, des guerres, des catastrophes naturelles. Alors, y a-t-il tant de personnes que cela qui souffrent de ce stress post traumatique ?

    Dr Catherine Solano : Aux Etats-Unis, les personnes souffrant de stress post traumatique sont estimées à 5 à 12 % de la population. En Europe on estime qu’ils représentent 1 % de la population, mais en réalité, c’est bien plus élevé, car où on les détecte très peu. Dans un pays en guerre, cela peut aller jusqu’à 30 % de la population.

    Caroline Paré : Que faire pour sortir de cet enfer ? Finalement on vit un moment atroce, et on le revit en continu par la suite, la journée par des souvenirs et la nuit dans des cauchemars. C’est comme si on était piégé ! Alors comment sortir du piège ?

    Dr Catherine Solano : Le traitement peut passer par certains médicaments antidépresseurs qui apportent un soulagement, mais pas un traitement définitif, car il faut absolument un travail de thérapie. Plusieurs méthodes sont utilisées : l’EMDR (thérapie par les mouvements oculaires) ou les thérapies comportementales qui donnent les meilleurs résultats. On peut aussi travailler en thérapie par exposition (on travaille à faire diminuer l’angoisse quand on pense au trauma), à apprendre au corps à se relaxer. On peut aussi travailler en thérapie de groupe quand le traumatisme s’y prête, si plusieurs personnes l’ont vécu au même moment.

    Caroline Paré : Si vous aviez un dernier conseil à propos des personnes touchées, quel serait-il ?

    Dr Catherine Solano : Ce qui est important, c’est de ne pas avoir honte d’être marqué par un événement car cela ne dépend pas de notre volonté. C’est parce que nous avons une sensibilité, une mémoire, une empathie avec les autres que nous sommes fragiles. Il ne faut pas avoir honte, et il faut oser en parler pour se soigner et ne pas se gâcher la vie et pouvoir revivre… C’est vital pour ne pas que le mal l’emporte sur le bien.

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