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    Sports

    Drame d’Hillsborough : 25 ans d’émotion et de combats

    media Un enfant se recueille devant le mémorial aux victimes du drame d'Hillsborough. REUTERS/Phil Noble

    Il y a 25 ans, le 15 avril 1989, 96 personnes perdaient la vie dans le stade d'Hillsborough, à Sheffield, dans le nord de l'Angleterre. Ils étaient venus assister à la rencontre de football opposant Liverpool à Nottingham Forest.

    Vingt-cinq ans plus tard, les stades anglais se sont modernisés pour éviter ce type de drame. Un incident qui continue de susciter l'émotion outre-Manche. D’autant que la responsabilité de l'accident suscite toujours la controverse.

    Dimanche 13 avril, lors du match de football Liverpool-Manchester City, une rencontre cruciale  dans la course au titre pour les « Reds » de Liverpool sevrés de titre national depuis 1990, l’émotion était très forte dans les tribunes, mais surtout pour une autre raison : les 25 ans du drame d’Hillsborough. « Il y a toujours beaucoup d'émotion autour de cet événement, relate Bruno Constant, correspondant en Angleterre pour RFI. Le début de rencontre avec le traditionnel chant "You'll never walk alone" était vraiment chargé en émotion. C’était comme si les joueurs étaient possédés en quelque sorte par des anges qui les surveillaient du haut du ciel ».

    « Notre cerveau ne pouvait pas comprendre ce qui se passait »

    Quatre-vingt-seize anges pour être plus précis. C’est le nombre de supporters qui ont perdu la vie le 15 avril 1989, écrasés et piétinés contre les grillages d’une tribune trop pleine. Darren Tulett, journaliste franco-anglais, a suivi ce drame devant la télévision : « Je me souviens surtout de ces images incompréhensibles de gens qui essayaient de s’échapper de cette tribune. Je me souviens, au moment d’avoir vu les images comme tout le monde en Angleterre, de ne pas comprendre. On avait pourtant l’habitude de voir des hooligans se battre dans les stades mais là, c’était au-delà. Notre cerveau ne peut pas comprendre ce qui se passe, il faut du temps. »

    Du temps pour éviter de faire face à la réalité. « Il y avait trop de gens à ce moment-là, estime l’animateur. La police à l’extérieur avait perdu le contrôle. Elle a poussé une partie des supporters pour qu’ils rentrent dans cette tribune alors que tous les billets étaient déjà vendus. Ce qui est terrible, c’est que la vérité commence à sortir, seulement 25 ans plus tard. Mais pendant de très longues années, la police locale, nationale et le gouvernement ont tout fait pour que cette vérité reste cachée ».

    Un tifo géant à Anfiled, le stade de Liverpool, à la mémoire des victimes du drame d'Hillsborough. La mention : « 96, 25 ans » REUTERS/Eddie Keogh

    Une vérité symbolisée par les excuses publiques de David Cameron en septembre 2012. Le Premier ministre britannique s’appuie sur un rapport final qui accable les forces de l’ordre présentes au stade au moment du drame. Ces dernières avaient incriminé les supporters du club de Liverpool. Pour Darren Tulett la raison était toute trouvée : « Nous étions dans une situation où Madame Thatcher était le Premier ministre du Royaume-Uni. A l’époque, Liverpool était l’une des rares villes du pays ancrée à gauche. Donc, forcément,  une ville qui avait été ciblée par le gouvernement pour pas mal de raisons. Cela tombait très bien de dire que c'était à cause de ces gens-là. Cela convenait également bien à la police qui était dépassée, de mentir, de faire en sorte que les gens comprennent autre chose que la vérité. »
     
    Une refonte totale du football anglais
     
    Peu après la tragédie, en janvier 1990, des mesures symboliques sont prises. Le lord juge Taylor établit un rapport afin d'améliorer la sécurité dans les stades. Soixante-seize  propositions qui vont dans le bon sens, selon Ludovic Lestrelin, sociologue et spécialiste des mouvements hooligans : « Hillsborough illustre l’état lamentable des installations sportives anglaises dans les années 1980, un état lié à une conception très négative du public anglais. On enfermait le public derrière des grillages pour empêcher tout débordement et éviter des envahissements de terrains assez fréquents dans les années 1970-80. Cela a eu des effets terribles. Hillsborough n’est pas un drame du hooliganisme mais tient à une conception architecturale des stades et à des erreurs manifestes de gestion de la foule. »
     
    Selon lui, une telle tragédie ne pourrait se reproduire de nos jours : « Les stades anglais et plus largement européens ont été refondés sur des principes architecturaux qui s’inspirent de ce qu’on appelle la "prévention situationnelle". Cela passe par des choses toutes simples comme l’instauration de la vidéosurveillance, de tourniquets pour gérer l’accès aux tribunes. Et puis, il y a eu un travail de meilleure formation des forces de l’ordre à cette problématique-là. Il y a des progrès énormes qui ont été faits depuis une vingtaine d’années. »
     
    Ce 15 avril 2014, une commémoration est prévue comme chaque année dans le centre-ville de Liverpool. Histoire de ne jamais oublier ces 96 âmes qui « au ciel supporterons toujours cette équipe » selon l’entraîneur de Liverpool, Brendan Rodgers.

    Par Maxime Fayolle et Walid Bennani

    Questions à Nicolas Hourcade, sociologue spécialiste des supporters de football :

    RFI : Nicolas Hourcade, après le drame de Hillsborough, le football anglais a profondément changé. En-dehors de certaines associations de supporters, qui déplorent ces mutations ?
    Il y a un débat au sein du football anglais, parce qu’il s’agit d’un sport extrêmement important dans ce pays. Mais ces changements sont apparus dans la continuité de problèmes de fortes violences. Le football anglais accepte donc certaines conséquences négatives comme les hausses de prix des places, si c’est justement le prix à payer pour apaiser l’ambiance dans les stades.
    Néanmoins, ces dernières années, les problèmes de violence ont été largement jugulés. Et il y a aussi eu une réflexion sur cette « gentrification » dans les stades, sur le fait que ce sont plutôt les classes moyennes et supérieures qui fréquentent les tribunes, désormais ; et sur la place que les supporters doivent avoir dans le spectacle.
    C’est dans le cadre de cette réflexion que s’est développé l’actionnariat populaire, le fait que les supporters puissent avoir des parts dans le capital du club. […]
    Ces dernières années, on a vu aussi une plus grande tolérance par rapport au fait d’être debout en tribune. Depuis Hillsborough, les stades sont équipés de places assises. Durant les premières années qui suivent le drame, on fait très scrupuleusement respecter la station assise. Depuis quelques années, on tolère à nouveau que quelques supporters soient debout. Certains clubs ont aussi tenté de recréer des « singing areas », des zones où les supporters peuvent chanter pour mettre de l’ambiance. Parce que l’ambiance a nettement décliné dans les stades anglais.

    Les autorités britanniques ont tenté d’incriminer l’hooliganisme dans ce drame. Cette mouvance existe-t-elle encore en Grande-Bretagne ?
    […] Le mouvement hooligan, qui était extrêmement fort dans les années 1980, a été petit à petit contrôlé durant les années 1990, notamment autour de la première division. Mais il n’a pas complètement disparu. Il se manifeste encore, loin des stades, dans les centres-villes, dans les pubs ou dans les plus petites divisions, où les spectateurs sont moins contrôlés. Le phénomène se cantonne désormais à des spécialistes de la violence.

    Propos recueillis par David Kalfa

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