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    Sports

    Damien Ressiot: «Aucune surprise» concernant le dopage en Russie

    media Un athlète sur une piste de Stavropol, en Russie. REUTERS/Eduard Korniyenko

    L’Agence mondiale antidopage a rendu public un rapport-choc sur la triche et la corruption généralisées au sein de l’athlétisme russe. Mais pour Damien Ressiot, qui travaille à l’Agence française de lutte contre le dopage, ces pratiques russes n’ont rien de nouvelles et ne sont pas une surprise. Entretien de Caroline Paré.

    RFI : Damien Ressiot, vous dirigez le département des contrôles à l’Agence française de lutte contre le dopage (Afld). On a suivi ces derniers mois la tempête dans le monde du foot, l’affaire de la Fédération internationale de football (Fifa). Il y avait eu ces dernières années le scandale dans le cyclisme. Est-ce que aujourd’hui c’est l’ensemble du sport mondial de haut niveau qui est gangréné par la corruption ?

    Damien Ressiot : Une toute petite précision déjà pour commencer. Effectivement je dirige le département des contrôles de l’Aafld, mais c’est à titre personnel que je vous réponds, même si l’Agence évidemment se félicite du rapport qui a été rendu public hier par la commission indépendante de l’Agence mondiale antidopage.

    Pour revenir plus précisément à votre question, évidemment il y a un énorme problème de gouvernance au niveau du sport mondial. Vous avez cité des exemples les plus flagrants : on a eu l’Union cycliste internationale avec Lance Armstrong ; on a la Fifa et maintenant l’Iaaf (Fédération internationale d'athlétisme).

    Là, c’est précisément la Russie qui est pointée du doigt. Pourquoi viser en particulier les pratiques des athlètes russes ?

    Là, même si la stupeur prédomine aujourd’hui dans le monde du sport, je pense qu’il y a un petit peu d’hypocrisie quand même, voire beaucoup, qui dissimule tout ça puisque ce qui se passe en Russie, on l’a toujours su dans le milieu de l’antidopage et ça depuis la Guerre Froide. Les pratiques ont continué et ont perduré de la même manière avec des procédés qui n’ont pas vraiment changé. Donc en ce qui me concerne, moi il n’y a aucune surprise.

    Je me rappelle tout à fait qu’à la conférence mondiale antidopage de Johannesburg en 2013, le laboratoire russe avait déjà été sermonné par l’Agence mondiale. Il avait failli d’ailleurs perdre son accréditation. Donc il n’y a aucune surprise.

    La Russie fait comme elle a toujours fait, c’est-à-dire qu’elle fabrique ses champions de la manière la plus pragmatique qui soit, en formant des entraîneurs qui sont des dopeurs, donc qui facilitent la consommation de produits dopants, en corrompant les préleveurs, surtout s’ils viennent de l’étranger ; ou en les menaçant, en utilisant leur laboratoire comme un laboratoire non pas de détection, mais comme un laboratoire chargé d’esquiver des contrôles qui pourraient être réalisés à l’étranger, et qui donnent une sorte de coup de tampon sur le passeport des sportifs qui partent sur les compétitions internationales.

    Donc tout cela n’est pas très nouveau. Evidemment l’étendue du scandale et l’étendue des pratiques tentaculaires donnent quand même un petit peu froid dans le dos.

    Vous dites, on le savait. Est-ce qu’on le sait aussi pour d’autres pays ? Je pense à la Chine en particulier ?

    Effectivement je pense qu’il n’y aucune raison que la même chose n’existe pas en Chine. Ça tient évidemment au modèle politique de ces pays, mais la Chine est aujourd’hui aussi une fabrique de champions phénoménale. Certes avec un vivier démographique qui lui permet effectivement de travailler sur le qualitatif. Mais ils ont tous les moyens, notamment l’opacité, pour ne pas permettre à l’Agence mondiale antidopage, aux organismes agréés sur cette problématique, d’entrer sur leurs terres et de vérifier ce qui s’y passe.

    Pour revenir au cas des Russes, l’Agence mondiale antidopage réclame l’exclusion des compétitions, les Jeux olympiques de Rio en 2016 dans la ligne de mire. Est-ce que c’est envisageable d’exclure une nation telle que la Russie de ce type de compétition ?

    Je l’espère. En tout cas, le code mondial antidopage donne cette possibilité au Comité international olympique et à l’AMA. C’est une possibilité qui n’a jamais été jusqu’à présent appliquée. Vous savez donc que ce qui prévaut en matière de lutte antidopage, c’est le code mondial, c’est le texte sacré qui est gravé dans la pierre. A partir du moment où vous avez un pays, une fédération en l’occurrence d’athlétisme, qui ne sont pas « conciliantes », c’est-à-dire qui ne satisfont pas aux exigences du code mondial, ils peuvent être boutés hors de toutes les compétitions internationales.

    Les Jeux, c’est particulier, mais en l’état actuel des choses, vu le contexte général dont on a parlé au début, si jamais la Russie participe aux prochains Jeux de Rio, ce serait assez scandaleux.

    Le document parle de dopage organisé dans d’autres pays, d’autres sports, sans donner de précisions. Là on pointe d’autres pays en Europe. Est-ce que la France pourrait être à son tour concernée ?

    Non. Alors là pour le coup, je peux parler avec ma casquette de directeur des contrôles de l’Afld. Il est hors de question d’envisager qu’il puisse exister en France un système institutionnalisé comparable à ce que l’on vient de voir en Russie.

    Parce que ce qu’on a vu en Russie, c’est quelque chose qui est étatique, qui est au sommet du pouvoir, au ministère des Sports et toute cette hiérarchie ?

    Complètement. Si vous regardez aujourd’hui la vitrine sportive de la Russie, c’est vite vu. Ce sont des championnats du monde de natation qui ont eu lieu à Kazan il n’y a pas très longtemps, c’est la Coupe du monde évidemment. Qu’est-ce qui aujourd’hui tire la Russie vers le haut et la rend « sympathique » ? Ce sont les événements sportifs qu’elle organise. Donc c’est vraiment une vitrine politique clairement affichée.

    Pour revenir à ce que vous me demandiez, en Europe occidentale il n’est peut-être pas exclu que l’Espagne, à un moment donné, puisse avoir été tentée d’instituer de manière étatique des pratiques un peu inavouables. Je pense que les choses ont changé ou sont en train de changer.

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