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    Sports

    [Série 3/3] «Prouve que tu as le niveau pour jouer avec nous»

    media Dale Mulholland en 1980 devant le bus du Lokomotiv Moscou, lors d'un déplacement. Archives personnels de Dale Mulholland

    Une formidable aventure humaine et sportive : à la fin des années 1980, un jeune footballeur américain est devenu le premier occidental à évoluer dans le championnat de foot soviétique. Suite et fin aujourd'hui de cet incroyable itinéraire.

    [Première partie] Dale Mulholland, un footballeur américain au pays des Soviets

    [Deuxième partie] Dale Mulholland, première leçon de l'URSS

    Mulholland se trouve à Moscou, conformément à son projet, mais il lui manque encore un ballon au pied.  Avec qui doit-il parler, à qui peut-il faire confiance, où peut-il s’entraîner pour se maintenir en forme ? Autant d’interrogations qui demeurent désespérément sans réponses. « Lokomotiv » : c’est l’unique mot qu’il a à la bouche quand il converse avec les officiels de Goskomsports. Et pour cause, c’est le seul club soviétique qu’il connaît. Ce qu’il ignore, c’est que le Lokomotiv est à l’époque un club en perte de vitesse, jouissant d’une faible popularité et relégué dans les bas-fonds du classement du championnat. De quoi provoquer l’étonnement de ses dirigeants face à ce jeune « americanitz » qui entend les rejoindre, malgré l’intérêt que lui manifestent une dizaine d’autres clubs soviétiques bien plus renommés.

    Désormais installé dans un hôtel moscovite, Mulholland se retrouve peu à peu confronté à une attente de moins en moins supportable, ponctuée par le défilé incessant de toutes sortes d’officiels soviétiques, curieux de le rencontrer et lui proposant de signer qui avec le Dynamo de Kiev, qui avec le Spartak Moscou ou le Zenit Leningrad (devenu le Zenit Saint-Pétersbourg après l’effondrement de l’URSS). Ne sachant à quel saint se vouer, lassé de tourner en rond au travers de ces rendez-vous, Mulholland se souvient alors de Stanislav Belyaev, rencontré deux ans plus tôt à Séoul. L’homme lui avait fait une forte impression, avec son style élégant et son anglais impeccable. Même si l’homme incarnait à ses yeux le parfait profil du kagébiste, Mulholland pense à lui comme son sauveur. « Je commençais à craindre de ne jamais fouler un terrain ni voir le moindre ballon. J’avais sa carte de visite sous les yeux, je n’étais même pas certain que son numéro fonctionne toujours. Sur un coup de tête, je décide de le joindre une nuit vers 2h30 du matin. Une belle voix me répond. Et il se souvient de moi ! Il me rassure et me redonne de l’espoir, me promettant de venir me voir le lendemain dès la première heure ».

    Test d'évaluation sous les flocons

    Mulholland lui confie son désir de jouer au Lokomotiv. « Ainsi était Stas. Tout devenait simple avec lui. Il a passé un ou deux coups de fil, et le soir-même j’étais dans l’appartement de Iouri Siomine, tout étonné de constater que j’avais réussi à venir à Moscou ». L’entraîneur du Lokomotiv, un brin amusé par l’énergumène, lui propose de se présenter à l’entraînement qui doit reprendre quelques jours plus tard. « Prouve que tu as le niveau pour jouer avec nous, et ensuite on passera à l’étape suivante », prévient Siomine. Le jour suivant, une réunion est organisée dans les bureaux de l’office soviétique des chemins de fer, alors propriétaire du club. Un test est prévu pour évaluer Mulholland.

    Le jour J, en dépit de conditions météorologiques désastreuses sous les flocons qui tombent dru, il réussit avec succès son test, à l’issue duquel il est engagé. « Stas m’a rédigé un contrat très bien fichu que j'ai d’ailleurs continué d’utiliser comme modèle jusqu’à la fin de ma carrière professionnelle. Stas est un homme brillant. Si jamais monsieur Poutine décide de prendre sa retraite, et veut que la Russie soit entre de bonnes mains et en toute sécurité, Beliyev est l'homme qu'il devrait nommer pour diriger la Russie. C'est mon meilleur conseil pour le président, s'il est intéressé ! » lâche malicieusement Mulholland.

    «Aleksandr était un défenseur et j'étais un attaquant mais qui s'en souciait?»

    Après plus de trois ans d’efforts, de doutes et de remises en question, Mulholland peut enfin éprouver la satisfaction de celui qui a atteint son objectif. A un détail près, car il reste à présent à envoyer un joueur soviétique aux Etats-Unis, en la personne d’Aleksandr Golovnya. Lui trouver un club sur le sol américain n’est pas un problème en soi : Golovnya ira remplacer Mulholland au sein de l’équipe des Orlando Lions. « Mon entraîneur en Floride, Gary Hindley, n'avait même pas besoin d’en savoir plus sur Golovnya. Il me connaissait et il connaissait mes standards. Si je disais que j'avais le spécimen parfait venant d’URSS pour jouer aux Etats-Unis, alors j'avais effectivement la personne adéquate ». Quelques dizaines de télex et autres communications plus tard, muni d’un visa américain H1 réservé aux talents sportifs, artistiques ou scientifiques, Golovnya s’envolait pour les Etats-Unis. Il y resta quatre ans, avant de s’établir en Californie. Trente ans après, le contact entre les deux hommes ne s’est jamais rompu. « Aleksandr était un défenseur et j'étais un attaquant mais qui s'en souciait ? Et quel soulagement c'était pour moi. Il pouvait jouer au football avec une technique et une habileté meilleures que la plupart des joueurs en Amérique à l'époque, étant un excellent passeur de ballon ».

    Très apprécié sur le terrain par ses coéquipiers pour la qualité de son jeu, le nouvel arrivant en terre soviétique se heurte à certaines incompréhensions avec les supporters. « J’étais fatigué de les entendre crier mon nom, chanter des trucs sur l’Amérique, j’en avais vraiment assez, je ne comprenais pas ». Résolu à signifier son agacement à ces supporters bruyants, Mulholland prend néanmoins la peine de soumettre ses ennuis au gardien du Lokomotiv, Khasanbi Bidzhiyev. « Il a commencé à rire et a pris pitié de mon ignorance » confie Mulholland, car les fans n’étaient absolument pas mécontents de lui. Bien au contraire, ils l’adoraient et exigeaient systématiquement de le voir jouer. Suite à ces explications, la méprise fut vite oubliée.

    Boîtes de caviar

    En jouant pour le Lokomotiv, Mulholland fut souvent amené à participer à des tournées organisées à l’étranger. Si l’objectif premier du club était de promouvoir le sport soviétique et la renommée de l’équipe, les joueurs trouvaient dans ces escapades hors des frontières un moyen très lucratif leur permettant d’arrondir les fins de mois. « Ils emportaient plein de petites boîtes de caviar. A peine arrivés à l’hôtel, ils désignaient l’un d’entre eux pour partir écumer les cuisines des meilleurs restaurants de la ville. Le vendeur revenait ensuite les poches pleines de billets ! Samovars, poupées russes et autres souvenirs, tout était bon à vendre. A chaque fois, je les aidais de mon mieux pour m’assurer que chacun d’entre eux puisse parvenir à ses fins ».

    Les joueurs ne risquaient aucun problème en quittant le pays chargés comme des mules, explique Mulholland qui avoue avoir pris beaucoup de plaisir dans ce petit commerce. « Les douaniers soviétiques ne pouvaient pas imaginer un seul instant que qui que ce soit puisse acheter ce genre de bibelots hors de l’URSS », précise-t-il. C’est au retour que les choses pouvaient éventuellement se compliquer. L’argent liquide leur permettait d’acheter à peu près tout ce qui n’était pas disponible à la vente chez eux. « En sortant de l’avion à l’aéroport de Moscou-Cheremetievo, les joueurs empilaient leurs emplettes sur mon chariot : téléviseurs, chaînes hi-fi, radios, etc. Je me rendais ensuite directement au bureau des douanes pour y faire ma déclaration de biens. Invariablement, il m’était demandé de remporter tous ces appareils avec moi quand je quitterai l’Union soviétique… Bien sûr, bien sûr ! ».

    Découvrir la culture russe

    Le natif de Tacoma dans l’Etat de Washington s’est assez rapidement adapté à la vie en URSS, profitant avec voracité de la vie culturelle, des théâtres aux musées en passant par l’opéra et les salles de concert : « Je n’allais pas rater cette formidable occasion de découvrir la culture russe, chose qui à l’époque n’était pas donnée à tout le monde ». Lassé de ces virées à la moindre occasion, le garde du corps que l’équipe lui a affecté, un vétéran de la guerre en Afghanistan, lui présente une ravissante jeune femme répondant au nom de Katya. Cette dernière, qui ne parle pas anglais, s’exprime cependant parfaitement en allemand, une langue qui n’est pas étrangère à Mulholland après ses trois années au TSV Reichenbach 05 dans le Bade-Wurtemberg.

    Une fois la première saison de Mulholland avec le Lokomotiv achevée, le club avait rejoint les meilleures équipes du championnat dans le classement général. Mais le vent était en train de tourner, avec de nombreux joueurs quittant la formation moscovite pour profiter de la nouvelle liberté que le pouvoir leur accordait, celle de partir jouer à l’étranger. Le coach Siomine lui-même fait ses valises, appelé à prendre en mains la sélection olympique de Nouvelle-Zélande. « C'est à ce moment-là que j'ai commencé à penser qu'il était temps de regarder ailleurs. Les indépendances successives des différentes républiques soviétiques ont eu tôt fait de réduire le championnat à une portion congrue. Les joueurs partaient tous les uns après les autres, tout était en désordre ». Moins d’un an plus tard, l’URSS se disloquait définitivement.

    Néanmoins, le départ de Moscou ne signifiait certainement pas pour Mulholland la fin de ses pérégrinations footballistiques. Après avoir assisté à l’effondrement de l’Union soviétique, son destin professionnel allait le mener dans une Yougoslavie au bord de la guerre, puis dans une Tchécoslovaquie en proie à la partition.

    En accomplissant l'incroyable objectif qu'il s'était fixé, d'aller user ses crampons sur les pelouses soviétiques, Dale Mulholland a démontré combien l'amour du ballon et du jeu était supérieur aux préjugés et autres rivalités géo-politiques. Une aventure personnelle, mais durablement inscrite dans l'Histoire du football.

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