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Euro - 1/4 de finale

L'Espagne prend l'Italie à son propre piège

par Jean-François Pérès

Article publié le 22/06/2008 Dernière mise à jour le 22/06/2008 à 21:51 TU

La joie de David Villa après la victoire de l'Espagne contre l'Italie. Les Espagnols affronteront la Russie en demi-finale.(Photo: Reuters)

La joie de David Villa après la victoire de l'Espagne contre l'Italie. Les Espagnols affronteront la Russie en demi-finale.
(Photo: Reuters)

Les Italiens, ultra-défensifs, n’attendaient qu’une chose : les tirs au but. Ils y sont parvenus au prix d’une rencontre soporifique. Mais c’était sans compter sur un super Casillas dans la cage espagnole. Résultat final, 0-0, 4 tirs au but à 2 pour les Ibères, qui retrouveront la Russie en demi-finale.

Quatre-vingt huit ans. Près d’un siècle que l’Espagne n’était pas sortie vainqueur face à l’Italie dans une grande compétition. La dernière fois, c’était aux Jeux Olympiques d’Anvers, en 1920…                  

Entre-temps, l’Italie, habituée des podiums, a conquis quatre Coupes du monde et un titre de champion d’Europe, l’Espagne seulement une couronne continentale, en 1964. Non pas que les Espagnols manquent de talent, non ! Mais ils trébuchent quasi immanquablement, quelles que soient les générations, sur les dernières marches.

Cette fois, cependant, les joueurs de Luis Aragones partent avec les faveurs du pronostic. Avec trois victoires claires, leur premier tour fut remarquable, et les attaquants Villa et Torres ont impressionné, ce dernier étant pour l’instant (avec 4 réalisations) le meilleur buteur de la compétition. C’est l’équipe type qui est alignée.

Quant à la Squadra Azzurra, sortie avec ô combien de difficultés du groupe C grâce à une victoire sur la France (2-0), elle s’avance sans deux de ses cadres du milieu, Gattuso et Pirlo, suspendus, remplacés par Ambrosini et Aquilani.

Sous les yeux du couple royal espagnol

Ce derby entre les deux dernières équipes latines de cet Euro se joue à Vienne, dans un stade Ernst-Happel plein, festif, plus de 50 000 spectateurs, et sous un temps lourd (28 degrés). Le vainqueur sera opposé à la redoutable Russie, qui a fait sensation la veille en éliminant les Pays-Bas (3-1 après prolongation).    

Sous les yeux du couple royal espagnol, présent dans la capitale autrichienne, l’arbitre allemand Herbert Fandel donne le coup d’envoi.

Début de match prudent, les deux équipes se craignent manifestement et ne veulent prendre aucun risque. Pas la moindre occasion à signaler durant le premier quart d’heure, si ce n’est un tir contré de Silva dans les bras de Buffon. Les Espagnols ont la maîtrise du ballon sans en faire grand-chose pour l’instant, les Italiens contrent mais ne se découvrent pas.

Cadenassé et ennuyeux

Il faut un coup franc des 25 mètres de Xavi pour obliger le gardien italien au premier véritable (et remarquable) arrêt après... 25 minutes d’une partie cadenassée et plutôt ennuyeuse.

38e minute : de la droite, Silva repique au centre et arme un intérieur du gauche rasant qui frôle le poteau de Buffon, sans doute battu. L’occasion la plus évidente avant la pause.

Comme on le craignait, mais avant tout à cause d’une Squadra Azzurra « old school » qui remet au goût du jour le « catenaccio » (verrou) des années 60, ce derby latin est avant tout affaire de tactique et de patience, à mille lieux du flamboyant Pays-Bas-Russie… Sachant que les Espagnols, théoriquement les plus audacieux, ont minutieusement préparé les tirs au but ces derniers jours, on peut s’attendre à une languissante soirée. 

Les attaquants espagnols frappés par une sorte de malédiction  

D’autant que les attaquants ibériques, si brillants lors du premier tour, semblent frappés par une sorte de malédiction : la plupart de leurs gestes décisifs sont ratés. Et quand ils ne le sont pas, la défense italienne s’interpose avec sérénité. En deux mots, l’Italie est en train de faire de ce quart de finale ce qu’elle souhaite, un match sans rythme, ce qui perturbe considérablement les feux-follets espagnols.

Face à l’entrée de Camoranesi, qui a remplacé Perrotta, Luis Aragones tente avant l’heure de jeu deux changements à vocation offensive : Xavi et Iniesta sont remplacés au milieu par Cazorla et Fabregas, le talentueux stratège d’Arsenal.

Ce sont pourtant les Italiens qui manquent de peu d’ouvrir le score. Casillas se loupe devant Toni, mais revient en catastrophe alors que la reprise en pivot de Camoranesi prend la direction de son but (61’).

Alors qu’on croit la rencontre lancée, l’ennui prend de nouveau le relais. Plus d’initiative, plus d’occasion. Statistique révélatrice : 4 tirs cadrés en 70 minutes…          

Buffon (presque) comme Arconada

Evénement à dix minutes de la fin du temps réglementaire : une bourde de Buffon. Presque fatale. Le gardien italien laisse passer sous son ventre une frappe lointaine de Senna, qui file, file… et rebondit sur son poteau (81’). Souvenir : en 1984, une erreur similaire du gardien espagnol de l’époque, Luis Arconada, avait permis à Platini d’ouvrir le score pour la France en finale de l’Euro.  

Dans la foulée, Aragones sort Fernando Torres pour Güiza, meilleur buteur cette saison en Liga avec le Real Majorque. Les Espagnols ont effectué leurs trois changements au moment où M. Fandel indique la fin du temps réglementaire. Comme prévu, et pour la troisième fois en trois jours, prolongation.

Les Italiens vont avoir une possibilité exceptionnelle de débloquer la situation durant la première partie, quand une reprise de la tête de Di Natale sur un centre de Camoranesi est détournée par Casillas au prix d’une envolée de classe mondiale (96’). Juste après, Toni tente un retourné du crâne qui passe juste au dessus.

La tension grimpe au fil des minutes. Plus qu’un quart d’heure avant les tirs au but. Lentement mais sûrement, à la manière de l’araignée qui a tissé sa toile et endormi sa proie, l’Italie semble s’avancer pour l’estocade finale. Aux tirs au but ou dans le jeu ?

Fabregas, symbole de la victoire d’un football plus positif

Ce sera, le cas échéant, aux tirs au but, puisque les Espagnols ratent la balle de match par Cazorla dans les derniers instants de la prolongation. Le milieu de Villarreal centre ou tire, on ne sait, devant le but de Buffon, et Villa, furieux contre son coéquipier, arrive trop tard pour reprendre (119’).

La séance fatidique aura lieu devant le virage des supporters espagnols. Ont-ils eu une influence sur le déroulement des événements ? Quoi qu’il advienne, De Rossi puis Di Natale ont vu leur tentative repoussée par Casillas, alors que de l’autre côté, seul Güiza a failli.

Symbole de la prévalence d’un football plus positif, plus offensif, c’est Cesc Fabregas qui offre la qualification à son pays (4 tirs au but à 2). L’Italie n’a pas joué, elle a fini par le payer au bout d’un redoutable ennui qu’elle a elle-même généré. Mais peut-être n’avait-elle pas les moyens de faire plus.

Pour la première fois depuis 1984, l’Espagne est en demi-finale de l’Euro. Ce sera jeudi, toujours à Vienne, face à la Russie, pour une rencontre qui n’aura sans aucun doute rien à voir avec le pensum de ce dimanche. Pour une fois, les Espagnols, souvent placés, rarement gagnants dans ces circonstances, peuvent se dire que seul le résultat compte.

Ils se satisferaient d'ailleurs volontiers de celui du premier tour : pour leur entrée dans la compétition, ils avaient balayé les Russes 4 à 1, avec un triplé de Villa.