JO 2012 / Economie - 
Article publié le : lundi 13 août 2012 à 11:35 - Dernière modification le : lundi 13 août 2012 à 14:26

JO 2012: les puissances économiques se partagent encore l’or olympique

L'Américain Michael Phelps, le nageur le plus titré de l'histoire avec 22 médailles olympiques.
L'Américain Michael Phelps, le nageur le plus titré de l'histoire avec 22 médailles olympiques.
REUTERS/Tim Wimborne

Par Farid Achache

Avec 104 médailles dont 46 en or, les États-Unis ont largement dominé les Jeux olympiques de Londres. Comme tous les quatre ans, la fête olympique réussit aux nations les plus riches. La Chine et la Grande-Bretagne montent sur le podium. Mais des nations qui ont consacré leurs moyens à une seule discipline tirent tout de même leur épingle du jeu, comme la Jamaïque avec le sprint.

Pour rendre le sport plus populaire, le baron Pierre de Coubertin, rénovateur des JO, pensait qu'il fallait l'internationaliser. Mais même au XXIe siècle, les grandes nations de sport sont aussi les plus riches. Les 30es Jeux olympiques de l’ère moderne ont vu les Etats-Unis régner en maître. Les Américains se classent en effet devant la Chine, qui termine avec 38 médailles d'or (premiers à Pékin en 2008) et la Grande-Bretagne (29 médailles d'or). Un total de 256 médailles pour les trois pays.

« Les pays qui trustent les médailles, sont les plus importants de la planète »

Le Britannique Mo Farah est devenu le sixième homme à réaliser le prestigieux doublé 5000 et 10 000 mètres à Londres.
REUTERS/Phil Noble

Selon Vincent Chaudel, économiste du sport au cabinet Kurt Salmon, certains facteurs économico-politiques influent sur le nombre de titres raflés par les athlètes. Les statistiques prennent en compte : le nombre d’habitants, le niveau de revenu moyen et le statut de pays organisateur. Des facteurs qui expliquent la réussite des nations les plus riches. « Les pays qui trustent les médailles, sont les pays les plus importants de la planète », explique Vincent Chaudel à RFI. « En terme d’économie, c’est important pour une nation de réussir les JO. Cela booste la consommation et c’est aussi un éclairage international qui peut permettre l’obtention de marchés internationaux », indique-t-il.

Outre l’hégémonie américaine et les bons résultats chinois, qui sont expliqués par un soutien sans faille des autorités envers les disciplines olympiques, et une économie toujours en pleine croissance, les performances européennes restent stables. Cinq pays européens sont classés parmi les dix nations les plus médaillées. Les pays européens font largement partie des trente nations qui se partagent la part du gâteau en remportant 80 % des médailles mises en jeu aux JO 2012. Actuellement, ce sont aussi les trente pays qui produisent 80 % du Produit intérieur brut (PIB) de la planète.

Le Brésil est attendu en 2016

Des supporters fêtent la victoire des Jamaïcains lors du 4x100 mètres, le 11 août 2012.
EUTERS/Gilbert Bellamy

L’Afrique du Sud et le Brésil qui sont considérés comme des pays émergents se classent respectivement à la 24e et 22e places avec trois médailles d'or chacun. Les Brésiliens qui organiseront les prochains Jeux olympiques (2016) pourraient intégrer les meilleures nations en termes de médailles sur leur propre terre. « Le Brésil a déjà enclenché sa formation pour 2016. Il devrait y avoir une montée en puissance », analyse Vincent Chaudel. Le lieu de la compétition a été choisi le 2 octobre 2009.

Si la corrélation entre PIB et performance semble acquise, quelques exceptions font tout de même entorse à la règle. A commencer par la Jamaïque et son roi du sprint, Usain Bolt, qui totalise six médailles d’or depuis Pékin. « Un petit pays s’en sort en faisant des choix comme par exemple la Jamaïque avec les sprinteurs ». Il ajoute : « Cela, dans des sports où la dimension technologique n’est pas si importante mais plutôt lié au don naturel », précise Vincent Chaudel. « Le plus important, c’est de ne pas rater la détection ». Un travail que l'Afrique de l'Est accomplit depuis très longtemps avec les coureurs de fond.

C’est aussi le cas du Kazakhstan (7 médailles d’or), dont le PIB par habitant ne cesse de croître (138 % en 20 ans) et qui obtient quatre médailles d’or en haltérophilie.

L’appât du gain pour certaines nations

L'Indien Sushil Kumar (en haut) et le Turque Ramazan Sahin lors d'un combat de lutte libre, le 12 août 2012.
REUTERS/Suhaib Salem

Mais il existe aussi une composante culturelle significative dans le succès olympique. En atteste les performances assez médiocres de l’Inde, qui compte pourtant plus d'un milliard d'habitants et qui brille par le cricket, un sport non olympique (2 médailles d'argent et 4 en bronze). « L’Inde n’a pas une culture du sport très avancée. C’est certainement une histoire de religion et de castes », fait valoir Vincent Chaudel.

D’autres pays tentent de se faire une place dans le rang des nations olympique en choisissant d’être généreux. Par exemple, l’Ouzbékistan prévoit de verser 811 000 euros à chaque médaillé d'or, l’Arménie en offre 700 000 et l’Azerbaïdjan 640 000, dont deux athlètes ont tiré le gros lot (lutte). Beaucoup moins fantasque, la France offre 50 000 euros à chaque médaillé d’or, pour la première fois soumis à l’impôt (11 médailles d'or). 

Bien que l'essentiel soit de participer, les Jeux olympiques restent un reflet fidèle de la domination des pays riches sur les pays pauvres. Mais, comme l’affirme Vincent Chaudel : « Des champions, il peut y en voir partout. »

tags: Etats-Unis - JO 2012 - Sports
Fiche Pays :
Sur le même sujet :
Réagissez à cet article
Commentez cet article en tapant votre message dans la zone de texte. Le nombre de caractères est limité à 1500 ou moins.
(1) Réaction

bonne analyse

Bon article.Cette analyse reflète la réalité observée au fil des compétitions olympiques.
La solution pour les petits pays semble être la spécialisation et un suivi rigoureux des athlètes. L'exemple de la Jamaïque et des antilles britanniques en général peut inspirer chacun dans son sport de prédilection.
Beaucoup de pays africains aujourd'hui ne devraient plus se contenter de la seule participation. Le Cameroun par exemple dispose d'un bon vivier de boxeurs et d'altérophiles qui mieux encadrés pourraient garantir au moins le bronze à chaque olympiade.
Un bon encadrement local n'est toujours pas gage de résultats sachant que des athlètes accomplies des pays pauvres sont parfois tentés d'aller chercher fortune dans des pays mieux lotis économiquement. Et voilà nos petits pays contraints à l'éternel recommencement.
Malgré ce gros bémol, un encadrement et un suivi sérieux-qui ont un coût-restent les nécessaires sacrifices à faire pour ne pas rentrer bredouille lors des compétitions olympiques.

Fermer