Telephone/Phubbing - 
Article publié le : lundi 02 septembre 2013 à 17:19 - Dernière modification le : jeudi 05 septembre 2013 à 11:49

Ne soyez pas snob avec votre téléphone!

« Raccrochez, c'est une erreur ! », un film de 1948. La phubbing n'existait pas encore...
« Raccrochez, c'est une erreur ! », un film de 1948. La phubbing n'existait pas encore...
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Par Thomas Bourdeau

Une vidéo artistique met en avant les dérives en matière de comportements asociaux qu’engendre le téléphone portable. Des comportements qui semblent néfastes à la vie en société pour certains analystes qui ont même lancé un mouvement pour lutter contre. D’autre vantent les mérites de cette meilleure connexion entre chacun. Les nouveautés à venir ne feront qu’accentuer le phénomène. Inquiétant ou réjouissant ?

Un court-métrage fait le buzz, avec plus de 17 millions de vues sur YouTube depuis quelques jours. Sur cette vidéo d’à peine plus de 2 minutes intitulée I forgot my phone (J’ai oublié mon téléphone) est mise en scène une jeune femme, sans téléphone portable, engluée, lors de différentes scènes de la vie quotidienne, dans les comportements addictifs, grossiers, ridicules -c’est selon- des utilisateurs de téléphone qui l’entourent. Une jolie dystopie révélatrice ? Dystopie c’est une contre-utopie (une utopie qui vire au cauchemar). 1984 de George Orwell était un roman dystopique qui décrivait un univers semblant merveilleusement connecté, mais qui se révèlait aussi merveilleusement effrayant... De même pour nous ? Vraiment ?

« Accuser le portable serait de la flemme intellectuelle »

Nathan Jurgenson, sociologue et théoricien des médias sociaux, a de suite décelé un problème dans cette vidéo particulièrement culpabilisante. Car selon lui, sans nier l’évidence des soucis qu’elles peuvent créer, les nouvelles technologies permettent tout de même aux gens de mieux dialoguer. Contrairement à la télévision ou la voiture qui représentaient selon lui des technologies amplifiant la solitude. Même son de cloche chez Michael Stora sur son blog : « Accuser le portable serait de la flemme intellectuelle. N’en faisons pas un fétiche. La question qu’il faut se poser est : à qui la faute ? » Ok, il va falloir apprendre à remettre en question nos habitudes, c’est certain.

« L’humain sombre dans l’absurde antisocial. Réagissons ! »

A cet effet un nouveau terme et un nouveau combat sont apparus pour décrire ses nouveaux comportements asociaux : le phubbing. Il s’agit de la contraction de phone et de snubbing, l’équivalent du français snober. On phubbe quelqu’un lorsqu’on interagit avec un écran mobile en sa présence. Et sur le site internet l’homme simple on ne plaisante plus avec le phubbing : « Les nouvelles technologies sont apparues à l’homme sans notice sur le comportement. Pour s’être converti à la communication mobile sans s’interroger sur sa manière d’en user en groupe, l’humain sombre dans l’absurde antisocial. Réagissons ! » Ils ont pris le relai du mouvement impulsé par un Australien Alex Haigh qui sur le site stopphubbing explique « Le phubbing a été déclaré par les conseillers en étiquette comme la fin de la civilisation. » Ouch ! Really ?!

Une signalétique pour mettre en garde contre les potentiels Phubbers
@stopphubbing.com

 
Aller sur Candy Crush, à la recherche de récompenses
 
Car paradoxalement les fameux réseaux sociaux pourraient rendre asocial. Et d’ailleurs à quoi bon ? On apprenait ainsi, en surveillant sa Timeline Twitter pendant les vacances (oui, oui, oui… #phubbing) que selon deux études anglaise et américaine le réseau social Facebook rendait malheureux. Conclusion sans équivoque de l’étude américaine : « En surface, Facebook donne les moyens de remplir le besoin naturel de développer des liens sociaux. Mais en réalité, plutôt que d’améliorer le bien-être, cela le dégrade. » D’une autre façon, Michael Stora explique : « Les nouvelles technologies ne viennent que révéler et amplifier un phénomène narcissique. » Ha ? Pour lui : « Un employé pour qui le patron a peu d’estime ira sur Candy Crush, à la recherche de récompenses de façon compulsive. » Candy Crush -véritable succès sur le web- est devenu un vrai défouloir social, narcissique, voire antisocial.
 
Bizarrement, sous prétexte de progès technologique, on régresse socialement parfois (mais est-ce si mal ?). C’est le leitmotiv de la vidéo I forgot my phone qui décrit cette nouvelle société du spectacle de la connexion permanente. On pourrait presque imaginer certains dialogues dans les prochains mois : « Tu as vu mes Google Glass ? Non, attends, je finis le niveau 135 de Candy Crush. » Parce qu’au désigné coupable téléphone portable, on pourra prochainement ajouter les objets connectés qui nous entourent maintenant : les prochaines Google Glass, la montre Galaxy de chez Samsung ou l'iWatch d'Apple, les notifications Facebook incessantes qui font vibrer l’iPhone, mais aussi le bracelet Jawbone et tous les produits dérivés du quantifiedself…  Des phénomènes qui vous feront perdre de vue vos relations sociales IRL ( In Real Life ), dans la vraie vie quoi ! De quoi se jeter sur un casque anti-bruit Bose pour ne plus rien entendre autour de soi. Et de songer à Sacha Guitry qui, dit-on, n’avait pas de téléphone car il détestait « être sifflé comme un domestique. » Sommes-nous les laquais de la technologie ?

 

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