par Agnès Rougier
Article publié le 29/09/2008 Dernière mise à jour le 30/09/2008 à 15:03 TU
Le robot sort de l’usine
ls font de la mécatronique, on les appelle roboticiens. Ils conçoivent et réalisent les automates qui seront bientôt nos auxiliaires quotidiens. Leur travail, présenté lors de ce congrès, a marqué une avancée majeure dans le lien entre les humains et les robots. Jusqu’ici, les robots étaient plus ou moins confinés dans les usines … robots industriels à la mécanique certes ultra-précise, mais d’un encombrement difficilement compatible avec notre quotidien.
Or, cet IROS 2008 a révélé que les fabricants de robots industriels et les chercheurs, travaillent ensemble, désormais, pour mettre au point des réponses à des applications de précision liées à l’activité humaine.
Des progrès dans tous les domaines …
Concevoir, puis construire des robots, fait appel à une quantité de spécialistes de domaines différents et les progrès de la robotique sont la somme des progrès dans chaque discipline.
Les améliorations sont dues à une meilleure maîtrise des capteurs et des moteurs, à la miniaturisation des composants ; mais aujourd’hui, la grosse différence vient de ce que la technologie est devenue disponible à des coûts abordables. Grâce à son passage par le grand public, par exemple, la webcam qui coûtait 80 000 euros il y a quelques années, n’en vaut plus que 8 aujourd’hui ! Les roboticiens peuvent donc en truffer autant que nécessaire leurs nouveaux robots qui doivent s’orienter dans l’espace et reconnaître des visages !
… enfin presque
La nouveauté intéressante du congrès était la présence de représentants des utilisateurs, en particulier, celle de Jean-Luc Simon, président de l’Organisation Mondiale des Personnes Handicapées pour la Région Europe.
Avant d’être lui-même victime d’un accident de voiture Jean-Luc Simon était travailleur social avec les handicapés et se frottait donc aux difficultés rencontrés par les personnes aux mobilités restreintes. Paraplégique depuis 25 ans, Jean-Luc Simon a confié, lors de son intervention au cours de la table ronde sur « robotique et handicap », qu’ il aurait été incapable de formuler les points de vue qu’il peut apporter, aujourd’hui, alors qu’il est directement concerné.
« La nécessité construit la norme… et non l’inverse »
« Chaque handicapé développe des alternatives qui lui permettent de rester accroché à ses semblables », affirme Jean Luc Simon. Ainsi, en l’écoutant, les chercheurs ont été confrontés à la première préoccupation des personnes handicapées, qui est celle de conserver des relations sociales ; ils ont également appris que, contrairement à ce qu’on imagine le plus souvent, les gens paralysés des membres inférieurs ne veulent pas nécessairement réapprendre à marcher.
Comme tous le handicapés, ces personnes développent en effet des compétences spécifiques pour compenser leur handicap et le fauteuil roulant constitue alors une sorte d’une extension du corps ; la capacité supplémentaire à maîtriser un tel objet est vouée à se répandre dans la société si on prend en considération les risques liés au vieillissement global de la population. Ainsi, Jean-Luc Simon émet le souhait d’une mise au point de fauteuils moins chers, plus beaux, et pourquoi pas, un jour, volants !… Bref, en faire un objet courant, séduisant et accessible à tous.
Des programmes de recherche trop courts
A l’instar du professeur italien Giulio Rossatti, spécialiste de la robotique appliquée à la rééducation des membres supérieurs, les chercheurs, présents à IROS 2008, ont pris bonne note de la demande de l’utilisateur, ce qui est fondamental car il est particulièrement difficile d’adapter la direction des recherches en robotique hors du contexte.
Voilà pourquoi l’on trouve effectivement aujourd’hui, à des prix accessibles, des aspirateurs robots, comme le Roomba ou le Wami, des tondeuses à gazon, capables de travailler en notre absence, mais que l’on trouve peu -voire pas- de robots qui interagissent réellement avec l’humain.
Pour que les robots soient performants dans une étroite collaboration avec l’humain, ils doivent d’abord être 100% fiables, ce qui nécessite un long programme de travail commun entre chercheur et utilisateur pour une application précise. Pourtant, il s’avère que les programmes européens de recherche dans ce secteur dépassent rarement 3 ans, ce qui est insuffisant. Prenons pour exemple le cas précis de la rééducation médicale : si la rééducation porte ses fruits, les patients changent, et les robots développés sur le thème ne sont pas assez nombreux pour établir des comparaisons.
Rouler des mécaniques
Qu’il s’agisse de la main artificielle, destinée aux manipulations ultra-précises, ou bien de l’hélicoptère de 20 centimètres d’envergure, qui peut surveiller et filmer dans la plus grande discrétion grâce à la légèreté des caméras et de l'informatique embarquées (200 grammes) etc, ce qui frappe en premier, dans le cadre de l’exposition, c’est la discrétion de ces machines qui toutes se meuvent silencieusement. Un paramètre de base, semble-t-il, car Jean-Pierre Merlet, de l’INRIA, affirme que « le premier stress dans la relation humain/robot, c’est le son ».
Un seul d’entre eux (une seule d’entre elles, plutôt !) nous interpellait d’une voix féminine, en se déplaçant dans l’exposition sur des roulettes. Un robot que nous pourrions appeler Francès, d’ailleurs, car ce robot circulaire, dédié à la surveillance et au convoyage d’objets, a fini par remplacer une employée du Christian Hospital de Rhodes Island, aux Etats Unis. La Francès d’origine ayant pris sa retraite, personne n’a pris la relève du poste vacant… sauf un robot, que le staff finit par appeler affectueusement comme son illustre prédécesseure.
Un avenir subtil
En Europe, on imagine mal le robot humanoïde, remplaçant l’homme purement et simplement. La demande serait plutôt pour le robot invisible, qui effectue avec précision et discrétion la tâche pour laquelle on l’a programmé.
Mais le robot, s’approchant désormais de l’homme jusqu’à le toucher, doit envisager de le comprendre. Dans cette optique, la robotique cherche à développer les outils de la lecture, de l’interprétation et finalement de la compréhension des désirs et sentiments humains : Jean-Pierre Merlet parle alors de « robotique cognitique », mais là, la recherche débute tout juste !
Pour en savoir plus :
Consulter les sites de :
- L' INRIA
- L' IROS 2008
- L' Organisation mondiale des personnes handicapées
- Skybotix pour voir l'hélicoptère
- Shadowrobot pour voir la main artificielle
- Francès
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20/05/2008 à 08:27 TU