Alain Weisz : «Céline Dumerc est touchée par la grâce»
L’équipe de France féminine de basket rencontre ce samedi soir à Londres (20h TU) les Etats-Unis en finale des Jeux olympiques. Un événement historique pour le basket féminin français. Alain Weisz a été le sélectionneur de l'équipe de France masculine après en avoir été l'entraîneur adjoint lors des JO de Sydney, où elle avait été en finale face aux USA. Il revient sur le parcours des Bleues et analyse leurs chances contre les Américaines.
Les Bleues retrouvent les Etats-Unis en finale des JO ce soir. Quel bilan dressez-vous de leur compétition ?
La compétition n’est pas finie. On ne connaît pas le bilan avant une finale. Soit elles sont championnes, soit elles sont finalistes. Mais dans les deux cas, c’est un bilan exceptionnel, historique pour la France. Jusqu’à aujourd’hui, elles n’ont pas perdu un seul match. Elles ont été brillantes, avec une leader qui s’est imposée dans ces Jeux olympiques : Céline Dumerc. C’est un groupe qui est arrivé à maturité et qui a touché ce que nous avions touché à Sydney, en deuxième semaine, il y a douze ans : un état de grâce. Tout ce qu’elles ont fait jusqu’à présent est marqué du sceau de l’excellence.
Qu’est-ce qui fait la force de cette équipe de France féminine ?
C’est une équipe qui est arrivée à maturité. C’est un effectif dont l’âge moyen est situé entre 25 et 30 ans. C’est un âge où on est physiquement en parfaite condition et où on a déjà participé à quelques compétitions qui donnent de l’expérience. Je pense qu’elles sont au sommet de leur carrière. C’est aussi le talent. Mais surtout, leur force essentielle, c’est qu’elles constituent véritablement une équipe, avec des joueuses fortes qui mènent les autres – je pense à Céline Dumerc, à Isabelle Yacoubou, à Emilie Gomis, à Edwige Lawson, qui ont été très fortes dans ces Jeux – et d’autres qui savent exactement ce qu’elles ont à faire lorsqu’elles entrent sur le terrain.
Quel est le match qui vous a le plus marqué jusqu’à présent ?
Celui contre la Grande-Bretagne. Ce fut le match le plus difficile à jouer. Les Bleues avaient à faire à une équipe censée être plus faible. Mais elles ont été chahutées. Elles ont réussi à empoché un match dans lequel elles n’étaient pas dominatrices. Je me suis dit que là, il ne pouvait rien leur arriver.
Une joueuse, particulièrement, a provoqué un énorme élan d’enthousiasme, Céline Dumerc. Elle a des statistiques impressionnantes : 15 pts de moyenne, 60% à deux points, 58% à trois. Elle vous étonne ?
Bien sûr. Même si l’on sait que c’est une énorme joueuse. Mais là, elle est touchée par la grâce. Ce qui lui arrive ressemble exactement à ce qui est arrivé à Laurent Sciarra à Sydney en 2000. Tout lui réussit. Absolument tout. Le jeu, les actions d’éclat, les actions de chance... C’est véritablement phénoménal. Au sens propre. C’est vraiment un phénomène de surpassement à observer, mais aussi à étudier. Parce que Céline Dumerc n’est pas une grande shooteuse normalement, alors que là elle s’est transformée en tireuse d’élite [à Bourges, où elle évolue, Céline Dumerc a tourné cette année à 6,4 pts/match, ndlr]. Que se passe-t-il dans sa tête pour qu’elle arrive ainsi à se surpasser par rapport à son niveau actuel, on ne sait pas. Mais en tout cas, elle est au sommet de son art.
Je pense qu’il y a des gens à un moment donné qui font abstraction de tous les éléments négatifs qui peuvent empêcher une performance. Ils n’ont plus peur de rien, ils n’ont plus peur des conséquences. Ils ne voient plus que le positif et ça donne des résultats extraordinaires.
Les Bleues ont-elles un coup à jouer face aux Américaines, invaincues aux JO depuis 1992 ? Sur quoi devront-elles s’appuyer ?
On a souvent tendance à aborder les matchs contre les Américains en se disant qu’ils sont tellement forts individuellement qu’ils n’attachent pas d’importance au collectif, et que c’est là-dessus qu’on va les avoir. Mais ce n’est pas le cas. Sue Bird et Diana Taurasi sont des filles qui font bien jouer l’équipe. Ensuite les Américaines sont athlétiques, comme les Françaises. Les Françaises ne pourront donc pas dominer comme elles l’ont fait contre toutes les autres équipes. Et cette domination athlétique crée vraiment une très bonne défense.
Mais le facteur X de l’équipe de France, pour moi, ce soir, c’est Sandrine Gruda. Elle a fait des Jeux olympiques de bon niveau, mais elle peut faire plus. Cette fille peut changer le cours d’un match. Je pense que c’est la seule joueuse qui peut encore faire progresser cette équipe et la mener vers le titre. Les autres ont déjà joué leur maximum. Gomis ne pourra pas faire mieux, Dumerc et Lawson non plus.
Aussi, les Américaines sont obligées de l'emporter pour ne pas être ridicules. La pression va donc davantage être sur les épaules américaines que françaises. Céline Dumerc a dit que la France a 15% de chance de gagner ce soir. Je pense que c'est la réalité.

Delicious
Digg
Facebook
Twitter
Yahoo!
Technorati













Réagissez à cet article
(0) Réaction