GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Jeudi 5 Décembre
Vendredi 6 Décembre
Samedi 7 Décembre
Dimanche 8 Décembre
Aujourd'hui
Mardi 10 Décembre
Mercredi 11 Décembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    • Nouvelle-Zélande: éruption d'un volcan très fréquenté par les touristes
    Tirailleurs

    MORT SUR HERMES Kouassi Konan

    « Au cours des tournées de brousse, en Afrique occidentale, j’ai toujours cherché à revoir nos anciens tirailleurs. À l’appel du chef de canton ou du chef de village, ils revêtaient rapidement quelques lambeaux d’uniforme : une veste blanche un peu jaunie, une vareuse kaki, une chéchia délavée, un képi, un vieux casque cloche et venaient revivre bien volontiers, quelques heures de leur jeunesse avec le détachement qui cantonnait dans leur village, et parler de leurs campagnes. C’était une joie de leur donner un peu de ruban pour rajeunir leurs médailles militaires, croix de guerre, médailles coloniales ou commémoratives aux insignes usés, ternis, quelquefois ressoudées par les forgerons du village.

    En Côte d’Ivoire j’ai fait ainsi la connaissance de l’ancien cuisinier du capitaine Marchand, un petit vieux Bambara, musulman très dévot, retiré à Bouna ; j’ai vu un ancien de Fachoda finissant ses jours à Odienné ; j’ai rencontré nombre d’anciens combattants de la Grande Guerre, du Maroc, de Syrie, sans parler des jeunes de 39-45. Ce sont les vieux qui sont les plus pittoresques, un peu cassés, un peu quémandeurs mais si fidèles ! Quand on les interroge, ils confondent Salonique et Verdun, Sedduhl Bahr et La Somme, le général Mangin et le général Noguès, le 21e bataillon des tirailleurs sénégalais et le 7e. "À Soissons, mon vieux, il y avait chaud, il y avait obus partout, il y en avait trop ! Ah, mon vieux." Ce sont tous les souvenirs de la Grande Guerre d’un brave Mamadou Kamara qui, cité, blessé, avait fini sa carrière comme adjudant-chef. Passant à Tiebissou j’avais essayé plusieurs fois de rencontrer Kouassi Konan, un ancien boy du maréchal Gallieni. Il était insaisissable. Au moment du centenaire de son illustre patron en 1949, je l’ai fait venir à Bouaké.

    Dès son arrivée il m’a surpris : il ne ressemblait en rien aux autres vieux. Un petit bonhomme, vif, sec, d’une cinquantaine d’années a sauté de la jeep qui l’amenait. Il était correctement vêtu d’une saharienne et d’un bleu de mécanicien, un beau feutre chaudron à la main, arborant une barrette impressionnante de décorations fanées et usées : médaille militaire, croix de guerre, médaille militaire belge, médailles coloniales, de Syrie, de Cilicie, des blessés, commémoratives, etc. Je l’ai fait asseoir dans mon bureau, mais il ne pouvait rester en place, et, debout, il raconta ses souvenirs. En 1905, il avait neuf ou dix ans ("Je suis de la classe 16", affirme-t-il), il était petit boy à Grand-Lahou, chez le chef de poste, le lieutenant Kauffman. Gallieni fait escale, allant en voyage d’inspection au Congo et laissons parler Konan : "Comme j’étais débrouillard il m’a pris pour petit boy et il m’a ramené à Paris."

    Je lui montre le numéro de Climats d’avril 1959 commémorant le centenaire du maréchal et il est tout heureux de reconnaître "son patron". "Ça, c’est à Mahamashina, c’est moi qui astiquait le casque. Ça c’est le jour où il a gagné commandeur de la Légion d’honneur. Moi aussi j’ai été en avion avec lui à Berlin en 1913 et le général était content de dire aux Allemands : 'çà c’est mon boy, c’est un noir.'"

    En 1914, le général fait engager Kouassi Konan à la Légion étrangère. Il n’y avait pas en France de section de recrutement indigène ou de dépôt de corps de tirailleurs sénégalais. Kouassi Konan fait ses classes à Nantes dans un centre d’instruction du 2e régiment étranger et part au front. Il est blessé trois fois : fin 1914 en Champagne, en 1915 à Belloy-en-Santerre, fin 1917 à Verdun. Il est cité à l’ordre de l’armée, reçoit la Médaille militaire. Reconnu inapte à servir dans l’infanterie, il est versé au 54e régiment d’artillerie à cheval… «les volants», déclare-t-il fièrement. Il a appris la mort de son patron. Et rien ne peut l’en faire démordre, "il a été assassiné par des types pour les Boches."

    Démobilisé, il revient à Nantes voir sa marraine de guerre et là il trouve à embarquer comme cuisinier sur un paquebot des Chargeurs [les Chargeurs réunis]. Il passe en Angleterre ; il conserve une carte d’identité britannique dans ses papiers. Il va jusqu’en Argentine.

    En 1920, en escale à Dakar, la nostalgie du métier des armes le reprend. Il rengage comme tirailleur cette fois, et va servir en Syrie. Deux ans après il est réformé : ce sont les suites de sa vieille blessure de Verdun. "Tiens, regarde", me dit Konan, et il soulevait sa canadienne pour montrer une énorme cicatrice au bas du flanc gauche. Et tel le sage, Kouassi Konan revint au pays.

    Il avait en 1949, trois femmes, vingt-deux enfants, une maison-ville à Tiebissou, une grande plantation de caféiers et kolatiers sur les bords du Bandama. Il était riche ; l’année précédente il avait vendu trois tonnes cinq cents de café. Cette année, la récolte était splendide. Il espérait dépasser les six tonnes. Citoyen de statut local, il voulait devenir citoyen de statut français. Mais c’était long, certaines pièces matriculaires étaient à Nantes, au bureau de recrutement ; d’autres papiers avaient été inclus dans des dossiers envoyés à l’administration. Il en gardait encore certains, et les lettres de «sa marraine» avec laquelle il continuait la correspondance 14-18. Pendant que nous bavardions le maître tailleur du bataillon lui avait fait une autre nouvelle barrette de décorations, aux rubans tout neufs. Très fier, Kouassi Konan s’était laissé photographier. Et puis il a repris la jeep, tout heureux d’emporter le numéro de Climats où il y avait de si belles photos de "son patron". »

    Extrait de la revue des troupes coloniales, Tropiques, n° 362, mai 1954.

    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.