Science - 
Article publié le : samedi 05 octobre 2013 à 19:37 - Dernière modification le : samedi 05 octobre 2013 à 23:01

Les fausses informations de revues scientifiques en libre accès

Le sujet du papier frauduleux, une étude sur une nouvelle molécule anticancéreuse extraite d’un lichen (photo: cellule cancéreuse).
Le sujet du papier frauduleux, une étude sur une nouvelle molécule anticancéreuse extraite d’un lichen (photo: cellule cancéreuse).
Flickr/Pulmonary Pathology

Par Anne Bernas

Peut-on s’ériger scientifique à son gré ? A en croire un article de la revue Science, oui. Il suffirait de payer pour qu’un grand nombre de revues scientifiques gratuites publient les articles les plus farfelus sans vérification aucune. Une révélation qui fait beaucoup de bruit dans le monde des chercheurs où les dérives dues à la multiplication des publications en accès libres semblent ne pas être des exceptions.

Si l’histoire que révèle Science, dans son édition du 4 octobre, est des plus rocambolesques, l’enquête est très sérieuse. Le journaliste John Bohannon, de la célèbre revue scientifique américaine, s’est attelé durant dix mois à soumettre l’un de ses articles à des revues scientifiques en libre accès sur internet. Le sujet de son papier : une étude sur une nouvelle molécule anticancéreuse extraite d’un lichen. Le journaliste a pris soin de changer à chaque fois le nom du lichen, de la molécule ou de la cellule cancéreuse car un chercheur ne peut publier le même article dans plusieurs revues.

Une « étude » qui a séduit plus de la moitié des 304 revues gratuites contactées par le journaliste. Sauf que notre scientifique avait délibérément truffé son article de grossières erreurs. Des fraudes volontaires qui sont passées inaperçues. De fausses informations détectables, selon Science, par tout individu ayant des connaissances scientifiques de niveau baccalauréat seulement !

Un canular qui bouleverse le monde des publications gratuites – open access -, censées disposer d’un comité scientifique qui relit et valide les propositions de sujets avant toute publication. Pourtant, Journal of Natural Pharmaceuticals a bel et bien failli publier l’étude d’Ocorrafoo Cobange – le faux nom qu’a utilisé John Bohannon - chercheur en pharmacie à l’Institut Wassee de médecine à Asmara en Erythrée, un institut qui n’existe pas non plus. Seulement 36 revues qui ont accepté de publier l’étude, sur 157 en open access, ont pointé du doigt des erreurs scientifiques et demandé au chercheur de les modifier. Sans avoir touché au fond de son article, Ocorrafoo Cobange a cependant eu l’accord de publication par 16 de ces revues sur les 36 !

Localisation des revues ayant accepté des articles frauduleux et pays du paiement.
Science Magazine

Des nouveaux journaux scientifiques peu scrupuleux qui pullulent sur la Toile

Les chercheurs en herbe issus de laboratoires fictifs qui écrivent des articles bourrés de fautes, sur le fond comme sur la forme, qui se contredisent via des graphiques rocambolesques – sachant qu’un graphique est supposé résumer l’article -, pourraient ainsi alimenter de plus en plus les journaux libres d’accès. Des journaux qui pullulent au rythme d’environ un millier chaque année depuis l’explosion de la bulle internet dans les années 2000. Aujourd’hui, ils seraient près de 10 000, selon le Directory of Open Access Journals !

Une gratuité d’accès – puisque ce sont les auteurs qui paient pour être publiés - qui pourrait coûter cher aux vrais chercheurs qui, en revanche, se réjouissent de pouvoir accéder plus facilement à l'information.

Ce que la revue Science met également en évidence, c’est la décision du monde scientifique, soutenu par la Commission européenne il y a une dizaine d’années, de rendre gratuit et public sur la Toile les recherches, et cela dans le but d’informer le maximum de personnes et de s’exposer plus à ses pairs. « Ce libre accès est une bouffée d’air pour certains chercheurs, certaines universités aux budgets serrés qui ne peuvent plus avoir accès à certaines revues scientifiques du fait de leurs coûts exorbitants », explique Sandrine Laurand, docteur en écologie marine et ingénieur d’études au CNRS-IUEM ( Institut universitaire européen de la mer ) à Brest. « Parfois, poursuit-elle, un institut doit débourser jusqu'à plusieurs milliers d’euros par an pour s’abonner à un seul journal scientifique ».

Cette ouverture à la gratuité est donc un pas positif pour les chercheurs qui savent de toute façon où se trouve la crédibilité d’une étude. La qualité et le sérieux d’une revue est aussi liée à son impact factor, une « grille de crédibilité » en quelque sorte. Différents paramètres – nombre de citations de l’article, ancienneté, etc. - permettent aux scientifiques d’accorder ou non de la confiance en l’étude. En la matière, les revues Science et Nature dominent largement le classement.

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