GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Mardi 17 Juillet
Mercredi 18 Juillet
Jeudi 19 Juillet
Vendredi 20 Juillet
Aujourd'hui
Dimanche 22 Juillet
Lundi 23 Juillet
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Technologies

    En Inde, l’Internet à marche forcée

    media Le gouvernement indien souhaite que chaque pan de l'économie puisse bénéficier des nouvelles technologies. SAM PANTHAKY / AFP

    C’est un chantier titanesque entrepris voici deux ans et demi par le gouvernement indien : connecter les 1,3 milliard d’habitants que compte le pays, tout en développant une palette de services numériques dignes des Etats les plus avancés. Difficile pourtant de pallier les lacunes de l’une des sociétés les plus inégalitaires au monde à grand renfort de câbles et de bornes wifi. Reportage.

    Dans la chaleur d’un automne post-mousson, il a parcouru 25 km à moto pour rejoindre un petit hôtel du centre-ville de Jodhpur, dans le Rajasthan indien (nord-ouest). A peine descendu, il se confond en excuses pour un retard qui ne ferait pourtant sourciller personne ici. A peine assis, il commence à raconter son histoire. Une histoire dont il n’est pas peu fier et qu’il a déjà contée aux plus grands médias du pays. Une histoire qui plait bien aussi aux autorités locales.

    A 24 ans, Pratyush Joshi ressent un irrépressible besoin d’aider sa communauté. « J'ai la chance d’être éduqué et à l’école, c’est ce que l’on vous enseigne, aider ceux qui ont moins de chance que vous. » Lorsqu’il déménage avec sa famille dans la banlieue de Jodhpur, il découvre un environnement bien moins enviable qu’en centre-ville : des routes à peine praticables, des services de nettoyage quasi inexistants, un manque en eau potable criant.

    Mais son civisme et sa passion pour les nouvelles technologies trouvent un réceptacle idoine en Sampark, le portail de l’Etat du Rajasthan lancé l’année précédente et qui collecte et répond aux griefs des habitants sur tout un tas de sujets touchant au quotidien. Depuis qu’il s’est emparé de cet outil, comme beta testeur, Pratyush a signalé 116 « incidents ». Une trentaine est encore en « cours de traitement ». A force de volonté, Pratyush Joshi est devenu une petite gloire locale, dont le discours, bien rodé maintenant, sert abondamment celui des politiques du coin comme des responsables du pays qui érigent le numérique en remède aux maux, nombreux, de la société indienne.

    Pratyush Joshi dans une rue de Jodhpur, Rajastan. RFI / Marc Etcheverry

    Deux ans auparavant, le 2 juillet 2015, le gouvernement de Narandra Modi lançait en effet - et en fanfare - « Digital India », un vaste plan pour connecter l’ensemble du pays à Internet pour un coût estimé initialement à plus de 15 milliards d’euros. Malgré ce montant faramineux, il ne s’agit que de l’un des grands chantiers lancés sous la primature Modi. Il y a eu auparavant « Make in India » en faveur du produire local. Et « Skill India » doit apporter de son côté un surcroît de compétence à près de 400 millions d’Indiens. Mais « Digital India » est assurément le chantier qui mobilisera les autorités le plus longtemps. Il est aussi celui dont ces dernières attendent le plus de retombées.

    Mi-octobre, le ministre d'Etat à l’Electronique et aux Technologies de l'information, K.J Alphons, affirmait ainsi que ce plan pourrait apporter de 20 à 30 % de croissance au PIB du pays d'ici 2025. Un optimisme que partagent les analystes de Morgan Stanley. « Le pays était déjà sur une trajectoire solide, mais la numérisation place la croissance du PIB nominal de l'Inde sur la voie d'une croissance annuelle de plus de 10 % en dollars américains au cours de la prochaine décennie, écrit ainsi Anil Agarwal, responsable de la recherche financière en Asie pour la banque américaine, dans un récent rapport. Le résultat pourrait être une opportunité de plusieurs milliards de dollars.  »

    Une lente diffusion

    Mais les milliers de kilomètres de câbles déroulés n'y font rien : la route sera encore longue avant que l’Inde ne jouisse d’un territoire connecté et que sa population puisse en récolter les fruits. Deux ans après son lancement, les mutations sont lentes. Les zones rurales, qui devraient être les premières bénéficiaires de ce chantier, n’en entrevoient qu’à peine les bienfaits : selon un rapport de la Cellular Operators Association of India (COAI) IMC-Deloitte, dévoilé lors de l’India Mobile Congress 2017 en septembre dernier, le taux de pénétration d’Internet en Inde est de 33 %, et il n’est que de 16 % dans les campagnes. Et seulement 310 millions d’utilisateurs peuvent profiter d’un Internet en haut débit.

    Depuis son bureau du sud de New Delhi, non loin du ministère des Technologies dont il dépend, Abhishek Ranjan garde pourtant un optimisme à toute épreuve. Il est en charge du réseau des Centres de services communs (ou Common Services Centers, CSC), un ensemble de structures, gérées par l'Etat ou appuyées par lui, destinées à appliquer sur le terrain l'ambitieux projet gouvernemental.

    Les CSC sont parfois des bouées de sauvetage dans les confins du cyberespace indien. Le terme « centre » est cependant trompeur, car il s’agit moins de structures en dur que d’individus équipés, formés aux nouvelles technologies et qui dispensent leur savoir avec l’appui du gouvernement. Un appui qui se résume la plupart du temps à une simple promotion sur les sites et comptes officiels des autorités. « Ces personnes [les VLE, pour Village Level Entrepreneur] permettent l’accès des habitants des campagnes aux services gouvernementaux, comme certains programmes éducatifs, le porte-document numérique DigitalLocker ou encore le portail participatif MyGov, mais aussi à des services bancaires en ligne par exemple », détaille Abhishek Ranjan.

    Si la création des CSC remonte à 2006, le programme a repris de l’élan en 2015 à la faveur du lancement de « Digital India ». Il doit s’en créer au moins un dans chacun des 250 000 gram panchayats (gouvernements locaux) qui composent le pays, d’ici 2019.

    Pour Himanshu Rath, on est pourtant loin du compte. « C’est une goutte d’eau dans ce pays si vaste », estime le président d’Agewell, une fondation qui vient en aide aux personnes âgées, population vivant très majoritairement en zone rurale. Himanshu Rath craint aussi qu’une politique pas assez axée sur la pédagogie ne crée de nouvelles inégalités dans une société qui n’en manque déjà pas : « D’un côté, vous avez une large part de la population qui n’est même pas éduquée. Puis vous avez une autre partie qui l’est, mais qui ne connait rien au numérique - et avoir un smartphone ne fait pas de vous un spécialiste. Peut-être 20 % de la population est au fait de ce que l’on peut faire avec les nouvelles technologies. »

    Pour appuyer son propos, Himanshu Rath a commandé une étude, rendue publique à la rentrée dernière, portant sur 5 000 seniors de la région de Delhi. Et les résultats parlent d’eux-mêmes : plus de 85 % des personnes interrogées disent ne pas savoir se servir des technologies du numérique ou même d’un simple ordinateur. Et pour les trois quarts de ces personnes, cette ignorance les pénalise au quotidien, et fait naître un sentiment d’exclusion.

    En fin d’année dernière, l’ancien directeur de l’autorité de régulation des telecoms indienne, Rahul Khullar, regrettait aussi que l’apprentissage du numérique soit l’un des maillons faibles du programme : « "Digital India" demande que l’on considère l’ensemble des problèmes qui vont au-delà de l’infrastructure, même si l’infrastructure est le minimum requis […] La population n’a pas l’usage des technologies que le gouvernement bâtit », déclarait-il au site d’information Scroll.in.

    « Le gouvernement a lancé Digital India car c’était le nouveau mot à la mode », assure Himanshu Rath, pour qui les transformations annoncées prendront « peut-être 20 ou 30 ans ». « Et d’ici là, de nouveaux changements auront eu lieu. » C’est pour cela aussi qu’Agewell a lancé son propre programme d’éducation au numérique.

    RFI / Marc Etcheverry

    Quel Internet proposer ?

    Du point de vue de la Silicon Valley en revanche, la politique indienne n’a rien d’un effet de mode et la promesse de connecter 1,3 milliard d’êtres humains aiguise bien des appétits. « Digital India » est une initiative qui plaît bien chez Facebook, par exemple. De passage à l’India Mobile Congress 2017, Kevin Martin, vice-président pour le mobile et la politique d’accès global du géant californien - et ex-patron de l’autorité de régulation des Telecoms américains -, a salué une initiative qui ouvrait de « nombreuses opportunités » pour innover dans le pays.

    Facebook a en fait déjà tenté de faire main basse sur ce séduisant marché, avant d’essuyer un cuisant revers. Son service Free Basics, qui permet d’accéder à certains sites gratuitement, a été retoqué par l’autorité indienne de régulation des télécommunications au motif qu’il enfreignait le principe de neutralité du Net.

    En rejetant l’offre de Facebook, l’Inde a privilégié le contenu à l’accès. Et New Delhi a tenté d’affirmer son indépendance vis-à-vis des champions mondiaux du secteur, alors même que Google est très impliqué dans le projet : « L’Inde ne croit pas à l’exclusivité. Quand nous parlons d’intégration numérique, nous parlons aussi de démocratie de l’Internet », précisait encore le mois dernier le ministre des Technologies de l’information, Ravi Shankar Prasad.

    Rencontre entre le Premier ministre indien Narendra Modi et le PDG de Facebook Mark Zuckerberg à Menlo Park, Californie, le 27 septembre 2017. AFP PHOTO / SUSANA BATES

    Mais dans un pays qui souhaite coûte que coûte rattraper son retard dans l’accès à Internet, la question de la non-discrimination des contenus reste sensible. Après une règlementation de l’autorité de régulation l’année dernière, et des recommandations formulées le mois dernier, une décision claire et ferme du gouvernement est attendue par les défenseurs de la neutralité du Net.

    Une position dont dépendent aussi les nombreuses start-up de la Tech en cours de création. L’Inde en compte à ce jour près de 5 200, selon le syndicat du secteur Nasscom, ce qui fait du pays le troisième écosystème au monde. Et avec « Digital India » qui grossit les rangs des utilisateurs, le double est attendu pour 2020.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.