Première participation d’un Nord-Coréen aux Jeux paralympiques

Pour la première fois de son histoire, la Corée du Nord participe aux Jeux paralympiques de Londres. C’est un nageur amputé qui a représenté mardi 4 septembre le pays ermite dans une épreuve de 50 mètres nage-libre. Cette première participation soulève à la fois beaucoup d’intérêt et de nombreuses questions, car la Corée du Nord est souvent accusée de traitements particulièrement inhumains à l’égard de ses citoyens handicapés...
avec notre correspondant à Séoul, Frederic Ojardias
Il s’appelle Rim Ju-song, il a 16 ans. Il est amputé du bras et de la jambe gauche après avoir été victime à l’âge de 6 ans d’un accident sur un chantier. Et il a participé mardi à l’épreuve du 50 mètres nage libre, finissant bon dernier, à plus de 10 secondes de l’avant-dernier et à 17 secondes du vainqueur. C’est une performance néanmoins remarquable, parce que six mois plus tôt, Rim Ju-song ne savait même pas nager ! Sa présence aux jeux de Londres s’explique par le fait que la Corée du Nord est entrée au début de cette année au comité international paralympique. A ce titre, le jeune nageur a bénéficié d’une invitation spéciale. Il a alors été envoyé à Pékin, en Chine, pour s’entraîner et se préparer aux Jeux.
Le paradoxe d’un pays souvent accusé de maltraitance à l’égard des personnes handicapées
De nombreux nord-coréens réfugiés au Sud ont rapporté l’existence de graves discriminations. Un rapport des Nations Unis datant de 2006 reprend ces témoignages et s’alarme. Il affirme que les personnes souffrant de handicap physique ou mental ne sont pas autorisées à vivre à Pyongyang, la capitale, car ceux-ci « donnent une mauvaise image du pays. »
Ceux qui souffrent de handicap mental seraient envoyées dans des cliniques spéciales. D’autres témoignages font état de cas de stérilisations forcées, ou d’infanticide commises par les parents. Ce qui est sûr, c’est que dans un pays qui ne parvient pas à nourrir sa population, les infirmes sont ceux qui souffrent le plus de malnutrition. Le pays compte pourtant de nombreuses personnes handicapées, car les structures de santé en Corée du Nord sont dans un tel état de délabrement que les chirurgiens sont souvent obligés de recourir à l’amputation en cas d’accident grave.
Rim Ju-song, un espoir pour l’amélioration de la vie des Nord-Coréens handicapés ?
C’est possible. Selon plusieurs ONG présentes sur place, la situation évolue. Par exemple, depuis quelques années, on voit de plus en plus de gens en chaise roulante dans les rues de Pyongyang. L’ONG Handicap International, qui travaille en Corée du Nord depuis des années, a notamment beaucoup fait pour y améliorer la perception du handicap. Elle a aussi formé des prothésistes nord-coréens et elle a rédigé un dictionnaire de langage des signes en coréen. En 2010, un nouveau rapport de l’ONU note que le régime a promulgué une loi de protection des personnes handicapées.
Un autre élément intéressant : une Nord-Coréenne championne du monde de ping-pong, qui a un fils infirme, s’est mobilisée pour rendre les personnes handicapées plus visibles. Elle a ainsi organisé un tournoi de ping-pong handisport, qui depuis 2010 est retransmis tous les ans par la télévision d’Etat, ce qui est une première !
Cette participation aux Paralympiques de Londres du nageur nord-coréen Rim Ju-song est donc un signe de plus d’espoir pour les Nord-Coréens en situation de handicap.

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