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    «Fushat Amal» : la plateforme numérique dédiée aux disparus du Liban

    media Capture d'écran de fushatamal.org, la plateforme numérique dédiée aux disparus «des» guerres du Liban. © Fushat Amal

    Associations et ONG ont lancé cette semaine avec le soutien de la Croix-Rouge, une plateforme numérique dédiée aux disparus « des » guerres du Liban. Un site web interactif qui propose de recueillir et de mettre en ligne les histoires de plus de dix-sept mille personnes disparues durant les guerres qui ont déchiré le Liban, et dont les familles sont sans nouvelles depuis des décennies. Le but est de donner un visage, un nom et une vie à ces victimes inconnues.

    La guerre civile qui a déchiré le Liban entre 1975 et 1990 est terminée depuis 25 ans. Mais toutes les plaies qu’elle a provoquées ne se sont pas encore refermées. La plus douloureuse de toutes est la tragédie des personnes disparues. Le projet de la plateforme numérique dédiée aux disparus de ce conflit au Liban s’appelle « Fushat Amal », et signifie « Espace d’espoir ». Le slogan affiché sur la page d’accueil est éloquent : « Aux milliers de disparus dont le sort demeure inconnu. Nous ne permettrons pas que votre histoire s’arrête là ».

    Il a fallu deux ans de préparation aux dix-sept associations, aux organisations non gouvernementales et au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) avant de lancer ce site. Un travail de fourmi, basé sur des interviews avec des familles de disparus, pour recueillir, recouper et vérifier les informations. « Espace d’espoir » sera alimenté progressivement, avec l’aide de 40 volontaires. On peut déjà y découvrir 80 histoires. Chacun peut partager l'histoire d'une personne disparue, qui sera mise en ligne après validation du récit par la famille. Toutes les histoires commencent par une photo, lorsqu’elle est disponible, un court portrait de la victime et quelques lignes sur les circonstances de sa disparition.

    Au-delà du travail de mémoire, cette initiative a pour but aussi de proposer des idées concrètes pour faire avancer ce dossier. Ce projet vise à créer une base de données publique sur les personnes disparues, pour relancer le débat sur cette question dans le pays. L’objectif est de faire pression sur le gouvernement pour le contraindre à rouvrir ce dossier et dire la vérité aux familles.

    L’initiative concerne toute personne disparue au Liban depuis 1975, quelles que soient sa religion, sa nationalité, ou son affiliation politique. Il y a une forte majorité de Libanais, mais aussi beaucoup de Palestiniens, de Syriens, par exemple. Il y a aussi cet Egyptien, Hamadé Sayyed Ahmad, un étudiant qui a disparu au barrage d’une milice, en 1986, alors qu’il rentrait de voyage. Son frère a caché sa disparition à ses parents pendant sept ans, et lorsque sa mère l’a finalement appris, elle en serait morte.

    Les histoires sont poignantes: comme celle d’Itidal Awad, cette mère de six enfants, disparue en 1982 à l’âge de 34 ans. Elle se rendait à Beyrouth pour essayer de retrouver son mari et l’un de ses fils, enlevés par une milice. Personne ne l’a plus jamais revue. Ou encore le récit de ce jeune soldat libanais, Jihad Eid, enlevé lors de l’entrée de l’armée syrienne dans les régions chrétienne en 1990.

    Les ONG et le CICR souhaitent la création d’une banque d’ADN, qui devrait permettre d’identifier des restes humains découverts ces trente dernières années. Sur le plan législatif, la société civile exige la promulgation d’une loi autorisant la formation de la Commission nationale indépendante pour les victimes de disparitions forcées.

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