Cyclisme / Tour d'Espagne - 
Article publié le : vendredi 17 août 2012 à 19:29 - Dernière modification le : mardi 21 août 2012 à 10:47

L'Érythrée au Tour d'Espagne

Daniel Teklehaimanot lors de la Tropicale Amissa Bongo.
Daniel Teklehaimanot lors de la Tropicale Amissa Bongo.
RFI/C. Jousset

Par Farid Achache

Pour la première fois dans l'histoire du cyclisme, un coureur de l'Afrique subsaharienne, Daniel Teklehaymanot, va courir un grand Tour avec la Vuelta. Le coureur de l'équipe australienne Orica-GreenEdge, s'élancera samedi 18 août dans les rues de Pampelune à 17h07 TU pour le contre-la-montre par équipe. Retour sur l'histoire de Daniel Teklehaymanot.

Un peu d’histoire pour commencer. Daniel Teklehaymanot vient d’un pays où il y a une tradition du cyclisme. Quand l’Erythrée était encore une colonie italienne (de 1885 à 1941), Gino Bartali, excellent grimpeur, et Fausto Coppi (qui fut le premier coureur au monde à faire le doublé Giro-Tour de France), se « tiraient la bourre » sur le sol italien. Mais, à des milliers de kilomètres de là, en Erythrée, d’autres coureurs faisaient aussi des parties de manivelles, héritage de cette colonisation. Depuis le duel Bartali-Coppi, les choses ont changé et le cyclisme s’est enfin mondialisé. Pour la première fois, un représentant de l’Afrique subsaharienne, Daniel Teklehaymanot, va courir un des trois plus grands Tour de la planète.

« Des garçons comme Daniel, il y en a dix en Erythrée »

Le champion érythréen, 23 ans, qui porte les couleurs de l’équipe professionnelle australienne Orica-GreenEdge va s'attaquer à une épreuve de trois semaines. Pour en arriver là, il lui a fallu convaincre, travailler et tomber sur des personnes qui croyaient en lui, comme Michel Thèze, entraîneur au Centre mondial du cyclisme à Aigle (Suisse), qui l’a côtoyé près de trois années. Un centre financé par l'Union cycliste internationale et qui permet aux coureurs issus de pays dépourvus de structures, d’atteindre le haut niveau.

« Des garçons comme Daniel, il y en a dix en Erythrée et beaucoup d’autres ailleurs », a déclaré Michel Thèze qui le découvre à l’occasion des Championnats africains 2008. Issu d’une famille d’agriculteurs de onze enfants, Daniel Teklehaimanot arrive à Aigle en février 2009 et doit se faire opérer rapidement pour des problèmes de tachycardie. Remis sur pieds, il commence son apprentissage. En 2009, il est l’une des révélations du Tour de l’Avenir, en France, qu’il termine à la sixième place.

A cette époque, Daniel Teklehaymanot garde en lui l'espoir de passer professionnel et de participer aux grandes épreuves du calendrier mondial. « Il y a beaucoup de pays d'Afrique où le cyclisme est apprécié mais dans mon pays en particulier le cyclisme est un sport très populaire, ma sélection nationale est d'ailleurs d'un bon niveau. Le championnat continental africain est intéressant et tous les pays africains en général s'améliorent en permanence », dit-t-il alors.

Cinq titres de champion d’Afrique

Daniel Teklehaimanot a remporté la 4e étape du Tour du Gabon, en 2011.
RFI/Philippe Nadel

Depuis, de l’eau à couler sous les ponts et Daniel Teklehaymanot a prouvé qu’il avait un potentiel pour briller sur des courses importantes. Il termine deuxième du classement du meilleur grimpeur lors du Tour de Pologne en juillet dernier. Lors du dernier Critérium du Dauphiné Libéré, remporté par le Britannique Bradley Wiggins en juin dernier, Daniel Teklehaymanot a déjà fait preuve d’un bon comportement en prenant notamment la 35e place du prologue (6 km) et la 44e place du contre-la-montre de 54 kilomètres. Ses qualité de rouleur alliées à son potentiel quand la route s’élève lui permettent un bel avenir. Lors des Jeux olympiques de Londres, le coureur prend la 73e place, sur une distance de 250 kilomètres.

Daniel Teklehaymanot va donc avoir l’occasion à partir demain samedi 18 aôut dans les rues de Pampelune de se mesurer aux meilleurs mondiaux. Après avoir conquis son continent avec notamment cinq titres de champion d’Afrique, un Tour du Rwanda (2010), une étape sur la Tropicale Amissa Bongo (Gabon) et une victoire sur le Tour D’Erythrée, le voilà à l’assaut de son premier Tour d’Espagne. A 19h07 (17h07 TU), au moment où il sera sur la rampe de lancement pour le contre-la-montre par équipe, son cœur devrait battre très fort. Celui de tout un peuple aussi.

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