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Euro - 1/2 finale

Impériale Espagne

par Jean-François Pérès

Article publié le 26/06/2008 Dernière mise à jour le 26/06/2008 à 22:03 TU

Sergio Ramos (g) et Senna (d) après le premier but qui a ouvert la voie à la première finale d'Euro depuis 1984 pour l'Espagne.(Photo : Reuters)

Sergio Ramos (g) et Senna (d) après le premier but qui a ouvert la voie à la première finale d'Euro depuis 1984 pour l'Espagne.
(Photo : Reuters)

Pas de suspense à Vienne, où les Espagnols, déjà vainqueurs du même adversaire au premier tour, ont une nouvelle fois surclassé la Russie (3-0). A l’image de leur prodige Archavine, les joueurs de l’Est sont apparus trop fatigués pour perturber la plus belle machine à jouer de la compétition. Rendez-vous dimanche pour la finale face à l’Allemagne.

Oublier le match du premier tour. C’était la consigne dans le camp espagnol à l’entame de cette première demi-finale d’envergure pour la sélection ibérique depuis l’Euro 1984 en France. Effacer des esprits la virevoltante leçon offensive (4-1) donnée à une équipe russe encore assoupie pour ne pas tomber dans l’excès de confiance.

Car depuis le 10 juin, tout a changé. Pas tant côté espagnol, où les mêmes joueurs (trois fois la même équipe d’entrée) ont produit le même football, fait de redoublement de passes et de prise de risque autour d’une défense remarquable, le gardien Casillas en tête.

Mais plutôt côté russe, où en trois rencontres et autant de victoires spectaculaires, des talents majeurs ont éclaté à la face de l’Europe, les Pavlyuchenko, Semak, Zirianov, et bien sûr Archavine, l’inspiré meneur du Zénith Saint-Pétersbourg, absent lors de la première manche et ouvertement cité pour le Ballon d’Or à la fin de la saison.

Deux suspensions risquaient néanmoins de peser lourd dans la balance : le défenseur central Kolodine, excellent contre les Pays-Bas, et Torbinski, buteur face aux Néerlandais.      

Conditions de jeu difficiles  

Temps lourd et orageux sur le stade Ernst-Happel de Vienne au moment où l’arbitre belge, M. De Bleeckere, donne le coup d’envoi de cette seconde demi-finale qui permettra de connaître le nom de l’adversaire de l’Allemagne dimanche dans cette même enceinte.

Les Espagnols débutent pied au plancher. Servi dans la surface, Torres pivote et bute sur Akinfeev (5’). Cinq minutes plus tard, c’est Villa qui arme une frappe puissante à l’entrée des 16 mètres, le gardien russe détourne en corner.

Sur une pelouse rendue glissante par les averses orageuses, les Ibères sont les plus à l’aise. Ne pas en déduire pour autant que les Russes ne font que subir. Chaque possibilité de contre est exploitée, et l’on sent que les artistes slaves peuvent causer du tort à l’arrière-garde latine.

Illustration à la 15e minute : faute sur Archavine (par ailleurs assez discret), coup franc surpuissant de Pavlyuchenko des 30 mètres juste au dessus de la transversale. Mais Casillas était bien placé.         

Nette domination d’ensemble des Espagnols  

Insensiblement, sous une pluie toujours plus intense, le match s’équilibre. Les Russes investissent plus volontiers le camp adverse, mais les deux équipes connaissent des difficultés à offrir des actions construites, tant les conditions de jeu se dégradent. Restent les coups de pied arrêtés : celui de Villa, à la fois trop mou et trop centré, n’inquiète pas Akinfeev (30’).

Plus dangereux, le tir enroulé de Pavlyuchenko, direction la lucarne, détourné de justesse par Casillas (33’). Deux minutes plus tard, coup dur pour les Espagnols avec le remplacement du meilleur buteur de l’Euro, Villa, visiblement groggy, par Fabregas, l’homme du tir au but décisif face à l’Italie. 

On ne le sait pas encore, mais le milieu de terrain d'Arsenal, souvent cantonné au rôle de joker par Luis Aragones, va être l'artisan n°1 de la victoire de son équipe. 

Dès ses premières touches de balle, il dynamise le jeu de son équipe et alerte Torres sur la droite. Contrôle parfait de celui-ci et tir dans la foulée, capté sans trop de souci par Akinfeev (40’).

Tout reste à faire à la pause (0-0) malgré une nette domination d’ensemble des Espagnols. A l’image d’Archavine, la Russie est apparue émoussée et semble avoir perdu tout ou partie de sa formidable capacité d’accélération.  

Espagne déchaînée, Russie résignée

La preuve : à peine de temps de s’installer dans la seconde période qu’Iniesta déborde sur la gauche et alerte impeccablement Xavi Hernandez, qui coupe du droit la trajectoire au premier poteau et trompe Akinfeev (1-0, 50’).

Menés au score, les Russes sont obligés de se découvrir. Les Espagnols en profitent et alternent à la perfection contre-attaques et conservation du ballon, mettant leurs rivaux au régime sec. Guus Hiddink lance deux nouveaux atouts offensifs, Sytchev, l’ancien Marseillais, et Bilyaletdinov, en lieu et place de Semchov et Saenko.

Mais rien n’y fait : Fabregas puis Xavi Alonso obligent Akinfeev à deux parades aux poings plutôt délicates (66’ et 67’). Sans tonus, déjà presque résignés, les Russes encaissent sans surprise un deuxième but à la 73e minute. Le ballon navigue à l’entrée de la surface, Fabregas adresse une merveille de passe décisive à Güiza, à la limite du hors-jeu. L’avant-centre du Real Majorque, meilleur buteur de la Liga 2008, devance le portier de l'Est et conclut de l’extérieur du droit. Imparable (2-0).

Déchainés, les Espagnols valident définitivement leur billet pour la finale à huit minutes de la fin du temps réglementaire. Fabregas, décidément l’homme du match, s’échappe sur la gauche et centre pour Silva, qui contrôle et trompe un Akinfeev abandonné par sa défense (3-0).

Les Russes terminent sur les rotules. Presqu’incroyable, vu leur extraordinaire fraîcheur physique en quarts de finale. Archavine et son orchestre n’avaient plus assez de musique pour faire danser leur si esthétique football.  

Vingt-quatre ans après la finale de l’Euro 84 perdue à Paris face à la France (souvenez-vous, la boulette d’Arconada sur le coup-franc de Platini…), l’Espagne se prend à rêver d’un deuxième titre continental après 1964. Son éclatante démonstration depuis le début du tournoi le laisse en tout cas augurer.