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    Science

    Conférence décisive pour le Fonds mondial à Lyon

    media Peter Sands, directeur général du Fonds mondial, lors de son discours d'ouverture de la 6e conférence de reconstitution, à Lyon, le 9 octobre. JEFF PACHOUD / AFP

    Tous les trois ans, le Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme doit solliciter ses bailleurs. Cette conférence de reconstitution s’est ouverte à Lyon ce mercredi 9 octobre. Objectif : mobiliser 14 milliards de dollars.

    C’est un mécanisme qui remonte à 2002, et qui reste depuis loué pour ses résultats. Le Fonds mondial pour la lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme peut en effet se targuer d’avoir eu un impact non négligeable contre ces épidémies. Dix-neuf millions de personnes séropositives sont ainsi sous traitement anti-rétroviral, plus de 5 millions de malades de la tuberculose sont sous traitement et ce sont plus de 131 millions de moustiquaires qui ont été distribuées dans les pays où le Fonds agit. Globalement, selon l’organisation, dans ces États, le nombre de décès provoqués par ces maladies a chuté de 40 %, ce sont ainsi 32 millions de vies qui ont été sauvées.

    « Le Fonds mondial a fait ses preuves », explique Awa Marie Coll Seck, ministre d’État du Sénégal. « Pour le paludisme, les sommes distribuées par le Fonds représentent 64% de la dépense totale, et il y a eu une avancée dans tous les pays concernés : plus de moustiquaires imprégnées, l’accès aux médicaments a été facilité, l’accès aux tests rapides également … Le Fonds mondial est un outil efficace. Il faut lui donner les moyens. »

    Mais malgré ces bons résultats, le chemin vers l’éradication de ces trois épidémies reste long ; chaque année plus de trois millions de personnes en meurent. Les outils médicaux existent pourtant, qu’il s’agisse de prévention ou de traitement. Mais de l’avis de tous, le plus important de ces outils n’est pas assez disponible : l’argent manque.

    «Il n’y a pas de position neutre : on gagne ou on perd»

    Lors de la dernière conférence de reconstitution portant sur la période 2017-2019, les promesses de dons se sont élevées à plus de 12,2 milliards de dollars, mais à l’heure actuelle, seuls les deux tiers ont effectivement été versés par les États et organismes privés donateurs. Aussi, à l’occasion de cette 6e conférence de reconstitution, Peter Sands, le directeur général du Fonds, a demandé en janvier dernier aux bailleurs d’être plus généreux et d’augmenter leur contribution de 15%, avec pour objectif d’atteindre 14 milliards de dollars levés à Lyon pour la période 2020-2022.

    Sur le terrain, les progrès sont en effet constants, mais de moins en moins marqués. Ainsi, dans le cas du VIH-Sida par exemple, il est presque certain que les points d’étapes en termes de dépistage et traitement fixés pour 2020 ne seront pas atteints. Certains observateurs craignent même un rebond de l’épidémie si jamais les financements n’augmentent pas. « Nous ne sommes pas sur les rails », a assené Peter Sands à la tribune lors de l’ouverture de la conférence ce mercredi. « Nous avons le choix : soit nous accélérons le mouvement, soit nous reculons. Il n’y a pas de position neutre : on gagne ou on perd ».

    La somme demandée est donc importante, mais aux yeux des associations et ONG, pour conséquente qu’elle soit, elle risque de ne pas être suffisante pour atteindre l’objectif de développement durable n°3 de l’ONU, à savoir la fin de ces épidémies en 2030.

    «14 milliards, c’est le minimum»

    « 14 milliards, c’est le minimum. Nous avons accepté cela en précisant bien que c’est le minimum » explique Hakima Himmich, présidente de Coalition plus, qui regroupe les différentes associations internationales de lutte contre le Sida. « Il faut bien comprendre que tout dollar en moins, signifie des personnes non traitées, des programmes de prévention annulés. Tout dollar en moins, ce sont des vies qui risquent de ne pas être sauvées. »  

    Les ONG ont également la crainte que cet objectif de 14 milliards de dollars ne soit même pas atteint. À la veille de l’annonce des résultats de cette levée de fonds, seuls 10,3 milliards de dollars ont pour l’instant été promis – un peu moins des trois quarts du total escompté.

    Il reste cependant quelques États et partenaires privés qui n’ont pas encore annoncé leur contribution, au premier rang desquels la France. Deuxième donateur historique, le pays hôte de cette conférence est attendu au tournant. En 2016, il avait ainsi été le seul pays du G7 à ne pas avoir augmenté sa contribution, qui s’élevait alors à un peu plus d’un milliard d’euros. Or, en décidant d’accueillir cette conférence, Emmanuel Macron suscite beaucoup d’attente, alors que les enjeux de santé mondiale n’ont pas été au centre de son action depuis son élection en 2017.

    « L’engagement de la France est énorme. C’est le deuxième contributeur historique du fonds mondial », nuance Stéphanie Seydoux, ambassadrice française pour la santé mondiale. « Elle a contribué à hauteur de 4,6 milliards d’euros depuis sa création, et elle restera engagée dans cette lutte ». Cette place de deuxième contributeur historique derrière les États-Unis, la France a déjà fait savoir qu’elle entendait bien la conserver. Cela laisse donc entendre que sa contribution va augmenter. Cela sera-t-il suffisant pour atteindre les 14 milliards ? « Il faudrait que la France augmente sa contribution de 25%. Cela permettrait de créer un effet de levier pour que d’autres pays suivent. C’est la seule façon de remplir l’objectif fixé », espère Hakima Himmich.

    La contribution française très attendue

    Quelle sera la contribution française ? C’est Emmanuel Macron qui l’annoncera ce jeudi matin. Mais d’ores et déjà, on croit comprendre que ce chiffre de 14 milliards n’est pas érigé en totem. « Il y aura une accélération nette de l’effort, c’est incontestable », anticipe Stéphanie Seydoux. « Nous sommes encore dans les dernières heures de la mobilisation, et il est impossible de faire un pronostic précis, mais il y aura plus de moyens pour le Fonds mondial, et c’est l’objectif de cette conférence. »

    Loin d’être une question technique, cet enjeu de la dotation du Fonds mondial est crucial en termes de santé publique. Depuis sa mise en place il y a 17 ans, il a en effet considérablement fait évoluer les pratiques de l’aide au développement, et est régulièrement pris en exemple. Ses subventions aux États reposent sur une approche multilatérale, dans laquelle la société civile et les autorités sanitaires sont impliquées. Il conditionne également ses versements à la pérennité des programmes mis en place sur le terrain, avec des contrôles réalisés de façon indépendante.

    Le Fonds mondial tente également dans la mesure du possible d’agir comme un catalyseur : que « chaque dollar dépensé par le Fonds en rapporte 19 », estime Peter Sands. Pour preuve de cet engagement, les objectifs que s’est fixés le Fonds pour les trois prochaines années sont clairs. « Rendre plus solide les systèmes de santé locaux » figure en haut de la liste, tout comme sauver 16 millions de vies, et diviser par deux la mortalité liée au VIH-Sida, à la tuberculose, et au paludisme. Un programme ambitieux, pour lequel il faut de l’argent.

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