par Jean-François Pérès
Article publié le 21/06/2008 Dernière mise à jour le 21/06/2008 à 22:18 TU
Grosse chaleur (29°) sur le Parc Saint-Jacques de Bâle au coup d’envoi de ce Pays-Bas-Russie très prometteur. L’affiche rappelle fatalement la finale de l’Euro 88, remportée en Allemagne de l’Ouest par les Orange aux dépens de l’ancêtre de la Russie, l’URSS (2-0), avec à la clef une reprise de volée inoubliable de Marco Van Basten, aujourd’hui sélectionneur néerlandais.
Dévastateurs lors du premier tour, avec trois victoires probantes dans le groupe le plus relevé de la compétition (Italie, Roumanie, France), les Pays-Bas sont favoris. Mais la Russie, aussi jeune que séduisante, a les moyens de perturber la belle mécanique des coéquipiers de Van Nistelrooy avec ses multiples talents offensifs, les Pavlyuchenko, Archavine, Zirianov…
Température oblige, le début de partie est une aimable mise en jambes. Le coup franc excentré mais cadré de Zhirkov, détourné par Van Der Sar en corner, sonne le retour aux affaires sérieuses (6’). Plus agressifs, les Russes se procurent dans la foulée une nouvelle situation favorable, mais la reprise de la tête de Pavlyuchenko passe au dessus.
Soutenus par leur bruyante cohorte de fans (on en a dénombré plus de 100 000 dans les rues de Bâle dans l’après-midi !), les Orange tentent de se dépêtrer du pressing des joueurs de Guus Hiddink, le sélectionneur… néerlandais de la Russie. Mais aucune occasion à relever de leur côté durant le premier quart d’heure.
Kolodine des 35 mètres, deux fois
26e minute : sur un corner mal dégagé par la défense russe, Engelaar reprend du droit, mais Ooijer ne peut dévier la course d’un ballon qui passe finalement largement à côté des buts d’Akinfeev. Cette mini-occasion va-t-elle enfin réveiller la maison Orange ? Apparemment oui. Un coup franc brossé de Van der Vaart passe devant la cage orientale sans que Van Nistelrooy ne puisse le catapulter au fond des filets (30’). Embellie sans suite.
Car la menace russe reste omniprésente. Archavine s’échappe sur la gauche et oblige Van der Sar à une parade de qualité (31’), sur le corner mal dégagé Kolodine tente sa chance de 35 mètres et trouve de nouveau le gardien de Manchester United sur sa route. Ce même Kolodine remet ça une minute plus tard, toujours d’aussi loin, sans aucun complexe. La lucarne en frissonne encore. Solide dans sa mission, le défenseur central du Dinamo Moscou risque de susciter quelques convoitises avec de tels atouts…
Piqués au vif, les Bataves répondent par Van Nistelrooy, dont la frappe dans la surface est détournée par Akinfeev (37’). D’une manière générale, c’est sur coups de pied arrêtés qu’on sent les Néerlandais capables d’ouvrir la marque. Mais ce ne sera pas pour la première période. Guus Hiddink, qui connait sa sélection nationale par cœur, a bien préparé son affaire, et la Russie tient un prometteur 0-0 à la pause.
Remarquable Pavlyuchenko
Au retour des vestiaires, Van Persie remplace Kuyt, bien discret, pour dynamiser les offensives néerlandaises et servir Van Nistelrooy dans de meilleures conditions. « San Marco » Van Basten remplace également Boulahrouz (touché par le décès la veille de sa fille prématurée), qui vient de prendre un avertissement, par Heitinga.
Las : les Russes, droits dans leur botte, débloquent la situation à la 55e minute. Action d’école, dans la lignée de ce que réalisent les virtuoses slaves depuis le début de la compétition. Archavine décale Semak sur la gauche, centre de ce dernier, du gauche, pour une volée au premier poteau, toujours du gauche, du remarquable Pavlyuchenko. Limpide. Van Der Sar n’en peut mais (1-0, 56’).
Le sélectionneur néerlandais tente alors un coup de poker en sortant le géant Engelaar au profit du petit gabarit d’Afellay. Les trois changements étant effectués, on ne verra donc pas Robben lors de ce quart de finale.
Le match prend des allures d’attaque-défense, sans que les Orange ne mettent réellement à contribution la défense russe. Revers de la médaille, ils s’exposent à des contres potentiellement fatals. Mais ni Archavine, ni Bilyaletdinov, ni Pavlyuchenko, pourtant bien placés, ne parviennent à creuser l’écart à l’aube du dernier quart d’heure.
Van Nistelrooy arrache la prolongation
Le sort du match ne tient qu’à un fil. Sneijder, patron du jeu néerlandais, multiplie de façon invraisemblable les frappes dangereuses, mais ne les cadre pas. Zhirkov a le 2-0 au bout du pied, sans succès. Il peut s’en mordre le gros orteil.
87e minute : Sneijder enroule un coup franc sur la gauche, Van Nistelrooy coupe la trajectoire de la tête au second poteau. Akinfeev, qui n’est pas sorti, peut aller chercher le ballon au fond des filets (1-1). Grâce à leur attaquant vedette, les Pays-Bas reviennent de loin.
Après un dernier incident de jeu, qui voit l’arbitre slovaque Lubos Michel expulser Kolodine pour une charge sur Sneijder avant de se raviser, le ballon étant antérieurement sorti des limites du terrain, le temps réglementaire s’achève sur un score de parité somme toute logique. Comme la veille entre la Croatie et la Turquie, on jouera trente minutes supplémentaires.
La délivrance russe au bout du gâchis
Malgré la fatigue, la prolongation démarre à cent à l’heure. Archavine bute sur Van der Sar, Van Nistelrooy frappe au dessus. Balle de 2-1 pour Pavlyuchenko, qui arme un superbe tir des 20 mètres sur la transversale néerlandaise. Le spectacle est total. Archavine, intenable, se balade sur la droite avant de servir Torbinski. Van der Sar s’interpose encore in extremis (100’). Kolodine fête sa non-expulsion par un nouveau missile sol-air juste à côté. Mais les Russes, en panne totale de réalisme offensif, ne prennent toujours pas le large.
Seconde période de la prolongation. Les Russes terminent en trombe face à des Néerlandais au bord de l’asphyxie, mais paradoxalement toujours capables sur un exploit individuel d’arracher la qualification. Zhirkov réclame en vain un pénalty, un contre idéal est cafouillé dans les derniers mètres… Mais Archavine, de très loin le meilleur sur le terrain, s’arrache encore sur la gauche, son centre lobe Van der Sar et trouve Torbinski, qui conclut rageusement de près dans le but vide (2-1, 114’).
Le festival Archavine
Cette fois, les Orange sont KO. Et c’est Archavine, fatalement, qui termine le travail en trompant Van der Sar au sortir d’une longue touche oubliée par la charnière des Pays-Bas (3-1, 116‘). Pour la première fois de sa jeune histoire, la Russie atteint le dernier carré de l’Euro et affrontera le vainqueur d’Espagne-Italie pour une place en finale. Ce n’est que justice eu égard au magnifique football pratiqué par ses jeunes solistes.
Archi-favoris, les Néerlandais sont tout simplement tombés sur un os. Guus Hiddink avait remarquablement préparé son coup en bloquant notamment les rapides transmissions milieu-attaque qui avaient fait le succès des Bataves au premier tour. Une inattendue tempête venue de l’Est a balayé la maison Orange. Et ce n’est peut-être pas fini.