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    Afrique

    Marlene Harnois: «L’Afrique peut devenir le continent n°1 en taekwondo»

    media Marlene Harnois avec Ruth Gbagbi, médaillée de bronze aux JO 2016, et Cheick Cissé, champion olympique à Rio. Marlene Harnois

    Marlene Harnois, médaillée de bronze aux JO 2012, accompagne et soutient l’équipe de taekwondo de Côte d’Ivoire depuis 18 mois. La Franco-Canadienne n’est donc pas surprise par les cinq médailles olympiques décrochées par des athlètes africains à Rio. Pour elle, l’Afrique peut devenir le continent numéro un dans cet art marial sud-coréen. Entretien.

    RFI : Marlene Harnois, quand et comment avez-vous commencé à sillonner l’Afrique ?

    Marlene Harnois : Suite à ma retraite sportive, en décembre 2014, j’ai eu envie de partager mon expérience, de vivre une nouvelle aventure, de voyager. Or, je ne connaissais pas du tout l’Afrique subsaharienne. Je suis donc partie à Abidjan. J’en ai profité pour rendre visite aux athlètes de l’équipe nationale locale, parce que je savais que le niveau était très relevé dans certains pays d’Afrique francophone.

    Au club de La Source, à Koumassi, dans le district d’Abidjan, j’ai fait la rencontre de Cheick Cissé et de Ruth Gbagbi. L’équipe féminine ivoirienne venait de finir vice-championne du monde par équipes [en 2014, au Mexique, Ndlr].

    En me rendant dans leur club, je me suis rendue compte que les conditions d’entraînement n’avaient rien à voir avec celles de l’équipe de France, par exemple. J’ai été frappée par leur talent, par le fait qu’avec peu de moyens, ils rivalisent pourtant avec la Chine, les Etats-Unis, les plus grandes nations du taekwondo. Ça m’a rendue curieuse ! Je me suis demandée ce qu’ils pourraient réussir avec davantage de moyens et un peu plus d’accompagnement.

    Suite à cette rencontre, on a donc mis en place la fondation Heart Angel. On a financé l’achat d’une aire de combat et de tout l’équipement électronique de leur club formateur. Ça a été le début de l’aventure. Depuis, Cheick et Ruth ont décroché deux médailles historiques pour la Côte d’Ivoire.

    Lors de vos voyages en Afrique de l’Ouest, avez-vous été surprise par le niveau général des pratiquants en taekwondo ?

    La pratique du taekwondo est très développée, en Côte d’Ivoire notamment. Avec 35 000 licenciés, c’est le deuxième sport après le football. Lorsqu’on se rend dans les clubs, on comprend pourquoi ils sont aussi talentueux. Il y a d’excellents entraîneurs et maîtres de salle.

    En plus, le taekwondo ne nécessite pas beaucoup de moyens pour débuter. Pour 6 000 francs CFA, chez une couturière, on peut acheter un dobok, qui est l’équivalent du kimono en taekwondo.

    Les clubs se développent partout, dans les cours d’école notamment. Pas besoin d’infrastructures et de beaucoup d’équipements. Il suffit de quelques plastrons et de quelques raquettes de frappe. Les jeunes peuvent ainsi apprendre la technique. Donc le taekwondo se développe très bien.

    Tout ça, c’est dû aussi à l’historique des experts coréens qui ont été envoyés en Afrique durant les années 1980 pour y développer le taekwondo. Ils ont été mis à la disposition de chaque fédération sur le continent africain. […]

    Qu’est-ce qui manque le plus au taekwondo africain pour qu’il franchisse encore un palier ?

    Pour le moment, le taekwondo africain se porte très bien ! On l’a vu avec la médaille d’argent du Nigérien Razak Issoufou Alfaga, dans la catégorie des poids lourds. En 2012, c’était Anthony Obame qui avait remporté la première médaille olympique de l’histoire du Gabon, avec l’argent chez les poids lourds.

    En Afrique, les entraîneurs sont compétents, les fédérations bien dirigées et les talents sont là. Mais en dehors de Cheick Cissé et de Ruth Gbagbi, qui s’entraînent à Abidjan, les autres athlètes africains sont par exemple boursiers olympiques et travaillent donc dans des clubs à l’étranger, généralement en France, en Allemagne ou aux Etats-Unis.

    Parce que les structures et infrastructures adaptées à la pratique du haut niveau manquent. Il en faudrait davantage pour que les athlètes puissent s’entraîner à temps plein et puissent suivre un cursus scolaire en parallèle.

    C’est toute la problématique qu’on retrouve sur le continent africain. Il y a énormément de talents, mais arrivé à un certain âge, les athlètes mettent souvent un terme à leur carrière car le sport amateur ne permet pas de s’enrichir. Ils privilégient donc les études.

    Si les athlètes avaient la possibilité de suivre des études en parallèle du sport, je pense que l’Afrique ferait exploser les compteurs de médailles olympiques.

    Les pays africains ont gagné cinq médailles aux JO 2016, un record. Doit-on s’attendre à ce que ce niveau de performance se répète à l’avenir ? Ou ce sera dur ?

    On peut s’attendre à beaucoup plus ! Si, dans les années à venir, tous les facteurs de performance sont réunis, l’Afrique va vraiment devenir le continent numéro un sur la scène mondiale en taekwondo. [….]

    D’autres pays africains émergent-ils sur la scène mondiale, en dehors du Mali, du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, qui brillent depuis plusieurs années ?

    Plusieurs pays, oui. Que ce soit le Mali avec le double champion du monde Daba Modibo Keita ou plus récemment la Congolaise Rosa Keleku. On a déjà parlé du Gabon et de la Côte d’Ivoire. Au Sénégal, il y a Bineta Diédhiou qui a été médaillée aux Championnats du monde. Balla Dieye, également.

    Aujourd’hui, lorsque des athlètes d’Afrique francophone se présentent en compétitions internationales, ils sont vus comme de véritables menaces par les autres combattants. […]

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