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La radio de service public

La radio de service public

I/  Statut et financement

Le passage d'une radio d'Etat à une radio de service public n'est pas seulement un changement de statut juridique, c'est un changement dans les missions, les contenus et les fonctionnements.

Dans une radio d'Etat, tout est simple. La radio n'a qu'un seul patron : l'Etat. C'est à dire qu'elle est responsable devant son autorité de tutelle (ministère, comité ad hoc). Dans un service public tout se complique. On ne sait plus très bien qui est le vrai patron et à qui on doit rendre des comptes.

Le principe "qui paie dirige", qui est de règle dans une entreprise privée, ne s'applique pas (ou en tout cas pas de la même manière). Fondamentalement, le patron, c'est le public. Car un service public c'est d'abord un service au public..., pour lequel le public paie

 La radio est principalement financée par de l'argent public, que ce soit sur le budget général du gouvernement ou par des prélèvements spéciaux (chez nous en France, il existe une redevance audiovisuelle).

Pour ce qui concerne ses financements et ses dépenses, la radio de service public est responsable devant les représentants légitimes du public, à savoir ses représentants élus : la représentation nationale. Le budget, son utilisation et son affectation passent en général devant le parlement et ses commissions spécialisées.

La radio de service public peut également recourir à des ressources financières privées, sous forme de publicité ou de parrainage (sponsoring) d'émissions. Les publicités sont souvent institutionnelles, émises par des institutions publiques, des collectivités locales ou des groupements d'intérêts. Elles peuvent également concerner des partenaires privés à condition qu'ils soient honorablement connus. Il n'est pas question pour la radio publique d'accepter une publicité d'une société peu recommandable ou pour des produits nocifs, "folkloriques". Pas question par exemple de faire de la publicité pour le tabac ou l'alcool.   

Mais ces financements privés ne peuvent venir qu'en appoint, en complément (pour 10 à 20 % des recettes). En aucun cas, ils ne doivent constituer plus de 50 % du budget. Pour 2 raisons : cela serait une concurrence déloyale pour les radios privées ; cela changerait la nature même des programmes.

Une radio de service public n'a pas à être "rentable". Sa mission n'est pas de rapporter de l'argent, et il n'est pas question de faire la course à la publicité. Si on ne doit pas parler de rentabilité, en revanche, il faut parler d'efficacité. Mais pour une radio de service public, l'efficacité se mesure selon deux critères : en terme d'audience (atteindre le plus large public possible) ; en terme de qualité des programmes.  

II/ Contenu des programmes

Aux notions de rentabilité économique ou de rentabilité politique, le service public substitue celle de rentabilité socioculturelle, pour être un outil au service de la société civile. Une radio de service public n'est donc pas au service d'intérêts particuliers ou partisans, mais de l'intérêt général. Elle ne peut donc pas viser un public particulier, mais le grand public en général, pris dans toutes ses composantes d'âge, de sexe, d'appartenance politique, philosophique ou religieuse, d'origine sociale ou ethnique et de pratique linguistique.

Cela impose de redoutables contraintes que n'a pas le secteur privé.

La première contrainte est géographique. Le service public doit couvrir l'ensemble du territoire. Tous les contribuables étant égaux en devoirs, ils doivent l'être également en droits. Et le premier de ces droits, concernant la radio, est de pouvoir l'écouter où que l'on habite.

La deuxième contrainte est de s'adresser aux auditeurs dans leur langue. Lorsque le pays compte des minorités nationales, il est important de ne pas les oublier.

La troisième contrainte est de satisfaire des publics très différents, ayant donc des intérêts des attentes et des besoins extrêmement variés. Cela peut passer par des chaînes spécialisées : pour les jeunes, pour les seniors, pour les amateurs de musique classique, pour les amateurs de musique de variété, pour les amoureux de la culture, pour les auditeurs de l'étranger ou de langue minoritaire. Mais dans tous les cas, la radio de service public doit comporter une grande chaîne généraliste qui est en quelque sorte sa vitrine. En effet, les chaînes thématiques  accentuent la séparation au lieu de rapprocher.  La chaîne généraliste ou chaîne de partage au contraire soulignera ce que les auditeurs peuvent avoir en commun.

La quatrième contrainte est de former ou de recruter des professionnels de qualité. Ces derniers peuvent être attirés par le secteur privé dont les salaires sont plus importants. C'est pourquoi le service public doit faire valoir d'autres atouts pour les retenir : notoriété, image, créativité hors de toute contrainte mercantile, liberté d'expression. 

Le service public considère ses auditeurs comme des citoyens et pas comme de simples consommateurs. Sa mission est d'entretenir le lien social, de rassembler et pas de diviser, d'éduquer et pas seulement de distraire. Le contenu de ses programmes est d'orientation démocratique et culturel. Le contenu de l'information est pluraliste.

L'addition de ces contraintes crée de redoutables défis :

  • Satisfaire tous les publics sans déplaire à aucun ;
  • Faire de l'audience avec des sujets sérieux ;
  • Segmenter son offre de programmes tout en rassemblant ;
  • Etre efficace et organisé comme une entreprise privée, sans avoir d'objectif     commercial. 
III/  Le défi de l'indépendance éditoriale 

Dans un monde global, la radio (et la télévision) de service public joue un rôle de ciment culturel et social. Elle doit refléter aussi honnêtement et complètement que possible la réalité du monde et du pays qu’elle dessert. D’où l’importance d’une information pluraliste, dégagée de toute influence partisane. Elle doit également apporter du sens, expliquer, décoder. Sa légitimité (après tout la radio de service public est perçue comme un droit par le citoyen) l’oblige à être la garante de la diversité des goûts, des opinions, des modes de vie. Elle constitue un outil médiatique au service de l’échange d’idées, de l’enrichissement de la pensée, donc un vecteur d’influence et une courroie de transmission des valeurs culturelles et démocratiques. Elle constitue par conséquent un moyen de façonner l’opinion. Mais ce moyen ne doit pas être mis au  service d’un pouvoir, quelle que soit sa nature. Une chaîne de service public doit être la chaîne du partage, de la diversité et représentative d’une certaine conception de la société basée sur le respect de la liberté d’expression.

Pour ce faire, le service public dispose de nombreux atouts : la situation de monopole qui a été généralement la sienne lui offre l’avantage de disposer d’infrastructures, de personnels, de fréquences et d’une culture audiovisuelle lui permettant de réaliser  des programmes de qualité.

Mais il a également des handicaps de taille : une image souvent déplorable dans l'opinion (datant de l'époque du monopole d'Etat) ; de maigres ressources ; des équipements souvent obsolètes ; des personnels parfois démotivés ; des lourdeurs de fonctionnement.    

Le principal défi pour la radio de service public consiste à s'émanciper de la tutelle étatique à couper le cordon ombilical avec le pouvoir. Cela ne peut pas se faire du jour au lendemain. Mais il s'agit, petit à petit d'élargir ses marges d'autonomie jusqu'à gagner son indépendance éditoriale. C'est une question de crédibilité. Même dans les pays démocratiques, la tendance chez les politiques reste forte de peser sur les messages et activités des chaînes publiques. A fortiori dans les pays à régime en transition.

De ce point de vue, le secteur le plus crucial est celui de l'information : c'est le point clé.

La question de l'indépendance éditoriale de l'information est particulièrement sensible sur les sujets où les enjeux sont les plus puissants :

- conflits régionaux ;
- justice-police, notamment tout ce qui touche à la corruption ;
- campagnes électorales.

C'est notamment pendant les campagnes électorales que le service public se doit d'être exemplaire par une couverture équitable et pluraliste. Pour ce faire, il est indispensable que les responsables éditoriaux se dotent de principes déontologiques et d'un savoir-faire à toute épreuve dans la gestion des pressions.






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