Raymond Poulidor: «je suis connu pour être l’éternel second»

A l'occasion de la sortie de son livre Mes 50 tours de France (Jacob-Duvernet), Raymond Poulidor a répondu à toutes nos questions. Eternel second du Tour de France, mais cycliste de grand talent, l'homme affirme que cette situation lui a permis de durer jusqu'à maintenant, alors que sa carrière s'est arrêté en 1976. Depuis 1962, « Poupou » a vécu 14 Tours en tant que coureur et 36 en tant que consultant.
RFI : Raymond Poulidor, vous avez affirmé ne pas comprendre votre popularité. Pouvez-nous en dire davantage ?
Raymond Poulidor : Tout simplement parce que je n’ai rien fait pour !
Vous avez pourtant participé à quatorze Tours de France...
Oui. Treize en tant que coureur et un autre où je précédais à vélo le peloton pour ensuite donner mon sentiment sur le parcours à la radio. A bien y réfléchir, c’est peut-être parce que je suis allé chercher cette popularité en faisant des choses qui sortent de l’ordinaire. J’étais souvent à l’attaque dans les côtes et à l’époque, il fallait aussi avoir du contact avec le public. C’est ce que je peux reprocher à certain coureurs français actuellement. Ils sont enfermés dans leur bus et on ne les voit plus. Sauf peut-être Thomas Voeckler qui sait tirer son épingle du jeu. Sur le vélo c’est quelqu’un de très hargneux, et qui n’hésite pas à attaquer. Son dernier Tour de France était encore une réussite. Il a atteint un degré de popularité assez considérable et lorsqu’il se présente sur une course, tout le monde le cherche.
C’est donc celui qui vous ressemble le plus ?
Non. C’est sans aucun doute Laurent Jalabert. Il a souvent été sur les plus hautes marches même si n’a jamais remporté le Tour de France. Entre son Tour d’Espagne et toutes les classiques qu’il a gagné, son palmarès est incroyable. D’ailleurs, face à Indurain, il ne lui a pas manqué grand-chose.
Quoi par exemple ?
(Il prend son temps). Moi j’ai affronté Jacques Anquetil qui était un homme inclassable. J’ai failli le mettre en échec. Dix ans après, j’ai affronté Eddy Merckx, il m’a manqué peu de chose. Face à Eddy Merckx en 1974, j’avais trente-huit ans et j’étais encore là. Pour pas grand-chose, le résultat aurait pu être l’inverse comme pour Jalabert.
D’ailleurs, lors de votre premier Tour de France en 1962, vous êtes déjà classé troisième.
Oui et troisième du dernier à 40 ans en 1976.
Vous avez passé toute votre carrière à courir après ce fameux Maillot jaune et visiblement, on ne sent chez vous aucune frustration.
Vous allez rire, mais je me souviens que Raphaël Géminiani m’a raconté une drôle d’anecdote. Selon des statistiques, celui qui fait troisième lors de sa première participation ne gagne jamais… C’est terrible non ?
Alors, en dehors du Tour de France, quelles sont les courses qui vous ont réussi le mieux et que vous avez aimé ? (Raymond Poulidor a notamment gagné un Tour d’Espagne et plusieurs grandes classiques comme Milan-San Remo)
Je vais vous avouer une chose, on ne m’interroge jamais sur les autres courses. Et finalement, je ne sais pas si je souhaite que l’on me pose des questions en dehors du Tour de France. Si on parle de Poulidor aujourd’hui alors que j’ai arrêté ma carrière en 1976, c’est tout simplement parce que je n’ai jamais gagné le Tour. Je suis certain que si j’avais gagné deux ou trois Tours de France, on ne parlerait plus de Poulidor. Alors que maintenant, je suis connu pour être l’éternel second.
Ce qui ne vous gêne absolument pas ?
Au contraire, j’en tire un bénéfice énorme ! Le reste de ma carrière est oublié depuis longtemps. Quand je rencontre des gens, la question est toujours la même. Pourquoi vous n’avez jamais gagné le Tour ? Et on me reparle de mon duel avec Jacques Anquetil. Vous êtes une des rares personnes à me parler des autres courses. Je suis même très étonné.
Finalement le Tour de France masque une grande partie du cyclisme ?
Oui, c’est évident. Même celui qui ne s’intéresse pas à l’actualité du cyclisme et à ce sport sait que j’étais l’éternel second. Moi j’ai fait deuxième derrière trois générations différentes. Cette course est tellement médiatique que même celui qui ne s'y intéresse pas ne peut pas passer à côté. Le Tour arrive en troisième position derrière les Jeux et le Mondial. Tous les ans il revient depuis bientôt 100 éditions !
Que vous inspire le cyclisme actuel ?
Je ne peux pas comparer. Vous imaginez un joueur de football tirer un coup franc des 25 mètres il y a 40 ans ou réussir une tête avec le ballon de l’époque. C’était la fracture du crâne assurée. Dans le cyclisme c’est la même chose. Le matériel est très performant, il y a l’assistance à tout moment. Le ravitaillement, les boissons au bout de vingt kilomètres quand il fait très chaud ; ils peuvent prendre le départ de la course sans bidon et se ravitailler à la voiture du directeur sportif sans problème. Les conditions de course ont réellement changé. Si une chute se produit, on attend presque le coureur.
Et l’affaire Armstrong ? Dans votre livre, on pourrait presque penser que les lignes qui lui sont consacrées sont un vrai plaidoyer pour le coureur américain.
Je suis un défenseur de Lance Armstrong. J’ai vu ce qu’il a traversé et je reconnais le professionnalisme de l’individu. C’est quelque chose d’énorme. Ce qu’Armstrong a enduré avec son cancer, c’est ce qui lui a permis de souffrir encore plus sur un vélo. D’ailleurs ce qu’on a vu sur le Tour 2012 avec l’équipe Sky, c’est le même professionnnalisme qu'avec Armstrong. Rien n’est laissé au hasard. En tout cas, si on lui enlève ses sept titres, le palmarès sera vierge. On ne va tout de même pas donner le Tour à Jan Ullrich, par exemple, qui a, lui aussi eu des problèmes de dopage. Il ne faut pas se voiler la face, je crois malheureusement qu'à cette époque, l’EPO était quelque chose de courant dans le peloton.
Selon-vous, est-ce possible de courir le Tour sans produit ?
Oui c’est possible. Si tout le monde est au même niveau, il n’y a pas de raison.
Q'en était-il à votre époque ?
A mon époque il y a avait peut-être du dopage ; je peux vous assurer que cela n’a rien avoir avec ce qui se fait actuellement. D’ailleurs, Raphaël Geminiani a qui on a posé la question du dopage quand il courait à une cette réponse merveilleuse : « Nous, on marchait à l’eau. Elle a été trouble de temps en temps mais toujours potable ».
Pour terminer, qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été coureur cycliste ?
J’aurais été paysan. Je serais resté dans ma Creuse natale derrière une charrue. Nous étions une famille sans argent, et je n’ai souffert de rien. Nous étions heureux. Je peux dire que j’ai gagné beaucoup d’argent par rapport à mes parents, mais je n’ai jamais eu aucune ambition. Tout ce qui se présentait pour moi était un rêve. Que je gagne ou que je ne gagne pas, cela n‘avait pas beaucoup d’importance à mes yeux. Je n’ai rien fait pour avoir cette popularité qui a d’ailleurs rendu mes équipiers et mes adversaires jaloux. Tout le monde voulait avoir Poulidor sans que je sache vraiment pourquoi.

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(1) Réaction
raymond poulidor
M poulidor
continuez a nous raconter vos exploits passes nous ne nous lassons pas de vous écoutez nous buvons vos paroles et nous nous enivrons sans modération d'histoires merveilleuse du cyclisme d’antan . M poulidor continuez nous ne nous lassons pas . .