par Annie Gasnier
Article publié le 03/10/2008 Dernière mise à jour le 07/10/2008 à 10:37 TU

Le stade du Pacaembu de Sao Paulo, splendeur Art déco qui abrite le Musée du football.
(Photo : Divulgation)
« Rien à voir avec une collection de trophées », précise d’emblée José Serra, le gouverneur de l´Etat de Sao Paulo, le soir de l´inauguration. Ce musée est donc une longue promenade à travers le Brésil au XXe siècle, promenade historique, documentée avec des enregistrements radios-télés de l´époque, et interactive.
« L´histoire du football se confond avec celle du XXº siècle, estime Leonel Kaz, le directeur du nouveau musée. Nous n´avons pas inventé le football, mais la singularité du football brésilien est le fruit de nos origines, et notamment du métissage de la population. »
C´est un Anglo-brésilien qui a « importé » le football au Brésil : après des études en Grande Bretagne, Charles Miller revient à Sao Paulo avec 2 ballons, 22 maillots et des règles du jeu, organisant la première partie de football, le 15 avril 1895, entre les employés de compagnies anglaises.
Pelé souhaite la bienvenue
Le Musée est donc installé à Sao Paulo, dans un véritable écrin : la galerie inutilisée du stade du Pacaembu, édifié dans les années 30, parallèlement à celui des JO de Berlin... Dans ce monument Art déco classé, sous les tribunes de béton mises à nues, 7 000 m² d´exposition. « Il fallait valoriser cette œuvre historique d´avant-garde, explique l´architecte Mauro Munoz. Nous avons donc fait un habillage léger, de bois, de vitres et d´acier, pour profiter autant de la vue extérieure que de l´envers des tribunes. »
A l´entrée, un géant virtuel vous attend : sur un écran, Pelé, le Roi du football, souhaite la bienvenue. Et la promenade historique commence par la Salle des origines, très baroque, où des photos en noir et blanc et des films muets témoignent de la popularisation d´un sport aristocratique, vampirisé par les descendants d´esclaves qui l´ont utilisé pour s´élever socialement.
Logiquement, ils dominent la Salle des Anges baroques, 25 héros de toute une nation, de Leonidas da Silva, « le diamant noir » des années 30, Didi, Pelé, Garrincha, à Romario et Ronaldo. « Le Brésil a réinventé le football, pour en faire un art qui a conquis le monde, assure Walter Feldman, secrétaire aux sports à la Mairie de Sao Paulo. Mais cette originalité s´est perdue dans la globalisation, et les enjeux économiques », regrette-il, tout en souhaitant que le Musée contribue à rappeler cet âge d´or.
Le jour où « le cœur du Brésil s’est arrêté »
Avant d´entrer dans la Salle des coupes, où une multitude d´écrans retrace en images et sons l´évolution du monde, et l´épopée de toutes les compétitions depuis 1930, un tunnel noir... Ici, on est initié à un rite violent, celui de la défaite et d´un traumatisme : celui de 1950, quand les Brésiliens avaient perdu la finale de la Coupe du monde au stade du Maracana de Rio de Janeiro.
Une minute et quarante secondes d´images en noir et blanc se succèdent, rythmées par des pulsations cardiaques, et ce commentaire grave : « Cette coupe était à nous... le plus grand stade du monde avait été construit pour cette victoire.... un match nul suffisait... 2 à 1 pour l´Uruguay... le cœur du Brésil s´est arrêté ».
Depuis, les magiciens au maillot jaune et vert ont remporté cinq coupes du monde (1958-62-70-94-2002). Le seul pays à pouvoir s’enorgueillir d’un tel palmarès. Au Brésil, le football est chez lui. Il y possède désormais une résidence à vie.
Annie Gasnier, envoyée spéciale de RFI à Sao Paulo