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    [Série 1/3] Dale Mulholland, un footballeur américain au pays des Soviets

    media Dale Mulholland vers 2010, sous le maillot du FC Wanderers, club amateur réunissant des expatriés en Asie du Sud-Est. Dale Mulholland (archives personnels)

    A une époque où certains athlètes russes cherchaient à passer à l’Ouest, Dale Mulholland a en quelque sorte emprunté un chemin inverse en devenant le premier footballeur occidental à évoluer dans le championnat soviétique. C’était en 1990, avec pour toile de fond la dislocation de l’URSS. Récit en trois épisodes d’un incroyable itinéraire.

    Comment un footballer américain peut-il se retrouver à taper dans le ballon en Union soviétique ? « Je voulais jouer au plus haut niveau possible, mais à l’époque les Européens entretenaient un certain orgueil quant à leur football ». C’était avant 1995 et l’arrêt Bosman, quand les règlements de l’UEFA établissaient un quota limitant à 3 le nombre de joueurs étrangers dans un même club. Le foot européen, Dale Mulholland l’a expérimenté d’assez près en évoluant durant trois saisons dans un club allemand de troisième division, le TSV Reichenbach 05. Une excellente école en termes d’éducation footballistique, admet-il, mais le niveau global restait à ses yeux insatisfaisant, eu égard ses objectifs en tant que joueur. « Les Américains comme moi n'avaient pas de ligue légitime à jouer, alors nous n'avions qu'un seul choix et c'était celui d'arriver en Europe d'une façon ou d'une autre. Notre ligue MLS (Major League Soccer) n'a vu le jour qu’en 1996 ».

    Et c’est en regardant la télé, tranquillement assis sur son canapé dans la demeure familiale des Mulholland, à Tacoma, près de Seattle, que le jeune Dale alors à peine âgé de 21 ans, se met en tête de franchir le Rideau de fer avec ses crampons. Ce soir de 1986, l’un des invités du Tonight Show, célèbre programme américain de troisième partie de soirée présenté par Johnny Carson, est l’industriel américain Armand Hammer. Un capitaliste pour le moins atypique qui avait ses entrées au Kremlin comme à la Maison Blanche. Financier éminent de plusieurs campagnes présidentielles américaines pour le compte du Parti républicain, Hammer a également conduit de nombreuses activités commerciales en URSS. Lors de son passage dans l’émission, celui que l’on surnomme à Moscou le « camarade millionnaire », évoque la présence au Kremlin d’un homme nouveau, un modéré progressiste ouvert à la raison, en rupture avec la ligne dure qui prévalait en URSS depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cet homme, c’était Mikhaïl Gorbatchev. « Hammer a été le tout premier à mentionner en langue anglaise les mots ‘perestroïka’ et surtout ‘glasnost’ », explique Dale Mulholland.

    «Il n’y avait pas de rêve trop grand»

    L’homme d’affaires suggère que pour établir de meilleures relations entre les Etats-Unis et l’URSS, il faille s’en remettre aux gens ordinaires par le biais des arts et du sport. Développer par exemple plus de programmes d’échanges culturels entre les deux nations, pour mieux se connaître et comprendre que les deux peuples peuvent être amis, car explique-t-il au micro de Johnny Carson, « L’ennemi, ce sont les idéologies, pas les gens ». Selon l’industriel, il pourrait y avoir une animosité politique entre les pays, mais leurs habitants eux-mêmes ne devraient avoir aucun conflit. « Hammer était la preuve vivante de ce concept. Il n'avait pas d'ennemis en URSS et il n'avait pas non plus d'ennemis aux Etats-Unis. Armand Hammer était un homme bien-aimé », confie Mulholland au sujet de celui qui allait bouleverser sa carrière de footballeur. « Soudain, je me suis exclamé à moi-même, ‘un joueur de foot en URSS ?!’… Puis un flot de pensées m’a envahi, jusqu’à élargir l’idée défendue par Hammer en arrivant à la conclusion qu’il fallait mettre en place un échange de joueurs. Avant de réaliser que je pouvais en fait être l’un de ces joueurs ! Moi ? Oui, moi ! » se remémore-t-il avec enthousiasme, avant de poursuivre : « Je me suis dit que j’allais partir jouer en URSS, et pendant que j’y suis, j’allais faire sortir un joueur soviétique pour l’envoyer fouler les pelouses aux Etats-Unis ».

    L’absence à l’époque d’une ligue professionnelle de football aux Etats-Unis ne l’embarrasse guère. « Peu importe, nous trouverons une équipe quelque part. Et s’il le faut, nous allons construire un championnat autour de lui » songe-t-il ce jour-là depuis son canapé. « Il n’y avait pas de rêve trop grand. Tout était possible pour un gamin de 21 ans. Et dès le lendemain, j'ai soumis l’idée à un de mes copains, Grant Gibbs, lui aussi futur joueur professionnel en herbe. Il trouva l’idée merveilleuse. Et cette réponse était tout ce dont j'avais besoin. Car dans ma tête elle résonnait comme une confirmation ». Après un week-end tout occupé à contempler son projet, Mulholland décida dès le lundi matin de contacter Armand Hammer en personne. « Il fallait aller directement à la source de l’idée. Armand l’avait défendue devant des millions de téléspectateurs. J’étais certain qu’il serait enclin à la développer, tout au moins à fournir son assistance. Je me suis débrouillé pour dénicher sa ligne directe, ce qui n’était pas chose facile en ces temps avant l’arrivée d’internet ».

    Télex soviétique

    Au bout du fil, point d’Armand Hammer mais son secrétaire particulier. L’homme écoute avec courtoisie ce jeune homme exalté qui lui narre les tenants et les aboutissants de son idée lumineuse. Il en admet le bien-fondé, recommandant au passage de s’adresser aux instances sportives du gouvernement soviétique. « Avant de raccrocher, il me suggéra de joindre Goskomsport. Goskomsport ? Il fallait que je comprenne qui étaient ces gens et ce qu’ils faisaient. A l’époque, ce genre d’information ne pouvait pas s’obtenir en quelques clics sur un ordinateur ! Il fallait user de patience en passant différents coups de fil pour bien cerner qui est qui, qui fait quoi, et surtout qui prend les décisions finales, qui a le dernier mot. Sachant qu’en 1986 les liaisons téléphoniques entre les Etats-Unis et l’URSS étaient essentiellement dévolues aux canaux officiels, trouver la bonne personne à Moscou apparaissait comme un défi de taille. L’URSS était alors un mystère complet pour nous qui ne savions rien des gens ou de la culture ».

    Cramponné au combiné, Mulholland enchaîne les appels téléphoniques. Ses interlocuteurs ? A peu près quiconque était disposé à l’écouter ou avait été récemment en relation avec l’URSS. « J’ai appelé en premier le basketteur lituanien Arvydas Sabonis qui jouait à l’époque à Portland, dans l’Oregon. Son agent me conseilla de me tourner vers l’équipe de NBA des Atlanta Hawks qui revenait justement d’une tournée amicale en URSS, une première en ce temps-là. C’est donc ce que j’ai fait, et cela m’a permis de rencontrer un personnage-clé très bien informé sur les questions que je me posais, et qui allait devenir un allié fidèle dans mon entreprise ». Il s’agissait de Kim Bohuny, en charge à la NBA de tout ce qui concerne l’international. Séduite par l’enthousiasme de Mulholland, elle l’enjoint de rédiger son projet afin qu’elle le communique par télex à Vyacheslav Gavrilin, à la tête de Goskomsport (le comité d’Etat aux sports). « J’imagine aisément la scène : un télex soviétique qui trône sur un bureau et reste désespérément silencieux au fil des jours. Quand soudain, tap tap tap… tap tap tap, et me voilà, demandant à jouer dans un club en URSS, et également s’il serait possible, par hasard, d’envoyer un joueur soviétique aux Etats-Unis. Un genre d’otage en fait… » raconte Mulholland en partant dans un grand éclat de rire.

    Repéré par la CIA

    Gavrilin répondit que c’était-là une bonne idée, mais que le timing ne correspondait pas exactement. En dépit de toutes les volontés d’ouverture vers l’Ouest affichées par l’Union soviétique, personne à Moscou n’avait encore songé à recruter un joueur de football étranger, de surcroît de nationalité américaine. Mais la réponse du patron des sports en URSS ne fermait pas complètement la porte au rêve de Mulholland, en avançant le fait qu’il fallait un peu de temps pour examiner la proposition et la logistique impliquée dans un tel effort. « J’étais encouragé, c’est cela que j’avais besoin d’entendre. Cela aura lieu, pas aujourd’hui, mais un jour ou l’autre et je ne vais pas abandonner, cela finira par se produire. J’imaginais alors un Gavrilin songeur, se grattant la tête en se demandant si les Américains savaient vraiment jouer au foot… ».

    Rien que pour en arriver là, l’aspirant joueur des pelouses soviétiques aura passé un nombre incalculable de coups de téléphone, expédiant autant de courriers postaux ou par télex, pendant une année entière. A force de présenter son projet à une multitude de personnes dont de nombreux sénateurs et membres du Congrès, l’histoire arriva jusqu’aux oreilles du département d’Etat, qui dépêcha immédiatement une agente de la CIA sur le campus du collège où Mulholland poursuivait ses études. « Ils l’ont envoyée pour savoir ce que voulait ce ‘jeune communiste’, et comme je l’ai trouvée très séduisante, j’ai fini par me retrouver attablé avec elle dans un petit restaurant à Portland. A la fin du repas, en nous séparant, elle devait vraiment s’interroger sur mes intentions, avec l’idée que je pourrais peut-être leur être utile au moment opportun. Mais je ne prévoyais sûrement pas une telle chose. J'étais un joueur de football. Je n’avais pas d’autre objectif en tête. L'espionnage était pour les agents secrets. Cela ne m'intéressait pas, et je n'éprouvais aucune forme d’intérêt envers les idéologies nationalistes. Mon idéologie et ma religion étaient purement et simplement le ballon rond ».

    En attendant de voir ses espoirs se concrétiser, Mulholland poursuit sa carrière de joueur, sollicitant Kim Bohuny à intervalles réguliers afin qu’elle relance les dirigeants du foot soviétique. Ce n’est que deux ans plus tard, à l’occasion d’un tournoi de football organisé à Séoul, en Corée du Sud, en marge des Jeux olympiques d’été, que la chance finira par lui sourire. « Je résidais au village olympique, et par un beau matin, de retour de l’entraînement, je suis tombé nez à nez avec l’équipe nationale de Russie... »

    À suivre...

    ► Prochain épisode publié samedi 30 juin : [2/3] Dale Mulholland, première leçon de l'URSS

    Dale Mulholland à l'entraînement en URSS en 1989. Bill Pegram/Dale Mulholland

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