La ligne éditoriale est l'ensemble des grands choix de traitement de l'actualité. Elle n'est pas un catalogue de prises de positions politiques. Elle ne fait que refléter l'intérêt porté à telle ou telle question sur laquelle on mettra l'accent.
Elle hiérarchise les rubriques les unes par rapport aux autres : par exemple, faut-il privilégier le sport par rapport à la culture, les faits divers par rapport à l'information internationale, la politique par rapport aux problèmes de société.
Elle hiérarchise l'importance donnée à tel ou tel sujet : par exemple, toutes les activités du président de la République doivent-elles faire l'objet d'une couverture systématique, et constituer une partie importante des principaux journaux ou, au contraire, faut-il ne retenir que ses prises de position ou activités essentielles compte tenu de l'actualité du pays ? Si c'est cette dernière option qui est retenue (cas le plus fréquent dans les pays européens), quels sont les critères du choix ? Comment s'opère le débat interne à la rédaction ? Rôle de la conférence de rédaction : véritable instance de débat ou chambre d'enregistrement des décisions de la rédaction en chef ?
Elle hiérarchise la place des sujets dans les journaux d'information : exemple, faut-il ouvrir les journaux sur le fait du jour le plus important aux yeux de la rédaction (quel que soit le domaine : politique, fait divers, événement culturel ou sportif, économie, science, etc.) ou bien privilégier les questions institutionnelles, les activités du Premier ministre et du gouvernement ?
Elle définit les choix de traitement : privilégier le reportage ou les déclarations ? les invités en direct ou le travail d'un correspondant ?
Elle définit le point d'équilibre entre le traitement des faits, leur analyse, voire leur commentaire, bref entre information et opinion.
Elle s'appuie sur la place donnée aux différents genres de l'information : quels types d'interviews et de personnalités invitées ? Quelle place pour des débats contradictoires ? Pour une revue de presse qui cite les organes d'opposition ? Faut-il créer un éditorial (ponctuel ou régulier) exprimant le point de vue de la station ? des chroniques ?
La ligne éditoriale ne fait que rarement l'objet d'un document écrit : il faudrait en effet changer le document en fonction des choix de traitement des événements. Il ne s'agit donc pas en général de choix explicites mais de choix implicites souvent subjectifs et qui sont susceptibles de changer en fonction de la situation. Elle s'applique et se décline au jour le jour. Elle repose éminemment sur des individus, leur professionnalisme, leur rigueur, leur honnêteté intellectuelle.
La ligne éditoriale varie selon les publics et selon les médias. Dans un média de service public, la ligne éditoriale se doit d'être consensuelle mais aussi de respecter les différentes sensibilités de la population.
Concrètement, la ligne éditoriale ne dépend pas du directeur général de la radio, de son président, ni a fortiori de son autorité de tutelle. Elle est du ressort exclusif du directeur de l'information ou du rédacteur en chef qui doit être un journaliste expérimenté. La ligne éditoriale est en effet une affaire de journaliste. Elle se doit d'être assumée.
Dans une radio qui se veut crédible, la ligne éditoriale devra d'abord être débattue en interne car ce débat pourra refléter les diverses sensibilités de l'auditoire potentiel de la station. La présence d'un médiateur dans la station peut aider au respect de la ligne éditoriale. De même, le fait de se doter d'une charte des journalistes est utile pour bien marquer leur indépendance. Ce document pourra définir les grandes lignes de ses choix rédactionnels : pluralisme des sources, distinction claire entre les faits, leur analyse et le commentaire, etc. Ce document pourra en effet servir de référence opposable en cas de pression.