Mondial de tennis de table: la Chine est au top, la France cherche des solutions

A l’occasion des championnats du monde de tennis de table qui se déroulent à Paris du 13 au 20 mai, nous avons essayé de comprendre comment la Chine pouvait rafler autant de médailles à chaque grand rendez-vous et quelle était la stratégie de la France pour faire grandir ce sport. A Paris-Bercy cette semaine, les pongistes chinois risquent encore de laisser des miettes aux autres nations alors que la France attend un nouveau titre...
Pour comprendre l'hégémonie chinoise en matière de petite balle blanche, il faut remonter aux années Mao. A l’époque, le ping-pong est un instrument politique et chaque foyer posséde sa table, comme l’explique Jean-Philippe Gatien, vice-champion olympique aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992 et champion du monde simple messieurs en 1993 à Göteborg en Suède.
Avec un réservoir colossal estimé à plus de 70 millions de pratiquants, la Chine investit dans les structures, la recherche et le développement, notamment la détection chez les jeunes. En Chine, on trouve des tables partout... En comparaison, un pays comme la France ne possède que 190 000 licenciés et 5 millions de pratiquants.
De plus, avec un nombre de pratiquants aussi élevé, il y a en Chine une concurrence féroce qui tire le niveau vers le haut. « Il arrivent dans les grandes compétitions avec une expérience et une gestion du stress. Chez eux, ils ont fait l’équivalent de trois championnats du monde pour se qualifier. Tout cela mis bout à bout, ils ont des raisons de nous être supérieurs », lance Jean-Philippe Gatien. Lors des précédents mondiaux, la Chine a raflé 14 médailles sur les vingt possibles. Des titres qui permettent aux athlètes d'atteindre le statut de star, de rouler dans des voitures luxueuses et d'être assaillis par les fans pour signer des autographes.
La France est loin de l'approche chinoise
Dès l’âge de 6 ans, les Chinois s’entraînent au moins deux heures par jour. « En France, dire à un papa ou à une maman que l’on va entraîner son fils deux heures par jour, c’est impossible », raconte Gatien.
« Nous n’avons pas cette culture et ce mode de fonctionnement. Du coup, en France, le tennis de table s’apparente plus à une découverte et au côté ludique de ce sport. Des programmes conçus par la fédération permettent aux enfants de développer leur agilité, de faire travailler leur intelligence puisque c’est un sport d’opposition, et le sens de la tactique. Si le jeune enfant se prend au jeu, il peut ensuite s’essayer à la compétition », décrypte Gatien.
Adrien Mattenet, numéro 1 en France et 27e au niveau mondial, est conscient du fossé qui sépare la Chine du reste du monde dans le tennis de table. « Il n’y a aucune comparaison à faire entre une culture asiatique qui commence le haut niveau dès l’âge de six ans et nous. Mais attention, on ne voit pas tous ceux qui ont échoué », précise-t-il.
Et d’expliquer : « De toute façon, la politique en France privilégie le loisir et non pas le haut niveau. Et c’est comme ça dans tous les sports. Ici, c'est plus "sport et santé" et c’est un choix que je ne juge pas. Dans d’autres pays, on ne s’attarde que sur le haut niveau. Quand on va en Roumanie ou en Chine, les gens sont dans une salle et s’entraînent six heures par jour. En France, on a cette liberté de d’abord s’amuser avant d’atteindre le haut niveau. » Adrien Mattenet, considéré comme notre meilleur représentant, a été sorti par l'Iranien Noshad Alamiyan (7-11, 8-11, 8-11, 11-5, 8-11), dès les 32es de finale.
La France a besoin de champions pour relancer la discipline
C'est le même son de cloche du côté de Michel Gadal, organisateur des ces Mondiaux et ancien directeur technique national à la Fédération française de tennis de table. « On veut agrandir la famille et l’idée n’est pas d’amener les gens tout de suite à la compétition, confie Michel Gadal, mais on a besoin de champions pour qu’ils soient des représentants du tennis de table français. » Voilà toute la difficulté de notre système.
Il manque donc à l’équipe de France un titre pour -peut-être- redonner un intérêt plus conséquent à ce sport. « Il est important de moderniser l’image de notre sport dans la pratique et dans l’organisation », dit Michel Gadal. Si, après les JO de 1992 et les Mondiaux de 1993, qui avaient vu Jean-Philippe Gatien rafler des médailles, les clubs ont refusé du monde, on est désormais loin du compte. Il va donc falloir adopter une autre stratégie pour attirer de nouveaux pratiquants. Selon Michel Gadal, « il faut que les clubs se déplacent par exemple dans les quartiers pour trouver de nouveaux adeptes ».
« On se bat face à un ogre », relate Michel Gadal. Espérons que cet ogre finira par avoir un jour un peu moins d’appétit…
Propos recueillis à Bercy par Farid Achache

Delicious
Digg
Facebook
Twitter
Yahoo!
Technorati

















Réagissez à cet article
(0) Réaction