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    Arts martiaux: la Marocaine Rizlen Zouak, une combattante de premières

    media Le Marocaine Rizlen Zouak. Courtesy of EFC© / Anton Gesyer

    Rizlen Zouak affronte la Sud-Africaine Amanda Lino, le 26 mai 2018 à Durban, pour le titre de championne du monde d’arts martiaux mixtes (MMA) de l’EFC. Elle espère s’imposer et décrocher dans la foulée un contrat avec la plus prestigieuse ligue de MMA, l’Ultimate Fighting Championship (UFC). Elle deviendrait ainsi la première Marocaine à l’UFC, après avoir été la toute première judokate du Maroc engagée aux Jeux olympiques. Rencontre.

    Le 26 mai 2018 à Durban, Rizlen Zouak affrontera la Sud-Africaine Amanda Lino pour une ceinture mondiale en arts martiaux mixtes (MMA). A 32 ans, cette Marocaine née en France, qui combat au sein de l’Extrem Fighting Championship (l’EFC, une ligue basée en Afrique du Sud), tentera de décrocher ce titre qu’elle n’a jamais eu en judo.

    « Pour moi, le MMA est une revanche par rapport au judo, expose-t-elle. Parce qu’en judo, je n’ai jamais eu de médaille mondiale ou olympique ». Celle qui a rangé son kimono en 2017 a pourtant un palmarès à faire pâlir d’envie bien des athlètes. Triple championne d’Afrique (2012, 2013 et 2015) notamment, Rizlen Zouak a toujours fini sur le podium chez les moins de 63 kg, de 2011 à 2016, durant cette compétition.

    Surtout, elle est devenue la toute première judokate du Maroc à disputer des Jeux olympiques. C’était en 2012. « Ça reste évidemment une fierté », lâche-t-elle, même si l’intéressée n’avait pas passé le premier tour, battue par l’Autrichienne Hilde Drexler. Elle avait d’ailleurs connu le même sort, en 2016 à Rio, face à la Mongole Tsedevsürengiin Munkhzaya. « Pour mes derniers Jeux, j’étais un peu frustrée parce que je menais face à mon adversaire, mais j’ai fait une erreur bête à une minute de la fin. »

    Entre la vie et la mort en 2006

    Rizlen Zouak ne semble pas du genre à ressasser. Mais son destin aurait pu être différent si elle n’avait pas vécu un drame en 2006. Cette année-là, après avoir mangé dans un restaurant, elle est prise d’un très grand malaise. Elle est victime d’une grave intoxication alimentaire, à cause d’un staphylocoque doré. « Ça a atteint mes reins, explique-t-elle. J’ai failli avoir une dialyse. J’étais entre la vie et la mort. J’ai perdu 11 kilos en trois jours ».

    La jeune femme s’en est sortie mais sa carrière, elle, a été freinée. « Je suis revenu, je n’ai rien lâché pour retrouver ma catégorie de poids. J’avais perdu tous mes muscles. C’est comme si je repartais de zéro. J’avais perdu confiance en moi, soupire-t-elle. Ça a été dur. J’avais un gros potentiel en judo. J’étais en équipe de France. (Elle hésite) J’aurais pu être médaillée mondiale ou peut-être même olympique, qui sait ? Mais avec les "si", on peut refaire un monde ».

    La découverte du MMA

    Une rencontre va changer son destin et lui offrir une opportunité. « Mon manager actuel, Fernand Lopez, le headcoach [entraîneur en chef ; ndlr] de la MMA Factory, je l’ai rencontré il y a neuf ans à l’Insep [l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance, Ndlr]. A l’époque, sa salle n’existait pas encore. Il m’a parlé du MMA. Je ne connaissais pas donc j’ai regardé ce que c’était. Et je me suis dit que ça avait l’air vraiment bien. Je lui ai promis qu’après ma carrière en judo, je viendrais dans sa salle et que je ferais du MMA. […] J’ai tenu ma promesse. Je suis venue deux ans avant les JO 2016.  » Elle ajoute : « Franchement, au début, j’ai cru que ça allait être du loisir, pour me défouler. Mais, en fait, j’apprends très très vite. »

    En janvier 2017, la Marocaine s’y met à fond. Et c’est peu de dire que sa reconversion a étonné son entourage. « Mes copines de l’équipe de France de judo m’ont dit que j’étais folle, rit-elle. Certaines m’ont dit "moi, je ne l’aurais jamais fait, alors respect !" Mon amie Clarisse Agbegnenou [double championne du monde, Ndlr] m’a même dit "je suis fan de toi !" Ça m’a fait bizarre parce que c’est plutôt à moi d’être fan d’elle. Mes amis vivent le MMA à travers moi. Et c’est vrai qu’il faut avoir le courage de passer le cap ».

    Les débuts n’ont d’ailleurs pas été simples, car en MMA, les coups de poings, de coudes, de pieds et de genoux sont autorisés. « Lors de mon premier cours de MMA, j’avais peur de prendre des coups. Je me cachais. Mais quand on vient du judo, maîtriser les projections et le combat au sol, c’est un avantage de fou ! »

    La première Marocaine à l’UFC ?

    Depuis, Rizlen Zouak travaille sans relâche pour parfaire ses techniques, dans une MMA Factory qui a couvé beaucoup de champions comme le Camerounais Francis Ngannou. « L’année dernière, je me suis concentré sur la boxe, souligne-t-elle. Et cette année, je me reconcentre sur les coups de pieds. C’est dur. »

    Son bilan est de trois victoires par TKO en trois combats pros. « Avec le MMA, j’ai retrouvé mon mental de guerrière, de sauvage », lance-t-elle. Affronter Amanda Lino sur ses terres ne l’effraie donc pas plus que ça. « Je ne suis pas une fille qui se met la pression, temporise-t-elle. Je sais que ça va être une bonne guerre, mais je suis prête parce que j’ai une bonne équipe qui m’entoure pour atteindre mon objectif ». Elle ajoute : « Je viens du judo. Donc, croiser des championnes du monde ou des championnes olympiques, je suis un peu habituée...»

    En cas de succès, Rizlen Zouak pourrait décrocher un contrat avec l’Utimate Fighting Championship (UFC). Elle deviendrait alors la première Marocaine de l’histoire de la plus prestigieuse ligue de MMA. « Être la première ou pas, ce qui compte pour moi, c’est de signer à l’UFC, balaie-t-elle. Je représente à la fois la France et le Maroc ».

    « Rencontrer le Roi, ça donne envie ! »

    Il n’empêche, les frères Azaitar, des Germano-Marocains passés par l’UFC, ont été reçus par le roi du Maroc Mohammed VI, en avril dernier. Un honneur assez rare pour des sportifs. « Rencontrer le roi, ça donne envie, s’émerveille-t-elle. C’est une reconnaissance de tout ce qu’on fait, de tous nos sacrifices. Ce serait un rêve de le rencontrer. Ça a failli se faire par rapport aux Jeux olympiques mais ça ne s’est pas fait. Mais si j’y arrive cette fois, ce sera une grande fierté ».

    Celle qui a pris « Lionne de l’Atlas » pour surnom d’arène conclut : « Le judo ne me manque pas du tout. J’y ai fait mon temps. Je n’ai rien à regretter. J’ai pris part à tous les événements qu’il fallait. Je commence une nouvelle carrière et j’ai une nouvelle chance. »

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