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    Technologies

    Algérie, Irak, Inde: Internet au piquet durant les examens

    media Les internautes irakiens n'ont pu accéder à la Toile, à plusieurs reprises au mois de mai. Le gouvernement en avait bloqué l'accès pour éviter les fraudes aux examens. AFP PHOTO/AHMAD AL-RUBAYE

    Ce jeudi, les Algériens présents sur les réseaux sociaux devaient doucement émerger d'une torpeur numérique dans laquelle les avaient plongés leurs gouvernants. En cause, une vaste fraude au bac qui mit en émoi le pays et poussa le ministère de l’Education à organiser à la hâte une nouvelle session. Mais cette fois, sans Facebook, Twitter ou Instagram : afin de prévenir toute fuite de sujets, les autorités ont privé tout le monde de réseaux sociaux. Si la mesure est une première en Algérie, réduire au silence Internet pour éviter la triche n’est pas une idée nouvelle. Mais pour quel résultat ?

    Parler des réseaux sociaux partout… sauf sur les réseaux sociaux. C’est à cet exercice peu banal qu’ont dû s’astreindre les Algériens ces derniers jours. Depuis le 19 juin, Facebook, Twitter ou encore Instagram ne leur étaient plus accessibles, sur décision des autorités.

    Le gouvernement a en effet peu goûté au dernier - et énième - scandale de fraude au baccalauréat. Un scandale d'ampleur : la veille de la session initiale, du 29 mai au 2 juin, les énoncés de plusieurs sujets se sont retrouvés sur Facebook. La fuite s'est peu à peu muée en affaire d'Etat poussant les autorités à dégainer l'artillerie lourde. Dans les jours qui suivirent, des dizaines de personnes, dont des cadres de l'Education nationale et de l'Office national des examens et des concours (Onec), ont été arrêtées. Et pour les étudiants, le couperet est tombé : 550 000 des 800 000 bacheliers ont dû se résoudre à retrouver les salles d'examens.

    Repasse ton bac d'abord (mais sans Facebook)

    Seulement cette fois, le gouvernement a ordonné le blocage des réseaux sociaux pour les cinq nouvelles journées d'épreuves. Une décision que ne digère toujours pas Adlène Meddi, rédacteur en chef au quotidien El Watan et fin connaisseur de l'Internet algérien : « C’est stupide, si on remonte au début de l’affaire des fuites, les élèves ont pu consulter les sujets entre 1h et 5h du matin [avant les épreuves]. A quoi ça sert de couper les réseaux sociaux maintenant ? Pour gêner les communications entre les tricheurs et ceux qui sont à l’extérieur ? C’est impossible, car les élèves n’ont pas le droit d’avoir les portables à l’intérieur… »

    D'autant que contrairement à ce qu'avançait le pouvoir, les coupures n'ont pas seulement concerné les médias sociaux, et ne semblaient pas si « ciblées » que cela. Dimanche, au premier jour des examens, les Algériens ont éprouvé les pires difficultés à se connecter à Internet.

    La question d'un blackout total a d'ailleurs été sérieusement évoquée, lors d'une réunion lundi 13 juin au siège de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications (APRT), selon les informations de Jeune Afrique. Mais l'option a été balayée par le souvenir d'octobre 2015, lorsque la rupture d'un câble sous-marin avait privé le pays d'accès à la Toile et perturbé l'activité économique.

    En Irak, au contraire, elle fut préférée. Au mois de mai, les autorités ne se sont pas embarrassées d'états d'âme lorsque les collégiens ont eu à passer leurs évaluations. Comme l'ont montré les divers rapports de Dyn Research, société américaine spécialisée sur l'étude des réseaux, Internet a été coupé à plusieurs reprises, les jours d'examens - tout comme d'ailleurs en 2015. Ici, selon le site Vocativ, était visé un marché noir en ligne, au travers duquel certains élèves paient des professeurs pour obtenir les questions à l'avance.

    L'Etat indien du Gujarat avait ouvert la voie cette année, en février, en privant d'Internet mobile tous ses concitoyens une matinée entière, afin de prévenir les fraudes à un concours de recrutement de comptables.

    Haro sur réseaux sociaux

    Mais au-delà des fortes perturbations de l'Internet qu'ont connues Algériens, Irakiens ou Indiens, quel succès, sinon quelles conséquences ? Pour le journaliste Adlène Meddi, incriminer la Toile et les réseaux sociaux permet de masquer les véritables défaillances. En Algérie, ces coupures servent « à dire qu'on a un bac propre [...]. Le problème ce n’est pas Internet, le problème ce sont les fuites. Il y a des gens à l’intérieur de l’Onec, qui contre de l'argent, pour des raisons politiques, ou pour rendre service à des amis ont commis ce larcin qui est très grave. »

    Cela sert aussi un type de discours conservateur. La défiance des autorités algériennes vis-à-vis des réseaux sociaux est réelle, analyse Isabelle Werenfels, chercheuse à l'Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité. Et cette défiance s'est accrue avec l'arrivée de la 3G dans le pays, en décembre 2013, qui a favorisé un partage bien plus rapide des informations, comme lors de la présidentielle de 2014. « Facebook commence à être plus censuré depuis deux ans. Il y a eu des procédures judiciaires engagées contre des blogueurs. Avec Twitter, [la réaction] fut plus lente car je pense que les décideurs ne croyaient pas que c'était important. »

    Adlène Meddi confirme : « Ici il y a un discours moralisateur vis-à-vis des réseaux sociaux. Un discours qui dit que c’est quand même quelque chose de pas bien. Que c’est grâce aux réseaux sociaux, que les révoltes en Syrie et Libye ont eu lieu, et avec quel résultat. Que c’est par là que les jihadistes et les pédophiles passent. Il y a une diabolisation des réseaux sociaux et ces mesures vont exactement dans ce sens. »

    Si les plus motivés pour tricher peuvent toujours trouver un moyen de contourner ce type de censure, cela devient impossible lorsque le réseau entier est coupé. Mais ces blackout sont en revanche bien plus préjudiciables pour le reste de la société. Hayder Al-Shakeri travaille pour l'ONG suédoise Sida à Bagdad : « J'adapte mon travail et essaye de ne pas être entièrement dépendant d'Internet, car on ne sait pas quand cela va survenir. Cela affecte beaucoup d'activités, même si le pays connaît des problèmes plus graves. »

    A la découverte des VPN

    Certaines mesures contraignantes peuvent d'ailleurs s'avérer totalement contreproductives pour un régime qui redoute les usages militants de la Toile : ainsi, la restriction d'accès à Internet imposée par Alger fait-elle naître la crainte d'un « précédent politiquement problématique », selon les termes d'Isabelle Werenfels. Si les autorités peuvent bloquer l'accès aux réseaux sociaux pour des examens, quid des mouvements de protestation à venir ?

    Dans cet esprit, le pays a connu ces derniers jours un intérêt marqué pour les VPN (Virtual private network), logiciels permettant de joindre deux ordinateurs distants, comme s’ils étaient sur le même réseau local afin de bénéficier de l'un d'eux pour contourner un filtrage géographique. Sauf qu'en Algérie, la pratique était jusque-là l'affaire d'initiés. Pour beaucoup, il a fallu apprendre sur le tas.

    « Nous ne sommes pas dans la culture de "l’Etat Big brother", confirme le journaliste Adlène Meddi. Nous sommes encore dans les balbutiements. Maintenant, on s’y intéresse car on comprend que l’Etat peut faire ça [couper les réseaux sociaux]. Beaucoup de gens réfléchissent aux VPN, au réseau Tor. »

    D'ailleurs les sociétés proposant des VPN ne s'y sont pas trompées et ont sauté sur l'occasion.

    S'il est difficile de savoir combien d'Algériens y ont eu recours ces derniers jours, il est clair que la mesure gouvernementale a provoqué l'intérêt d'une partie de la population, encore profane, pour les technologies de contournement. L'analyse des tendances sur Google montre un bond spectaculaire des recherches du terme «VPN» à compter du premier jour du blocage en Algérie, avec des requêtes comme «VPN gratuit», «Télécharger VPN» ou encore «VPN Facebook».

    Etat des recherches Google pour le terme «VPN»

    Un engouement qui a même poussé la ministre de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication, Houda-Imane Faraoun, à déclarer que « des mesures [seraient] prises à l'encontre de leurs utilisateurs ».

    Tout cela est bien loin de la triche, constate Isabelle Werenfels, qui regrette elle aussi que l'on s'attaque au symptôme plutôt qu'aux causes du problème. Et pour la chercheuse, celles-ci sont profondes : « Il n'y a pas la perception d'une égalité des chances et du respect de la loi par tout le monde. Il y a donc une culture de faire les choses de façon informelle. C'est le grand problème en Algérie. » 

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