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Euro - 1/2 finale

L'Allemagne met fin au rêve turc

par Jean-François Pérès

Article publié le 25/06/2008 Dernière mise à jour le 25/06/2008 à 21:48 TU

L'Allemand Schweinsteiger jubile, le Turc Mehmet Topal est dépité: l'Allemagne est en finale.(Photo: Reuters)

L'Allemand Schweinsteiger jubile, le Turc Mehmet Topal est dépité: l'Allemagne est en finale.
(Photo: Reuters)

Quand ils sont revenus au score à quatre minutes de la fin, les Turcs, une nouvelle fois admirables, pensaient sans doute rééditer leurs précédents exploits. Mais un but in extremis de Lahm a offert aux Allemands la qualification pour la finale (3-2) à l’issue d’un match passionnant.

Comment survivre à une telle hécatombe de joueurs, inédite à ce niveau ? C’était la question qui se posait à la Turquie avant la première demi-finale d’Euro de son histoire. Servet, Gungor, Emre, Nihat, quatre titulaires incontestables, blessés et indisponibles. Volkan le gardien de but, Asik, Tuncay et Arda, quatre autres éléments de base de la sélection, suspendus.

Restaient au sélectionneur Fatih Terim 15 joueurs sur 23 pour composer une équipe, la meilleure possible vu les circonstances. Quinze joueurs, même pas de quoi remplir une feuille de match normale, pour un exploit quasi-inimaginable : sortir une équipe allemande qui s’avançait, elle, avec toutes ses forces. Et toute sa confiance, après avoir sorti le Portugal.

Cet exploit, les Turcs n’ont pas été loin de l’accomplir. Ils ont dominé la majeure partie de cette palpitante demi-finale, mais ont buté sur une valeur en net regain de forme à la bourse footballistique ces jours-ci : le réalisme allemand.  

Une défense allemande étonnamment passive

Beau temps sur le Parc Saint-Jacques de Bâle au coup d’envoi, donné par l’arbitre suisse M. Busacca. Et aucun incident à signaler autour du stade pour ce match à risques entre deux pays entretenant des rapports forcément particuliers, plus de deux millions de Turcs vivant en Allemagne.     

Enseignement majeur des dix premières minutes de jeu : cette Turquie là, peu importe sa configuration, évolue sans complexe. Altintop, reconverti ailier droit, pose de nombreux problèmes à une défense allemande étonnamment passive. Kazim Kazim, le jeune attaquant de Fenerbahce, symbole du cosmopolitisme de son équipe, touche même la transversale en reprenant l’une de ses passes en retrait (12’) !

De son côté, la Nationalmannschaft rate totalement son entame, comme anesthésiée. Excès de confiance ? Peur de mal faire face à un adversaire décimé ?

22e minute : centre d’Altintop, reprise de Semih sur la barre, le ballon revient sur Ugur qui trompe un Lehmann fort peu inspiré en l’occurrence (1-0). La Turquie mène au score, et le plus extraordinaire, c’est qu’il n’y a rien à redire.

Du coup pour coup

Sauf que l’Allemagne est éternelle : alors qu’elle n’a jusque là rien montré, vraiment rien, Podolski se réveille, déborde sur la gauche et sert Schweinsteiger qui, du point de penalty, égalise d’un astucieux revers du pied droit (1-1, 26’).

Pas le moins du monde décontenancée, l’équipe ottomane porte de nouveau le danger sur les buts germaniques, Altintop étant à deux doigts de lober Lehmann sur coup-franc (32’). Mais, revers de la médaille, les Turcs se découvrent. Podolski file en contre, on croit au but mais l’attaquant du Bayern frappe au dessus (34’).

Le match a pris son envol. Passionnant, malgré (ou grâce à) de grossières erreurs de marquage de part et d’autre. C’est du coup pour coup : Ugur, le buteur turc, tente sa chance sur coup franc à son tour. Son bolide est repoussé des deux poings par le portier allemand (37’). La mi-temps est atteinte sur un score de parité qui ne rend pas justice à l’excellente prestation des rescapés turcs, qui auront ajouté quatre minutes aux sept durant lesquelles ils ont mené à la marque durant cet Euro…

Incroyable fin de match !

Grosse frayeur pour les hommes de Terim en début de seconde période. Lahm est balancé par Sabri à l’entrée de la surface de réparation. Dehors, dedans ? La faute est évidente, M. Busacca tranche… en laissant jouer (47’).

La physionomie de la rencontre n’évolue guère. A l’image d’Altintop au milieu du terrain, les Turcs dominent et semblent en mesure de prendre le dessus sur une très décevante sélection allemande, Ballack en tête. Qui l’eût cru ?

Sans doute pas Hitzlsperger. Le milieu de Stuttgart s’avance pour une lourde frappe, qui passe de peu à droite du but de Rustu (73’). Quant à Klose, il ne se pose pas de question quand il profite d’une erreur de Rustu sur un centre de Lahm pour donner aux siens un avantage immérité vu les statistiques -17 tirs turcs contre 6 aux Allemands en 75 minutes- (1-2, 79’).

Tellement immérité qu’il ne tiendra que sept minutes. A la 86e minute, au moment où l’on croit les Allemands hors de danger, la « spéciale Turquie » est de retour avec une égalisation signée Semih sur un débordement de Sabri (2-2). Pour la deuxième fois, la responsabilité de Lehmann est engagée.

Terminé ? Non ! L’Allemagne se rebiffe et sur l’ultime attaque du temps réglementaire, Lahm s’appuie sur Podolski pour battre de près le gardien turc et inscrire le but de la qualification (2-3, 90’). Cette fois, c’en est terminé des folles remontées turques dans cet Euro. Après avoir battu sur le fil la Suisse, la République tchèque et la Croatie, les rois du suspense tirent leur révérence. Avec panache.

Sans être brillante, loin s’en faut, l’Allemagne jouera dimanche la sixième finale d’Euro de son histoire face au vainqueur d’Espagne-Russie, ce jeudi à Vienne.