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    Science

    La sexualité et la grossesse

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    Dr Catherine Solano © Emmanuel Pierrot

    Retrouvez la chronique du Dr Catherine Solano, médecin sexologue

    Diara : On parle souvent de difficultés sexuelles pendant une grossesse. Mais est-ce qu’une grossesse entraîne forcément des problèmes sexuels ?

    Catherine : Bien sûr que non. La grossesse est un moment où la plupart des couples devraient naturellement beaucoup faire l’amour, et avec plaisir. Pourquoi ? S’ils attendent un enfant, c’est qu’ils sont jeunes et qu’ils aiment faire l’amour et le plus souvent qu’ils s’aiment ! Mais les bouleversements du corps et du psychisme rendent nécessaires des adaptations pour continuer à faire s’aimer avec plaisir.

    Diara : Beaucoup de couples nous disent pourtant que c’est un moment difficile. Nous recevons beaucoup de questions d’auditeurs sur ce sujet !

    Catherine : C’est parfois vrai. Mais il faut considérer plusieurs choses.
    Déjà, il existe parfois des petites ou grosses difficultés sexuelles avant la grossesse. Et elle ne va pas forcément les arranger. D’autre part, quand un couple veut un bébé et que ça ne vient pas dès les premiers mois, faire l’amour devient pour certains une sorte devoir conjugal. On doit le faire en calculant tel ou tel jour par exemple, en calculant, ce qui n’est pas érotique ! Et ça peut empêcher une sexualité spontanée. Alors quand la grossesse arrive, on peut avoir perdu un peu cette spontanéité !

    Diara : Et pour les couples chez qui tout allait bien avant la grossesse sur le plan sexuel, est-ce que les difficultés peuvent commencer en tout début de la grossesse ?

    Catherine : Oui, ça existe, et en général, c’est dû à la grande fatigue de la femme, cette envie de dormir qu’une femme ressent lors du premier trimestre et qui est liée aux hormones. Si en plus elle a des nausées ou des vomissements, elle n’est pas très sensible ni réceptive au désir !

    Diara : Mais ces nausées, ça s’arrête au deuxième trimestre...

    Catherine : Oui, c’est pourquoi on appelle parfois cette période « la lune de miel de la grossesse ». La fatigue de la femme s’envole, ses nausées disparaissent, elle a les seins bien épanouis et le volume de son ventre ne la gêne pas encore.

    En plus, ce qui est excellent sur le plan sexuel, c’est l’intense circulation du sang dans la zone sexuelle. Cela sert à apporter à l’enfant l’oxygène et les nutriments dont il a besoin. Cette circulation augmente aussi la lubrification vaginale et les sensations sexuelles féminines. Du coup, beaucoup de femmes ressentent nettement plus de plaisir et souvent plus de désir que d’habitude. D’ailleurs des études ont montré qu’une femme sur 5 découvre son premier orgasme pendant une grossesse, et ça se passe plutôt au cours du deuxième trimestre !

    Diara : Et en fin de grossesse, est-ce risqué d’avoir des relations sexuelles ?

    Catherine : Pas du tout. Des études montrent qu’il n’y a pas de risque de déclencher l’accouchement à cause d’un rapport sexuel. Bien sûr, si votre médecin vous l’interdit, il faut l’écouter. Mais autrefois, beaucoup de médecins interdisaient les relations sexuelles aux femmes à risque d’accouchement prématuré et ils le faisaient plus par principe de précaution que parce que le risque était prouvé.
    Le problème de la fin de grossesse, c’est surtout l’inconfort lié au volume du ventre. Les couples sont obligés d’inventer des positions plus confortables, ce qui introduit souvent un changement qui peut être intéressant dans leurs relations sexuelles.
    Et puis, spontanément, les couples ont de moins en moins de relations sexuelles les deux derniers mois, c’est ce que l’on observe.

    Diara : Le couple peut avoir peur de déclencher l’accouchement, même si ce n’est pas justifié, mais est-ce qu’il n’existe pas d’autres peurs sans aucun fondement, comme de faire mal au bébé ?

    Catherine : Oui, c’est vrai et ce sont des peurs fréquentes !Certains couples ont peur de faire mal au bébé, d’autres on l’impression de se sentir sentent observés par le bébé et ça les gêne beaucoup… C’est plutôt notre imagination qui travaille, nos fantasmes qui nous font peur.

    Diara : Mais en pratique, ça ne gêne pas le bébé si ses parents ont des relations sexuelles !

    Catherine : Non, pas du tout ! Le pénis, même tout au fond du vagin ne peut pas atteindre l’enfant qui est séparé du vagin par le col de l’utérus bien fermé, et par le liquide amniotique. Le liquide le protège. Certains médecins disent même que pendant l’orgasme de sa maman, il est probable qu’il ressente un effet « Jaccuzzi » plutôt agréable. C’est d’autant plus logique que l’enfant ressent certainement les émotions de sa mère. Si elle est épanouie, heureuse, si après l’amour elle est inondée d’hormones de bien-être, cela ne peut que faire du bien à l’enfant. Avoir des parents qui s’aiment et le sentir, c’est toujours un point positif !

    Diara : En résumé, quels conseils donneriez-vous aux jeunes couples p pour une sexualité épanouie pendant une grossesse ?

    Catherine :
    - Faire l’amour autant que l’on en a envie pendant la grossesse ;
    - S’adapter au niveau des postures à cause du ventre et parfois des douleurs au niveau des ligaments chez la femme (le poids du bébé et du ventre tire !)
    - S’écouter : si une posture entraîne une gêne chez la mère, il faut l’éviter.
    - Accepter et comprendre qu’il y a forcément des changements pendant une grossesse. Ils sont physiques, hormonaux, et aussi psychologiques et il faut les prendre en compte. Il faut accepter de composer avec tout ça.
    - Et pour finir, communiquer, dire à l’autre ce que l’on ressent. Les couples qui passent au mieux les moments d’une grossesse sont ceux qui ont une bonne communication qui leur permet de se comprendre et de se soutenir. Donc il faut oser parler de ses peurs, de ses questions avec l’autre.

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