par Jean-François Pérès
Article publié le 20/06/2008 Dernière mise à jour le 20/06/2008 à 22:09 TU

A l'image de Tuncay (n°17) et Arda (n°14), la folle joie des Turcs, qualifiés pour la première demi-finale d'Euro de leur histoire.
(Photo : Reuters)
Ils l'ont refait ! Personne avant le match n'aurait pu imaginer que les footballeurs turcs, réincarnations de la tortue de la fable de La Fontaine, parviendraient une fois encore à se réveiller dans les derniers instants pour terrasser un rival abasourdi et menant au score. Et pourtant... Après la Suisse et la République tchèque, c'est la Croatie qui a fait l'amère expérience de l'extraordinaire sens du finish d'une sélection qui ne connait pas le doute.
Croatie-Turquie, c’était l’affiche inédite de ces quarts de finale entre deux nations qui avaient déjà intégré le dernier carré d’une Coupe du monde (1998 pour les Croates, 2002 pour les Turcs) mais jamais d’un championnat d’Europe des nations, où leur meilleure performance était... un quart de finale.
Si le sémillant sélectionneur croate Slaven Bilic n’a eu aucun mal à composer son équipe, reconduisant les vainqueurs de l’Allemagne (2-1), son homologue Fatih Terim doit se passer de six titulaires incontestables, parmi lesquels Servet, Emre et le gardien Volkan, suspendu après son expulsion stupide face à la République Tchèque et remplacé par le vétéran Rüstü. Seuls 17 joueurs turcs sur 23 sont valides…
« La Sublime Porte » compte avant tout sur son sauveur Nihat, auteur d’un doublé décisif face aux Tchèques. Quant aux joueurs au maillot à damier, ils s’avancent avec leur impressionnante armada de techniciens, les Rakitic, Modric, Kranjcar et autres Olic. Les Croates sont favoris, mais attention à cette sélection aussi nonchalante que sur-motivée, capable des plus improbables retournements de situation.
Dans un stade Ernst-Happel de Vienne comble, la Turquie est d’ailleurs la première en action dès la 7e minute avec cette frappe puissante mais non cadrée d’Altintop, bien servi par Nihat. Côté croate, une hésitation de Rüstü est rattrapée de justesse par Hakan Kadir alors que Srna rôdait au point de penalty.
Olic sur la transversale
20e minute : le même Srna lance Modric sur la droite, dont le centre à ras de terre est repris sur la transversale par Olic, pourtant idéalement placé aux six mètres. Kranjcar reprend de la tête, cette fois au dessus.
Peu d’actions dangereuses par ailleurs. La partie est tactique, parsemée de petites fautes et d’actes d’antijeu. Pour un coup de coude sur Kovac, Tuncay reçoit un avertissement qui priverait le milieu turc d’une éventuelle demi-finale.
Lentement mais sûrement, excepté une frappe formidable de Topal tout près de la lucarne de Pletikosa (38’), le rythme baisse et ce quart de finale tombe dans une certaine morosité, une rareté dans cet Euro plutôt spectaculaire. Les Croates sont pour l’instant bien maîtrisés par des Turcs en embuscade. On a presque l’impression que les deux équipes attendent les tirs au but quand l’arbitre italien M. Rosetti siffle… la mi-temps.
La Turquie plie mais ne rompt pas
Nouveau coup dur pour les Turcs dès l’entame de la seconde période : après une semelle sur Simunic, Turan Arda récolte un carton jaune mérité qu’il a le toupet de contester. Lui aussi sera suspendu pour l’éventuelle demi-finale.
Les Croates montent enfin en puissance. Olic est tout près de profiter d’une nouvelle bourde de Rüstü (52’), Kranjcar d’un pointu bute sur le gardien turc (57’). Les corners s’accumulent, mais à dix minutes de la fin du temps réglementaire, le score n’est toujours pas ouvert.
La Turquie plie, mais ne rompt pas. Un splendide coup franc de Srna prend la direction de la lucarne mais Rüstü s’envole et détourne en corner (84’).
90e minute : le gardien turc, qui termine bien mieux qu’il n’a commencé, sauve une balle de match. Centre de Modric, reprise aux six mètres d’Olic. Rüstü s’interpose. Une minute plus tard, rebelote peu orthodoxe sur un coup franc vicieux de Srna stoppé en deux temps. Un dernier tir d’Olic passe au dessus. Pour la première fois de cet Euro, prolongation… Constat d’échec pour la Croatie, qui n’a pas réussi à faire fructifier son évidente domination.
Deux dernières minutes complètement folles
Les Turcs, qui n’ont pas cadré le moindre tir en 90 minutes, se rattrapent dès la 92e par Tuncay, qui s’échappe sur la gauche, frappe mais Pletikosa a bien fermé l’angle et détourne en corner. 101e : Semih tente sa chance dans la surface, c’est puissant mais trop enlevé.
La physionomie du match évolue. Ce sont désormais les Croates, manifestement fatigués, qui sont privés de ballon. Et Tuncay est à deux doigts d’ouvrir le score sur une demi-volée rasante à l’entrée de la surface (103’).
Plus rien ou presque à signaler lors de la deuxième partie de prolongation, si ce n’est des crampes de plus en plus marquées côté balkanique… Jusqu’à la 119e minute. Centre de Modric et reprise de la tête au premier poteau de Klasnic, entré en jeu un peu plus tôt. La Croatie, sur le fil, se qualifie pour les demi-finales. Eh bien non ! Dernier dégagement de Rüstü sur Semih, qui contrôle et trompe Pletikosa (1-1, 120’+1)… Comme face à la Suisse et à la République tchèque, la Turquie revient de nulle part et arrache ce qu’elle cherchait depuis le début : la séance de tirs au but.
Rüstü anéantit es derniers espoirs croates
Et ce qui devait arriver arriva : deux frappes à côté des virtuoses Modric et Rakitic pour une seule réussite signée Srna, trois transformations de Turan, Semih et Altintop, un dernier arrêt de Rüstü sur un tir sans conviction de Petric, et le gardien aux 117 sélections envoie la Turquie en demi-finales de l’Euro pour la première fois de son histoire. Ce sera face à l’Allemagne, mercredi 25 à Bâle.
Bouillant en perspective, même si le poids conjugué des blessures et des suspensions côté turc pourrait s'avérer rédhibitoire.