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    Talent

    Francis Bebey: la Belle Epoque

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    Humaniste, journaliste, humoriste, musicien éclectique, cela fait dix années que Francis Bebey est parti jouer de la sanza et de la guitare à un public étoilé. Une occasion unique pour sortir la première anthologie de ce grand artiste camerounais dans un coffret de quatre cds.

    C’était le Brassens africain.

    RFI fait revivre les grands moments de la musique africaine à travers une anthologie des meilleurs titres de Francis Bebey.

    Humoriste de talent, explorateur des sons, Francis Bebey demeure 10 ans après sa mort une référence de la musique africaine. Guitare, sanza, sax, synthétiseur… il a expérimenté toutes sortes d’instruments pour ouvrir de nouvelles voies aux musiques traditionnelles africaines

    D' "Agatha" à "La condition masculine" en passant par "Si les Gaulois avaient su" ou "Je vous aime zaime, zaime", retrouvez les plus grands succès comme les œuvres rares de cet humaniste et humoriste de talent dans un coffret de 4 cdsaccompagné d'un livret richement illustré.

    Francis Bebey, La Belle Epoque, une coédition RFI/Celluloïd distribuée par Rue Stendhal
    Prix de vente public: 23 euros

    Francis Bebey (1929-2001)
    Itinéraire d’un explorateur

    Il pleut probablement sur Douala en ce 15 juillet 1929, lorsque Francis Bebey vient au monde. La ville est habituée à ces pluies diluviennes, parfaitement de saison, qui peuvent durer des jours et des nuits sans discontinuer. Dans le quartier populaire d’Akwa, les enfants jouent à courir nus sous les gouttes, les adultes vaquent à leurs occupations… Cet environnement sonore est le premier que perçoit le petit Francis. Devenu adulte, il confiera avoir été, dès le plus jeune âge, sensible aux sons qui l’entourent : l’écoulement de l’eau et le tintement des gouttes de pluies sur les toits en tôle ondulée les cantiques de Bach ou de Haendel interprétés par la chorale des paroissiens de son père pasteur, les instruments traditionnels des musiciens camerounais, dont les colons blancs disaient qu’ils ne faisaient pas de la “grande” musique et qu’il ne fallait pas les écouter. Très vite, il ajoute ses propres contributions à ces sonorités : de la flûte d’un jour, faite d’un pétiole de feuille de papayer, jusqu’à la guitare que lui place entre les mains son frère aîné. La passion est forte : lui qui n’aime pas l’école et qui répugne à apprendre à lire et écrire, va se plonger dans les arpèges et les harmonies. Il apprend le solfège en autodidacte.
    La musique n’est pas son seul don. Bien qu’assidu à l’école buissonnière, comme il le racontera plus tard malicieusement à ses enfants, il obtient des résultats brillants en classe, et décroche une bourse qui va le propulser hors du Cameroun, lui permettant d’échapper à la misère quotidienne de son quartier natal. La ville de La Rochelle est sa porte d’entrée dans le vaste monde. Il y passe son baccalauréat, découvre la littérature française et perfectionne son anglais en écoutant du jazz. Puis il s’inscrit à l’université de la Sorbonne. Ce jeune homme porté sur la littérature et la science, est aussi très intéressé par les voyages. Il s’envole un été pour New York où il goûte à un fruit merveilleux qui marie plusieurs de ses passions : la radiodiffusion. Le journalisme va devenir son premier métier. Il entre au studio-école de la SORAFOM (Société de radiodiffusion de la France d’Outre-mer) à Maisons-Laffitte, l’ancêtre de RFI. C’est une époque d’espoir et de grande exaltation. L’Afrique commence à croire à son indépendance. Francis Bebey ne veut pas rester à l’écart de l’histoire. En 1959, après deux ans de formation, séduit par les idées du président du Ghana Kwame Nkrumah, il part travailler à la mise en place de la radio nationale du premier pays indépendant d’Afrique. Dix mois, plus tard, déçu par les atteintes à la liberté de penser du régime ghanéen, il retourne en France et travaille comme Grand reporter pour l’OCORA (Office de coopération radiophonique). Il se voit ensuite proposé un poste à l’UNESCO, au département de l’information. Il y restera de 1961 à 1974.
    Parallèlement à ce parcours, Francis Bebey ne cesse de jouer de la musique. Étudiant, il se produit dans des orchestres pour arrondir ses fins de mois. Jeunes journaliste à Accra, il se met à écrire ses premières partitions pour guitare. Un peu plus tard, son travail de haut fonctionnaire ne l’empêche pas d’enregistrer ses premiers disques et de donner ses premiers récitals. Sa carrière démarre. Il rencontre un certain succès. Pendant ce temps, ses responsabilités s’accroissent à l’UNESCO où il est promu “Directeur de la musique” pour l’ensemble du monde. Il finit par donner la priorité à sa passion pour la création, et démissionne.
    Nous sommes en 1974, Francis Bebey annonce à sa famille : « Je suis un saltimbanque. Nous risquons fort de manger de la vache enragée, mais nous allons sans doute bien nous amuser. » Il a 45 ans, cinq enfants en bas âge et une épouse au foyer. Qu’importe ! Il s’improvise producteur et crée son propre label musical – les « disques Francis Bebey », puis « Ozileka records » – dans le but de promouvoir des artistes africains. Les Camerounais Rachel Tchoungui ou Willy Le Paape, les Ivoiriens Prosper Nkoury, Anatole Dali, Telie Gogo et plusieurs autres musiciens enregistrent dans son home studio et connaissent, grâce à lui, une notoriété plus ou moins grande. Mais si les chansons font les grandes heures des boîtes de nuit et des radios, les droits d’auteur remontent peu d’Afrique, tandis qu’en Europe, l’heure n’est pas encore aux “musiques du monde”. Dans ces conditions, la gestion d’un label n’est pas une chose facile. Francis Bebey met la clé sous la porte pour se consacrer, plus que jamais, à ses propres créations. Chez lui, les artistes et créateurs continuent à défiler : musiciens, écrivains, peintres, photographes, danseurs qui le marqueront ou que lui marquera, tels que Manu Dibango, Geoffrey Oryema, Bonga, Miriam Makeba… mais aussi aussi Mongo Béti, Tierno Monémembo, Elsa Wolliaston, Roger Caillois, J-M-G Le Clézio etc.
    Son talent est multiforme et s’affranchit des genres ou des catégories. Quand un instrument l’intéresse, il s’y attelle en autodidacte et se l’approprie. Dans les années 1960 et 1970, il se produit en guitariste soliste, capable de jouer le répertoire classique occidental (J-S Bach, H. Villa-Lobos) comme de créer ses propres compositions de “guitare classique africaine. Les critiques américains le qualifient “d’Ambassadeur africain de la guitare” tandis que les Sud-Américains le reconnaissent comme un grand guitariste, conviant Señor Bebey à rejoindre, à Caracas (Venezuela), le jury du très réputé “Concours international Alirio Diaz”.
    Dès l’apparition des premiers synthétiseurs il compose, dans les années 1970, de la musique électronique.Le saxophone le conduira à réaliser des bandes originales de film comme celle de « Yaaba » d’Idrissa Ouedraogo (1989) ou de « Sonate en bien majeur » (1974), un moyen-métrage de fiction qu’il décide de scénariser et tourner avec ses enfants et ses amis.
    L’écriture procède, chez lui, de la même démarche éclectique. Il se donne la liberté d’être essayiste, romancier, poète ou conteur. Son plaisir d’écrire, explique-t-il, est lié au rythme de la machine à écrire, et à son clavier qui rappelle celui du piano. Le lien avec la musique n’est jamais loin. Son roman « Le fils d’Agatha Moudio » (1967, CLE), devient la fameuse chanson « Agatha », qui le rend célèbre comme chanteur humoristique en Afrique et dans le monde francophone.
    Francis Bebey va exploiter cette veine humoristique dont l’intérêt est aussi d’interroger les évolutions sociales et politiques du continent. Ainsi « La Condition masculine » (1976) fait écho à la création d’un ministère de la condition féminine dans la France giscardienne. « Hannibal, Oyé ! » est une caricature à peine voilée du dictateur ougandais Idi Amin Dada. « Je pars, Maria » évoque les tirailleurs sénégalais, “engagés volontaires” dans les guerres européennes…
    Parallèlement aux productions en langue française, Francis Bebey a toujours composé des chansons dans sa langue maternelle, privilégiant la musicalité de la langue douala et la polysémie des mots en fonction de leur accentuation. On ne compte que très peu de compositeurs à avoir réussi à rendre, avec autant de finesse, la subtilité des sonorités douala. Comme son contemporain et ami Eboa Lotin, Francis Bebey est considéré comme un Brassens africain. Contrairement aux chansons d’humour, toutes écrites en français, les chansons en douala expriment la poésie de la vie quotidienne, la magie des paysages, mais aussi les inquiétudes ou les espoirs soulevés par les indépendances africaines. Il s’agit également d’une forme d’engagement pour la préservation des racines culturelles mises à mal par la colonisation, et contre la pensée unique post-coloniale d’une nation en quête d’identité. Cette œuvre originale est sans doute celle qui demeure la plus chère au cœur des Camerounais qui, jusqu’à aujourd’hui, fredonnent « Idiba » (1970), « Kinshasa » (1972) ou encore « Douala o mulema » (1977) avec nostalgie.
    Enfin, l’un des axes majeurs du travail de Francis Bebey consiste à revisiter et mettre en valeur le patrimoine africain. Ebloui par la diversité et la richesse de ce dernier, il fait paraître en 1969 un essai théorique – devenu une référence pour les ethnomusicologues –, « Musique de l’Afrique » . Cette démarche a aussi pour effet d’enrichir son œuvre musicale. Dans les années 1980 et 1990, l’artiste développe sa pratique de la sanza (petit piano à pouces africain) qui devient son instrument emblématique. Il effectue également un important travail vocal autour de la flûte n’dehou, s’inspirant des polyphonies pygmées.

    Ce besoin de valoriser ses racines est symbolique de l’ensemble de l’itinéraire de Francis Bebey. Un itinéraire qui le mènera du Cameroun à la France, puis sur les scènes les plus prestigieuses du monde, du cinéma Abbia de Yaoundé au fameux Carnegie Hall de New York. L’itinéraire singulier d’un Africain libre de ses choix, avant-gardiste dans sa façon d’aborder l’art, et pionnier, avant l’heure, de ce que l’on appelle aujourd’hui la “World music”.

    Kidi Bebey – Olivier Rogez (RFI)

     

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