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Euro - Finale

Cette Espagne est royale !

par Jean-François Pérès

Article publié le 29/06/2008 Dernière mise à jour le 01/07/2008 à 08:27 TU

Les Espagnols accèdent 44 ans après au grand titre du championnat d'Europe.(Photo : Reuters)

Les Espagnols accèdent 44 ans après au grand titre du championnat d'Europe.
(Photo : Reuters)

Il l'attendaient depuis 44 ans! Les Espagnols sont de nouveau champions d’Europe grâce à une victoire incontestable sur une décevante Allemagne (1-0). Technique, subtile, offensive, bien organisée : la meilleure équipe du tournoi l’a emporté. En Espagne, dimanche soir, c'était l'euphorie : les Espagnols ont envahi les rues des villes aux cris de « viva España ! » et dans la pétarade des feux d'artifice.
C’était une affaire entendue, avant le coup d’envoi du moins : pour tout ce qu’elle a montré pendant ces trois semaines, l’Espagne méritait d’ajouter un deuxième titre continental à son palmarès après celui, quasi antédiluvien, de 1964.

Mais l’Espagnol est superstitieux. Et malgré toutes les certitudes liées à son jeu de passes flamboyant, à son gardien en état de grâce, à sa défense enfin hermétique, à son milieu aussi technique qu’accrocheur et à ses attaquants perforateurs, il avait face à lui un chiffre maudit, le 13.

Depuis 1954, l’Allemagne a disputé treize finales de Coupes du monde ou de Championnat d’Europe. Une finale sur deux ! Cette statistique vertigineuse illustrait à elle seule la force de la « Nationalmannschaft ». Et cette habitude des grands rendez-vous devait peser lourd à l’entame d’une affiche inédite à ce stade de la compétition. D’autant que la dernière victoire espagnole en match officiel face aux Allemands remontait à 1984...

Tout cela a été balayé au terme d'une finale dominée de la tête et des épaules par les Latins malgré l'écart minimal.

Ballack finalement présent

Histoire et réalisme d’un côté, talent et obsession de rattraper le temps perdu de l’autre : Allemagne-Espagne s’annonce comme l’apothéose d’un Euro franchement enthousiasmant sur le plan du jeu.

Soulagement pour Joachim Löw, le sélectionneur allemand : Michael Ballack, le capitaine et patron de l’équipe, qui ne s’était pas entraîné ces deux derniers jours à cause de douleurs au mollet, est finalement bon pour le service.

Un souci pour Luis Aragones, l’entraîneur de la « Roja » : le forfait du meilleur buteur du tournoi, David Villa, blessé. C’est Cesc Fabregas, remplaçant magnifique, qui lui succède, laissant Fernando Torres seul en pointe.

53 000 spectateurs garnissent les travées d’un stade Ernst-Happel majoritairement favorable à la « Mannschaft », proximité géographique oblige. Le Roi et la Reine d’Espagne sont là, tout comme le Premier ministre espagnol José Luis Zapatero et la chancelière allemande Angela Merkel.

Un festival d’approximations

Une fois évacuée la cérémonie de clôture, M. Rosetti, l’arbitre italien, libère les 22 acteurs sous un beau soleil couchant. « Libère » est d’ailleurs un bien grand mot. Les deux équipes semblent extrêmement crispées. Lahm, puis Sergio Ramos, ratent deux passes en retrait qui auraient pu coûter cher.  

Ce sont les Allemands qui sortent les premiers de ce festival d’approximations. A la 9e minute, Hitzlsperger cadre la première frappe, sans danger néanmoins pour Casillas.

Grosse frayeur dans la foulée pour les triples champions du monde : Xavi décale Iniesta sur la gauche, dont le centre est repris par… Metzelder, qui manque de tromper son propre gardien. Mais Lehmann, qui à plus de 38 ans possède désormais le titre de joueur le plus âgé d’une finale d’Euro, dégage en corner au prix d’un beau réflexe (14’).

Torres monte en puissance… et marque

L'atttaquant espagnol Fernando Torres a marqué le seul but de la rencontre.(Photo : Reuters)

L'atttaquant espagnol Fernando Torres a marqué le seul but de la rencontre.
(Photo : Reuters)

Jusque là dominés dans l’attaque du ballon, les Espagnols s’enhardissent et investissent plus volontiers le camp adverse. Fernando Torres monte en puissance, et le prouve à la 23e minute en concluant de la tête une superbe combinaison Sergio Ramos-Fabregas sur la gauche ; le poteau droit du but allemand repousse sa tentative alors que Lehmann était battu.

A l’orée du dernier quart d’heure, Fabregas tente sa chance de 20 mètres. Le portier allemand s’interpose. Il ne pourra rien à la 33e minute : lancé en profondeur, Torres se fraie un chemin entre Metzelder et Lahm, mal placés, et devance la sortie de Lehmann pour ouvrir le score (1-0). Le Roi et la Reine sont debouts !

Un malheur ne venant jamais seul, Ballack s’ouvre l’arcade sourcilière suite à un choc avec Senna. Il est soigné de longues minutes sur la touche avant de revenir, l’œil droit cerné d’un gros hématome violacé.

Visiblement nerveux, multipliant les fautes grossières, le meneur de jeu de Chelsea reçoit en compagnie de Casillas (qui n’a eu le tort que de se plaindre) le premier carton jaune d’une finale par ailleurs plutôt facile à arbitrer.

A la pause, ce sont les Espagnols, plus toniques, plus percutants, moins stéréotypés, qui sont provisoirement champions d’Europe.

Les vagues allemandes déferlent enfin

Question pour les Allemands : comment parvenir à prendre en défaut la défense ibérique quand on ne s’est pas créé la moindre occasion de but en 45 minutes ?

Question bis : comment éviter de prendre un deuxième but alors que les Espagnols multiplient les situations chaudes devant le but de Lehmann, à l’instar de cette déviation ratée de Torres (53’) ou de cette sortie limite du gardien de la Mannschaft devant l’attaquant de Liverpool (55’) ?

Dépassée en vitesse, dominée dans la construction, l’Allemagne semble cruellement en panne d’arguments. Alors Joachim Löw réagit : peu avant l’heure de jeu, Hitzlsperger, milieu récupérateur, laisse la place à Kuranyi, attaquant.

Avec leurs deux pointes, les Allemands respirent immédiatement mieux. Ballack reprend de peu à côté, Klose manque d’un rien une interception décisive, Schweinsteiger voit sa frappe déviée en corner… Les vagues blanches déferlent enfin sur le littoral défensif espagnol.

Du sang neuf pour les Espagnols

Le gardien de but espagnol Iker Casillas, irréprochable tout au long du tournoi, dégage un tir de la tête de Kuranyi.(Photo : Reuters)

Le gardien de but espagnol Iker Casillas, irréprochable tout au long du tournoi, dégage un tir de la tête de Kuranyi.
(Photo : Reuters)

Signe de cette évolution soudaine, Luis Aragones sort son stratège créateur Fabregas au profit de Xavi Alonso. Puis Cazorla remplace Silva (63’ et 65’). L’intention est claire, apporter du sang neuf au milieu pour gérer au mieux une dernière demi-heure qui s’annonce délicate.

Mais le talon d’Achille de l’Allemagne, c’est la défense. Sergio Ramos bute sur Lehmann suite à un coup-franc où l’arrière-garde germanique est montée au plus mauvais moment (66’), Iniesta ridiculise ses vis-à-vis avant d’échouer sur le portier vétéran mais pas croulant (68’)…

Très en confiance, peut-être trop, les Espagnols multiplient les gestes et les actions de classe mais ne parviennent pas à prendre définitivement le large. De part et d’autre, on fait entrer les jokers offensifs : Mario Gomez (de père espagnol) pour les Allemands, et Guiza, le meilleur buteur du dernier championnat d’Espagne, pour la « Roja ». Il reste alors dix minutes à jouer.

44 ans après…

L’Espagne monopolise le ballon, Senna rate une balle de match (82’). Plus que cinq minutes… Le virage « sang et or », adossé au but allemand, chante de plus en plus fort. Le titre tant attendu depuis 44 ans se rapproche.

Même s’ils sont connus pour leur esprit de combattants ultimes, les Allemands assistent, impuissants, à leur propre défaite. Ils n’avaient rien, ou trop peu, à opposer à cette brillante sélection espagnole qui, comme nous le disions plus haut, mérite cent fois d’être sacrée championne d’Europe.

Au coup de sifflet final, c’est la délivrance. Aux quatre coins du terrain, les joueurs espagnols se transforment en pois sauteurs, fous de joie. Un bonheur qui tranche avec la résignation allemande. Luis Aragones, bientôt 70 ans, est porté en triomphe. Les 20 000 supporters présents dans le stade n’en finissent plus de chanter l’air de Seventh nation army, le tube des White Stripes.

En larmes, Iker Casillas, irréprochable tout au long du tournoi, soulève le trophée Henri-Delaunay. Epilogue idoine d’un Euro remarquable qui restera comme celui du retour aux valeurs offensives. Le président de l’UEFA, Michel Platini, qui a remis la coupe au capitaine espagnol, peut être satisfait. Là-bas, au pays, la fête ne fait que commencer…

La victoire de l'Espagne, de notre correspondante à Barcelone

« La fiesta est lancée, elle va durer toute la nuit à Barcelone, à Alicante ou Madrid. »

30/06/2008 par Martine Pouchard