Amaël Moinard, lieutenant français de Cadel Evans

Agé de 30 ans, Amaël Moinard est le seul coureur français de l'équipe BMC. En 2011, ce grimpeur a participé en tant qu’équipier à la victoire de son leader Cadel Evans. Pour cette édition 2012, le voilà de nouveau chargé de protéger le coureur australien et de faire tout son possible pour un doublé historique. Une expérience enrichissante et passionnante pour Amaël Moinard.
RFI : Comment s’est passé votre préparation pour votre 5e Tour de France et votre deuxième aux côtés de Cadel Evans ?
Amaël Moinard : Plutôt bien. J’ai eu un bon mois de mai pour récupérer et bien me préparer avant le Tour de France. Je suis allé sur le Tour de Belgique et puis sur le Critérium du Dauphiné. Je pense vraiment aborder ce Tour avec beaucoup de fraîcheur et d’envie.
RFI : Est-ce que vous pensez que la pression sera plus difficile sur l’équipe pour obtenir un deuxième succès sur le Tour ? Cadel Evans n’est plus un outsider ?
Amaël Moinard : Oui, complètement. La course doit aussi reposer sur nos épaules, ainsi que sur l’équipe Sky, je suppose. Mais on a l’expérience de l’année passée, où on a réussi à gérer sur les trois semaines. Cette année, on est quand même pas mal de coureurs à avoir été présents autour de Cadel Evans l’an dernier. Je pense qu’avec notre expérience la pression devrait être moins forte.
RFI : Quel sera votre rôle aux côtés de Cadel Evans ?
Amaël Moinard : Tous les jours, nous devrons être à ses côtés pour le protéger. Je pense que mon rôle sera plus important à partir de la fin de la première semaine, dans les Vosges, et puis après dans les Alpes, et les Pyrénées. Mais dès le deuxième jour du Tour (dimanche 1er juillet), il y aura une étape compliquée dans les Ardennes belges. II faudra faire attention.
RFI : Quels seront, selon vous, les étapes décisives de cette 99e Grande Boucle ? Amaël Moinard : Eh bien, étant donné le nombre de contre-la-montre, c’est sûr que les chronos seront décisifs. Mais par rapport à des adversaires comme Bradley Wiggins, par exemple, il faudra saisir chaque occasion, pour reprendre du terrain. Donc toutes les étapes seront importantes pour gagner du temps. Les Pyrénées, en dernière semaine, devraient être très compliqués et très décisives.
RFI : On a vu sur le Dauphiné un Bradley Wiggins impérial ? Est-ce qu'il n'était trop tôt au top de sa forme ?
Amaël Moinard : Non, Bradley Wiggins se connaît parfaitement bien. Il a très bien préparé son affaire. Il avait une équipe très forte autour de lui. Je pense qu’on va avoir un beau duel. Il est en forme depuis le début de saison. Il a gagné Paris-Nice, le Tour de Romandie et le Critérium du Dauphiné. A son âge (32 ans, ndlr), il est capable d’être présent sur une saison complète. Donc non, il n’était pas en forme trop tôt. Et je pense que ce sera l’homme à battre sur ce Tour.
RFI : Cadel Evans a été le premier Australien à gagner la Grande Boucle et Bradley Wiggins pourrait-être le premier Britannique. On se rend compte que l’internationalisation du cyclisme est cette fois réellement présente. Quel est votre sentiment ?
Amaël Moinard : Oui… Après on va tout faire pour éviter que Bradley Wiggins soit le premier Anglais à gagner le Tour de France (rires). C’est sûr que l'internationalisation du cyclisme, avec l’instauration du Pro Tour, a changé la donne. Les pays anglo-saxons ont refait leur retard, et maintenant ils sont même en avance. C’est donc le signe que le cyclisme se mondialise et gagne en importance à travers le monde.
RFI : Vous qui avez connu une équipe française avant de rejoindre le groupe BMC, quelle est la particularité pour un coureur français de courir avec une équipe étrangère ?
Amaël Moinard : La particularité de courir à l’étranger, par exemple dans une équipe comme BMC, c’est qu’on arrive sur chaque course dans le but de la gagner ou d’y faire un podium. Pour moi maintenant, c’est une situation un petit peu différente. C’est sûr qu’en tant que Français, chez Cofidis, j’avais quand même ma chance sur des étapes ou sur un classement général. Mais là, je mets toutes mes forces au service de Cadel Evans, dans le but de remporter le Tour de France, et je mets toute ambition personnelle de côté. C’est peut-être ça, la différence. C’est aussi une équipe très cosmopolite, j’apprends beaucoup d’autres choses et c’est très enrichissant comme expérience.
RFI : Est-ce que le rôle d’équipier est valorisé à sa juste valeur ?
Amaël Moinard : Oui, complètement. Dans une équipe comme BMC, j’en suis persuadé. Je pense que c’est aussi important pour eux de nous reconnaître. Cela permet aux équipiers d’être complètement dévoués. Et on a pu le constater l’an passé.
RFI : N’auriez-vous pas envie parfois de jouer votre propre carte ?
Amaël Moinard : J’en ai eu l’occasion avant ! Moi, je n’ai aucune amertume à ce sujet. De toute façon, dans le vélo, ça bouge tout le temps. Rien n’est acquis. Je peux me retrouver dans une échappée dans le but d’épauler Cadel Evans et celle-ci peut aller au bout, ce qui me permettrait de jouer une victoire d'étape. Mais pour l’instant, mon rôle est clairement d’être autour de lui et je trouve que c’est très glorifiant et c’est un super challenge d’être dans le départ du Tour dans le but de le gagner.

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