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    Technologies

    La «blockchain», ce livre de comptes virtuel qui révolutionne le web

    media Lors du hackathon de la Merkle Week, l'équipe Geomatch veut aider à créer des cartes universelles grâce à la blockchain RFI/Kevin Poireault

    Malgré sa réputation sulfureuse, le succès du bitcoin est incontestable et son cours a dépassé les 1 200 dollars. La différence entre cette crypto-monnaie et les anciennes, comme DigiCash ou eGold, réside dans la «blockchain», un type de registre numérique décentralisé. Que représente ce livre de comptes virtuel ? Qu’a devant lui un internaute qui utilise une blockchain ? Edwige Morency, formateur en technologies Bitcoin, décrypte ce qui se cache derrière les explications souvent schématiques de la blockchain.

    « Le bitcoin peut être considéré comme de la monnaie électronique, mais c'est avant tout un protocole », lance Edwige Morency, cofondateur, avec Alexandre David, d'Eureka Certification, un organisme de « formation en technologies Bitcoin et Ethereum », qui a organisé, du 9 au 12 mars 2017 à Paris, la Merkle Week, une série d'événements autour de la blockchain. « C'est comme si on disait : Internet est fait pour envoyer des e-mails. C'est vrai, mais on peut faire beaucoup plus de choses. Avec le protocole Bitcoin, on a un réseau de confiance et de traçabilité qui va permettre d'y adosser des services, comme le transfert de valeurs. »

    S'il semble assez aisé de se représenter ce qu'est une monnaie électronique, un protocole informatique est, lui, un terme plus abscons. Edwige Morency le définit comme « des règles établies avec une base commune pour que l'on puisse s'entendre dans un domaine précis » et prend l'exemple du protocole SMTP (Simple Mail Transfer Protocol, ou «Protocole simple de transfert de courrier») pour régir les e-mails. Bitcoin est un protocole de transfert de données, mais il en existe d'autres, comme Ethereum par exemple.

    Depuis les années 1980, des monnaies virtuelles ont vu le jour pour concurrencer les devises physiques et pour échapper aux organismes de régulation. Mais un problème s'est toujours posé : la sécurité. « Dans le monde numérique, tout est copiable à l’infini : si je vous donne un billet de dix euros, je ne peux plus le dépenser, tandis que si je vous donne un fichier mp3, je peux le donner aussi à quelqu'un d'autre. Pour de la monnaie, c'est problématique, c'est pourquoi on a toujours eu besoin d'un tiers de confiance », concède ce possesseur de bitcoins.

    « La blockchain est un grand livre de comptes »

    C'est pour répondre à cette problématique que le mystérieux Satoshi Nakamoto a lancé, en janvier 2009, une nouvelle crypto-monnaie, le bitcoin, basée sur un concept informatique d'un genre nouveau, la « chaîne de blocs », ou blockchain. « Avec ce protocole, on peut éviter cette double dépense » car toute transaction est enregistrée, et identifiable par tous et tout le temps, assure Edwige Morency, avant de nuancer tout de suite : « Ca ne va pas faire disparaître les tiers de confiance non plus. »

    Mais qu'est-ce que c'est, une blockchain ? « C'est un registre, ce sont des fichiers que l'on va retrouver sur son ordinateur, développe le formateur. Sur les réseaux comme celui de Bitcoin, on ne va pas voir “Untel a tant de bitcoins” mais seulement les sorties de transactions. Quand je vous envoie un bitcoin, j'indique simplement au protocole Bitcoin une sortie de transaction que quelqu'un m'a envoyée un jour et que je peux utiliser parce que j'ai une clé qui me permet de prouver cryptographiquement que j'ai le droit de transférer cette valeur à quelqu'un d'autre. » En plus de cette clé privée qui permet d'accéder à un de ses comptes Bitcoin, chacun est doté d'une clé publique, une sorte de RIB qui permet à quiconque d'envoyer une transaction.

    La blockchain n'est donc que le registre sur lequel le protocole opère : il y a autant de blockchains qu'il y a de protocoles et chacune est soumise aux règles de ces derniers. « Parfois, ces protocoles font appel à des blockchains, et parfois pas du tout, et on les inclut dedans malgré tout. C'est presque devenu un abus de langage. »

    Concrètement, comment ce registre apparaît-il sur nos ordinateurs ? « Il va se représenter comme une suite de fichiers – qui pèsent en ce moment 190 gigaoctets pour la blockchain Bitcoin, explique Edwige Morency. Ce qui est stocké et qu'il faut absolument sauvegarder et sécuriser, c'est sa clé, qui permet de débloquer ses fonds. Les bitcoins ne sortent pas de la blockchain. C'est un grand livre de comptes sur lequel on retrouve la trace de chaque bitcoin depuis sa création jusqu'à aujourd'hui. Si je perds cette clé, les bitcoins qui dépendent de cette clé sont perdus, personne d'autre ne pourra les dépenser. »

    Le fondateur d'Eureka Certification rassure en énumérant certaines « bonnes pratiques », qu'il enseigne à ses élèves, qui consistent à conserver des sauvegardes sécurisées de cette clé.

    « Une façon d'acquérir des bitcoins quasi inaccessible pour la plupart des gens, le minage »

    Une part très importante dans le fonctionnement du protocole Bitcoin est sa communauté. Tout d'abord, les plus nombreux : les simples utilisateurs. Mais, au juste, comment peut-on le devenir ? Comment se procurer des bitcoins, ou des éthers pour le protocole Ethereum ? « Quand on veut des bitcoins aujourd'hui, on va soit sur une place de marché – Kraken, Bitcoin.de, Paymium en France, etc. Il s'agit en général de virements SEPA, en Europe, énumère Edwige Morency. En espèces, on peut passer à La Maison du Bitcoin, à Paris - ils ont un comptoir de change, mais ils prennent des frais – ou par LocalBitcoins, qui met en relation des vendeurs et des acheteurs de bitcoins. Il y a une autre façon d'acquérir des bitcoins qui est, aujourd'hui, quasi inaccessible pour la plupart des gens, c'est le minage, c'est-à-dire ceux qui participent à la sécurisation du Bitcoin. » En effet, de nouveaux bitcoins ne sont créés que lorsqu'une transaction est validée, et cette validation passe par les « mineurs ».

    Dans les faits, ces derniers utilisent la puissance de calcul de leur ordinateur pour administrer le bon fonctionnement d'une blockchain – et sont rémunérés pour ça. Comment ? Par la preuve de travail, ou « Proof of work » : « On va essayer de trouver une devinette plus ou moins compliquée qu'il faut résoudre, mais vous ne pouvez pas deviner à l'avance quelle sera la [bonne] valeur, donc vous êtes obligé de tester des milliards d'occurrences chaque seconde, illustre le formateur. C'est une sorte de loterie, et plus vous avez de puissance de calcul, plus vous avez de billets de loterie. » C'est pourquoi il est presque impossible pour les nouveaux arrivants dans la communauté Bitcoin de devenir mineurs.

    « Aujourd'hui, si vous voulez faire du transfert de valeurs, il vaut mieux utiliser Bitcoin »

    Jusqu'ici, pour expliquer ce qu'est une blockchain, Edwige Morency a beaucoup parlé de Bitcoin, et donc de transfert d'argent. Mais il y a deux ans, en juillet 2015, Vitalik Buterin, un programmeur russo-canadien passionné par le Bitcoin, cofonde un nouveau protocole, baptisé Ethereum, lui aussi adossé à une blockchain. Bien sûr, ces deux protocoles sont différents à bien des aspects, mais nous ne développerons pas ici les détails (trop) techniques. Ce qu'il est important de savoir est que, si Ethereum possède lui aussi sa crypto-monnaie, l'ether, il n'a pas été conçu uniquement pour du transfert d'argent – voire pas du tout. En effet, il permet ce que l'on appelle des « contrats intelligents », ou smart contracts, qui appliquent à la lettre les termes d'un contrat défini lorsque certaines conditions sont réunies.

    « Un smart contract est une transaction pour laquelle il y a beaucoup plus de règles, résume le spécialiste en Bitcoin et Ethereum. Déjà, une machine à café est un smart contract : vous mettez une pièce et la règle veut qu'elle vous donne ce que vous avez demandé. » Ainsi, le protocole Bitcoin permet aussi des formes simples de smart contracts, et on peut y lancer des projets de financement participatif, par exemple. Mais, « sur Ethereum, l'objectif est d'aller plus loin, de faire des smart contracts plus complexes ».

    Selon Edwige Morency, les jeunes développeurs attirés par la blockchain l'utilisent parfois à tort et à travers pour des cas d'usage qui se résoudraient parfaitement « avec une base de données classique ». D'autres acteurs de l'économie font des choix « politiques », selon ce dernier : « Les banques, par exemple, ont du mal avec Bitcoin. Elles doivent être en accord avec la réglementation et, sur Bitcoin, on ne sait pas vraiment qui est derrière quoi... Avec la réputation sulfureuse que Bitcoin a eue – et traîne toujours – de monnaie alternative, les banques ne veulent toujours pas entendre parler du protocole Bitcoin et partent parfois sur Ethereum alors qu'elles en ont besoin pour du transfert de valeurs. Aujourd'hui, si vous voulez faire du transfert de valeurs, il vaut mieux utiliser Bitcoin, car c'est celui qui sera le plus sécurisé ! Si vous avez besoin d'un protocole souple, vous pouvez partir sur Ethereum. Mais il n'a que deux ans, alors pour des projets à 160 millions, c'est suicidaire. »

    Edwige Morency a vu juste : sceptique à propos du bitcoin, le système bancaire investit beaucoup dans la blockchain. Depuis septembre 2015, neuf des plus grandes banques du monde (Goldman Sachs, Crédit Suisse, Barclays, etc.) se sont associées à R3, une entreprise new-yorkaise spécialisée dans la technologie blockchain pour l'utiliser sur les marchés financiers. Beaucoup d'entreprises, comme J.P. Morgan ou Microsoft, se lancent aussi dans la création de services inscrits sur des blockchains privées, restreintes à leurs clients (appelée « Blockchain-as-a-Service», ou BaaS). Plus ambitieux, une trentaine de firmes de plusieurs secteurs (technologies, finances et banques, blockchain, etc.) ont rejoint la Fondation Linux pour développer Hyperledger, une plateforme open source pour accueillir des blockchains.

    Aujourd'hui, l'intérêt de la blockchain ne réside pas seulement dans le secteur commercial et financier. La Merkle Week, l'événement organisé par Edwige Morency et Alexandre David, se terminait par un hackathon de trois jours, c'est-à-dire une compétition pendant laquelle plusieurs groupes hétéroclites (développeurs, designers, ingénieurs, etc.) ont concouru pour proposer un projet utilisant les technologies blockchain - pitchs, démonstrations et ébauches d'applications à l'appui. L'un des deux groupes primés proposait de créer un système permettant de payer automatiquement à une borne de voiture électrique. D'autres avaient développé un « eBay à but non lucratif », un système de vote électronique sécurisé et décentralisé, une assurance à frais réduits ou encore un outil pour créer des cartes (de type Google Maps ou OpenStreetMaps) qui soient les mêmes pour tous, là où, aujourd'hui, Google Maps en Russie ne montre pas les mêmes frontières russo-chinoises qu'en Chine.

    Certains Etats, comme le Ghana ou le Honduras, utilisent même la blockchain comme cadastre numérique afin de limiter les risques de corruption. Néanmoins, pour le moment, les deux protocoles adossés à une blockchain les plus célèbres, Bitcoin et Ethereum, ne sont pas exemptes de critiques. En effet, le cours du bitcoin est très volatile et la moindre crise peut l'amener à s'effondrer, comme l'a montré l'affaire de la plateforme d'échange Mt. Gox en 2015. De son côté, Ethereum a connu plusieurs revers, tel le piratage de The DAO (Decentralized Autonomous Organization, ou «Organisation autonome décentralisée») en juin 2016, entreprise virtuelle hébergée sur le réseau Ethereum qui s'est fait voler 50 milllions de dollars. En outre, les réseaux reposant sur la blockchain ont beaucoup été utilisés dans le passé pour des pratiques frauduleuses ou du blanchiment d'argent. Aujourd'hui, ils sont de moins en moins à réclamer l'interdiction des monnaies virtuelles. De plus, en raison du caractère quasi-anonyme et décentralisé des transactions effectuées sur ces réseaux, il est facile de passer outre les organismes de régulation financière. En revanche, de nombreux gouvernements ont mis en place un encadrement législatif des crypto-monnaies.

     

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