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    Technologies

    Internet: les Etats manipulent et censurent de plus en plus les réseaux

    media Les libertés sur internet sont toujours en baisse dans le monde en 2017. Getty Images

    De plus en plus de gouvernements manipulent les réseaux sociaux pour diffuser leur propagande, constate une ONG américaine. Depuis 2009, Freedom House dresse un bilan annuel des libertés sur internet. L’année 2017 marque, selon l’organisation, une septième année consécutive de déclin de ces libertés dans 30 des 65 pays étudiés dans son rapport, c’est-à-dire 87 % des internautes de la planète. A chaque fois le but est de déformer l’information en ligne, notamment en période électorale ce qui constitue « une grave menace pour la démocratie », selon l’ONG.

    Avec notre correspondant à Los Angeles, Eric de Salve

    Alors que seuls 36 % des internautes de la planète peuvent surfer sans entraves, la Chine arrive pour la troisième année consécutive en tête des pays où internet est le moins libre. Renforcement de la censure, fermeture des réseaux mobiles, restriction des VPN, interdiction de Facebook dans le pays, lutte contre l’anonymat en ligne et bien sûr emprisonnement des cyberdissidents font de ce pays le plus restrictif dans le domaine. Une nouvelle loi y demande d’ailleurs aux entreprises étrangères de stocker toutes les données des Chinois et, selon le rapport de l’ONG Freedom House, des firmes comme Uber, AirBnB et Apple ont commencé à s’y conformer.

    Toutefois, en 2016 et 2017 c’est en Ukraine, en Turquie et en Egypte – où cent sites internet dont celui de la chaîne qatarienne al-Jazira ont été bloqués – que les reculs les plus importants ont été relevés. Plus généralement, dans son bilan annuel des libertés sur internet, s’inquiète d’une tendance globale : les techniques de manipulations autrefois utilisées par des régimes non démocratiques comme la Chine ou la Russie se généralisent de plus en plus. Manipuler les réseaux sociaux n’est plus l’apanage des dictatures.

    Carte des libertés sur internet dans le monde en 2017, établie par l'ONG américaine Freedom House. Freedom House

    Usines à trolls et techniques de manipulation

    Le rapport prend l’exemple des Philippines. Le pays est engagé dans une guerre contre la drogue très meurtrière, avec un président qui appelle au meurtre des délinquants. Dans ce pays, le rapport indique que les autorités financent des « armées de claviers ». Ce sont des commentateurs payés 10 dollars par jour pour inonder les réseaux sociaux de contenus pro-régime, de façon à donner le sentiment que cette très sanglante guerre contre la drogue est largement soutenue par l’opinion.

    Phénomène identique constaté au Venezuela, mais aussi en Turquie où 6000 personnes seraient payées uniquement pour contrer et contester les opposants au régime Erdogan sur les réseaux sociaux. Une technique de manipulation utilisée également par la Russie, cette fois pour influencer la dernière campagne présidentielle américaine. En Russie toujours, les moteurs de recherche sont verrouillés et les blogueurs qui affichent plus de 3000 visiteurs sur leur page sont obligés de s’enregistrer auprès des autorités.

    Du bot au harcèlement physique

    Selon le rapport, 30 pays ont manipulé les réseaux sociaux en 2017. Des manipulations d’autant plus fortes en période électorale. Cela aurait eu un impact dans 16 pays et, encore selon l’ONG, cette censure serait difficile à repérer. En effet, cette nouvelle forme de propagande d’Etat est moins visible que la censure à l’ancienne – c’est à dire le fait de bloquer brutalement un site internet ou de lancer une cyber-attaque.

    Désormais, les Etats utilisent les mêmes méthodes que les cyber-activistes, de façon massive, pour manipuler et forger l’opinion. Ils emploient aussi bien des utilisateurs payés que des bots, ces comptes automatiques qui représentent selon l’ONG près de 50 % du trafic internet mondial. Ces centaines de milliers de faux comptes diffusent de fausses informations produites par des Etats et harcèlent les utilisateurs qui les contestent.

    Un harcèlement virtuel, mais aussi de plus en plus physique. Ainsi, les attaques physiques contre des blogueurs ou des journalistes ont augmenté de 50 % en un an. C’est notamment le cas au Venezuela, où des milices pro-gouvernement s’en prennent à des blogueurs ou des journalistes qui couvrent sur internet les manifestations hostiles au gouvernement.

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