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NBA : la folie Lin

En même pas deux semaines, un nouveau phénomène a éclos dans le championnat de basket-ball américain. Il s'appelle Jeremy Lin. Âgé de 23 ans, il est le premier Américain d'origine taïwanaise à évoluer en NBA et personne ne le connaissait avant qu'il ne commence à enchaîner les titularisations et les points avec les New York Knicks. Jusqu'à recevoir le surnom de « Yellow Mamba », référence au « Black Mamba » Kobe Bryant.
C’était il y a deux semaines, et Mike D’Antoni était dans une situation plus qu’inconfortable. Alors que son équipe, les New York Knicks, vit déjà un très mauvais début de saison (15 défaites), l’entraîneur perd en plus ses deux meilleurs joueurs coup sur coup : Carmelo Anthony sur blessure, Amare Stoudemire pour un deuil familial. Sur la sellette, D’Antoni tente donc un coup de bluff. Il rappelle en urgence le meneur Jeremy Lin, tout juste prêté aux Erie Bayhawks, en ligue mineure, où il a réussi un triple double (28 points, 11 rebonds et 12 passes) dès son premier match. Le coach le met sur le parquet et organise toute l’équipe autour de ce joueur quasiment inconnu. Aujourd’hui, les Knicks ont enchaîné cinq victoires et Lin a inscrit 109 points pour les quatre premières titularisations de sa carrière en NBA, un record déclenchant une véritable hystérie collective.
Débutée à Palo Alto (Californie) en 1988, l’histoire de Jeremy Lin est plutôt hollywoodienne. Adolescent, cet Américain d’origine taïwanaise est en effet loin d’être un Michael Jordan en puissance. Bon basketteur au lycée, Lin n’obtient pourtant pas de bourse sportive mais parvient à entrer à Harvard, université la plus prestigieuse du pays mais dotée d’une équipe de basket universitaire médiocre, d’où il sort quatre longues années plus tard avec un diplôme d’économie. Ce cursus intellectuel brillant n’impressionne pas les recruteurs de la NBA, qui ne le sélectionnent pas pour la draft. Batailleur au cours de la ligue d’été, sa dernière chance, il finit par décrocher un contrat avec les Golden State Warriors. Retour à la maison, en Californie, avec enfin un pied dans la cour des grands.
« Lin qui ? »
C’est un petit pied, en revanche, car Lin ne joue pratiquement pas, et finit par être renvoyé en décembre dernier, avant d’atterrir chez les Houston Rockets, qui n’attendent même pas le début retardé de la saison, suite à la grève des joueurs, pour mettre fin à son contrat. Au départ, New York ne semble pas davantage croire en lui, puisqu’il est envoyé en pige dans un club de seconde zone afin de prendre du temps de jeu. Il n’est pas prévu de le faire jouer une seule minute sauf cas d’extrême nécessité. C’est donc dos au mur que son entraineur l’appelle à la rescousse, et autant dire qu’il ne le regrettera pas. Bien sur, il est trop tôt pour affirmer que Lin tiendra le choc sur la durée. Bien sur, le fait d’évoluer dans une ville comme New York pousse aussi le public et les médias à s’enflammer. Mais, placé dans une situation où il devait assumer de fortes responsabilités, Jeremy Lin a fait preuve d’une maturité qui a surpris tous les observateurs.
La veille du dernier match, contre les Los Angeles Lakers, l’immense Kobe Bryant (alias « Black Mamba ») avait joué la provocation en demandant « Lin qui ? ». Et puis le meneur a inscrit 38 points, fait 7 passes décisives, a entendu la foule réclamer pour lui le titre de MVP (meilleur joueur), et il est depuis cette rencontre parfaite surnomme « Yellow Mamba ». Beau camouflet pour Bryant. Un parmi d’autres. A 24 heures d’écart, le prix des places les moins chères pour voir jouer Toronto contre les Lakers est de 12,5 dollars et pour la rencontre des Canadiens contre New York, il est de 44 dollars. Lorsqu’on se rend sur le site internet des Knicks, la photo de Lin apparait en grand assortie de la phrase « Quelle est la dernière Lin-sanity (jeu de mots avec Lin et folie, ndlr) ? Il y a une application pour ça. » Celui qui est devenu en un rien de temps la coqueluche des journaux américains et taïwanais n’a qu’un contrat à 800 000 dollars pour un an (la moyenne en NBA est de 5 millions de dollars). Il y a quelques jours encore, son point de chute à New York était… le canapé de son frère.

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