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Article publié le : samedi 14 juillet 2012 à 11:43 - Dernière modification le : samedi 14 juillet 2012 à 11:58

Jens Voigt, doyen du Tour : la passion n'a pas d'âge

Jens Voigt lors de 8e étape entre Belfort et Porrentruy, le 8 juillet 2012.
Jens Voigt lors de 8e étape entre Belfort et Porrentruy, le 8 juillet 2012.
AFP PHOTO / LIONEL BONAVENTURE

Par Farid Achache

Jens Voigt, 40 ans, participe à sa 15e Grande Boucle. Le doyen du Tour 2012 y a obtenu deux victoires d'étapes individuelles, en 2001 et 2006, et une victoire en contre-la-montre par équipes en 2001. L'Allemand a porté le maillot jaune pendant une journée en 2001. Jens Voigt a été deux fois un équipier d'un vainqueur du Tour. En 2008 avec Carlos Sastre et 2010 avec Andy Schleck.

De notre envoyé spécial sur le Tour de France,

RFI : Vous courez votre 15e Tour de France. C’est une incroyable longévité. Vous avez été dans le final qui arrivait à Bellegarde où vous n’étiez pas loin d’obtenir une nouvelle victoire d’étape dans le Grande Boucle, mercredi 11 juillet. Comment faites-vous ?
Jens Voigt : J’ai été formé à l'école de l’Allemagne de l’est. J’ai appris la discipline, le travail et l’amour de mon métier. J’ai beaucoup donné pour ce sport et c’est pour cela que je suis encore présent. Chaque année, je me remets en cause et je m’entraîne dur. Mais, j’ai aussi quelque chose en moi qui s’appelle la passion.

RFI : Quel est le Tour qui vous a le plus marqué ?
Jens Voigt :
(Il réfléchit) 2001. Lorsque j’ai gagné la première étape et que j’ai endossé le Maillot jaune que j’ai porté une journée. Mais, aussi le Tour 2008 que Carlos Sastre a remporté. Nous avions donc gagné le classement général avec lui, mais aussi le classement par équipe. Cela reste un souvenir merveilleux. Nous étions les neuf coureurs sur le podium avec l’Arc de Triomphe derrière nous. C’est très rare d’arriver avec l’équipe au complet à Paris. Je n’oublierais jamais cette image.

RFI : Et votre plus mauvais souvenir ?
Jens Voigt :
Evidemment, ma chute dans le Tour 2009 (dans la descente du col du Petit-Saint-Bernard, ndlr). C’est indéniable (soupir).

RFI : Que représente le Tour pour vous ?
Jens Voigt :
C’est trois semaines de folie, c’est très fatigant avec les Alpes et les Pyrénées et il faut retourner chaque jour au combat. C'est une course très exigeante.

Jens Voigt lors du prologue à Liège, le 30 juin 2012.
REUTERS/Stephane Mahe

RFI : Comment le public allemand vous voit par rapport à Jan Ullrich qui était une star (vainqueur du Tour en 1997, ndlr) ?
Jens Voigt : Différemment. Yan était là pour gagner le Tour. Moi, je suis là pour faire le spectacle. J’ai souvent été dans de longues échappées qui ont été rattrapées dans le final. Mais, c’est ce que le public allemand apprécie chez moi. Devant sa télévision, le téléspectateur attend de me voir animer la course. Yan était là pour la montagne et les chronos dans le but de gagner le Tour.

RFI : Doyen du Tour, comment êtes-vous perçu par les jeunes coureurs ?
Jens Voigt :
Très bien. Mais, je réalise qu’ils sont plus proches de l’âge de mon fils (17 ans). La plupart des jeunes coureurs ont 18 ans de différence avec moi. A mon avis, il préfèreraient jouer à la "PlayStation" avec mon gamin plûtot que de passer du temps avec moi. Mais, finalement ça va. Grâce à eux, je suis resté très jeune dans ma tête et je travaille facilement à leurs côtés. On parle vélo et entraînement. Mais moi, je suis marié, j’ai six enfants, alors forcément il y a un certain décalage.

Rfi : Allez vous passer le flambeau ?
Jens Voigt :
Je ne sais pas. Mon fils Julien qui a 12 ans aime le vélo. L’aîné qui trouve que je suis encore performant me dit toujours : « papa, il faut continuer ».

Ils ont côtoyé Jens Voigt :

Roger Legeay ancien directeur sportif de l'équipe Gan et Crédit Agricole de 1993 à 2008. Il a découvert Jens Voigt.
« C’était un bonheur de travailler avec lui. Je l’ai embauché et à l‘époque, il était méconnue en Europe de l’ouest (1998). Il gagnait tout chez les amateurs. On cherchait des points UCI pour rester dans le niveau et je suis allé le chercher. Il est arrivé avec des cheveux longs et un air bizarre. Mais dès le début tout a fonctionné. Il avait un moral incroyable et un physique exceptionnel. Je ne suis pas étonné de la voir encore sur le vélo à 40 ans. C’est un travailleur, un baroudeur et un grand coéquipier pour un leader. Il est surtout facile à diriger. Sa passion pour le vélo n'a pas de limite ».

James Startt, photographe, 23 Tours de France.
« C’est le coureur qui m’a le plus impressionné depuis que je travaille sur le Tour. C’est quelqu’un de très courageux. Dans son style et dans sa façon d’aborder le cyclisme, il a quelque chose de très particulier. Il va à la rencontre du public et respecte son travail. Il incarne les valeurs du cyclisme ».

Stuart O’Grady est membre de l'équipe Orica-GreenEDGE. Il a longtemps couru avec Jens Voigt dans l’équipe Gan et Crédit Agricole. Vainqueur de deux étapes du Tour, le sprinteur australien a porté le Maillot jaune neuf jours durant sa carrière.
« C’est le plus gros moteur que j’ai côtoyé dans toute ma carrière. J’étais très content de l’avoir comme coéquipier. S’il n’est pas dans ton équipe, il fait mal aux jambes. Mais s'il est avec toi, c’est une source de motivation incroyable. A l’époque, il faisait les échappées et ensuite il roulait avant le dernier kilomètre pour le sprint. Il y avait beaucoup de respect entre nous. Même à 40 ans il est toujours compétitif. Quand tout le monde à mal aux jambes, lui, travaille avec sa tête. Il a un mental incroyable ».

Jean-François Bernard, ancien coureur et consultant pour Radio France, trois victoires d’étape sur le Tour de France.
« C’est un mec extraordinaire. Avec une famille, six enfants, franchement il pourrait s’arrêter. Mais il fait le métier comme au premier jour, on peut compter sur lui, c’est un dur au mal, un vrai coureur en somme. L’avoir dans son équipe, c’est un luxe. Il est toujours présent. Il faut juste lever la main et il se donne à fond. A son âge, on ne peut pas se permettre de faire un écart. Il exploite son talent à 200 % et a surtout le vélo dans la peau ».

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