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    Tirailleurs

    MORT SUR HERMES Madame Tirailleur

    media Campagne du Maroc : tirailleurs sénégalais et sénégalaises.

    Un des privilèges dont bénéficièrent les tirailleurs sénégalais est d’être autorisés à se faire accompagner par leurs femmes et leurs enfants, non seulement dans les cantonnements occupés au gré de leur affectation, mais aussi en campagne.

    « Madame Tirailleur » assure notamment l’intendance pour son mari et il lui arrive aussi de préparer les repas pour quelques-uns de ses camarades célibataires qui profitent ainsi de la popote familiale. Cet usage est observé en Afrique Noire comme en Afrique du Nord et reste en vigueur jusqu’à la campagne du Maroc, à la veille de la Première Guerre mondiale.
    Lorsque les tirailleurs sénégalais sont appelés à combattre en France à partir de l’été 1914, ils ne sont plus accompagnés par leurs femmes. Photographies et cartes postales ont abondamment diffusé les images de ces familles, suggérant l’idée que ces enfants de soldats africains seraient sans doute un jour, à leur tour, des soldats de « la plus grande France ».

    Dans les récits des grands témoins de la vie coloniale avant 1914, la description pittoresque des cantonnements des tirailleurs n’occulte pas le fait qu’en certaines circonstances « Madame Tirailleur » participe aussi aux opérations militaires. Approvisionnant son mari en munitions ou rechargeant les armes sous le feu de l’ennemi, « Madame Tirailleur » partage les risques du combat aux côtés de son mari, parfois jusqu’au sacrifice suprême. Comportement exceptionnel qui vaut à quelques-unes de ces discrètes héroïnes d’être citées à l’ordre du jour, comme "Mouina, épouse du caporal goumier Ahmed Yacoub, blessée mortellement au combat de Talmeust, en distribuant des cartouches sur la ligne de feu".

    • Capitaine Marceau, Le tirailleur soudanais, Paris, Berger-Levrault, 1911

    « En garnison, ce lui sera une ménagère économe, propre et attentionnée, une mère parfaite pour ses enfants. Avec la maigre solde du mari (en 1911 : tirailleur de 2e classe, 60 centimes ; de 1re classe, 70 centimes ; caporal, 98 centimes ; sergent, 1 F 45 ; adjudant, 3 F 15 ; les hommes de troupe ont en outre le système de la masse individuelle avec une première mise de 75 francs) et la ration journalière (riz, 500 grammes ; viande, 400 grammes ; sucre, 21 grammes ; café, 16 grammes ; sel, 20 grammes ; huile, 20 grammes ; bois à brûler, 1 kg 250), elle saura faire vivre le ménage en mettant même de l’argent de côté. La prime journalière de 15 centimes de la masse individuelle constituera, en outre, pour la communauté, une réserve trouvée à la libération, tout en entretenant en parfait état la garde-robe maritale.

    En colonne, "Madame Tirailleur" sera l’aide constante du mari. A condition que le nombre de ces dames soit assez restreint pour ne pas être encombrant, elles remplacent avantageusement, si l’on peut dire, les fourgons de toute nature, de toute destination, fût-ce même ce qui resta notre cauchemar en colonne : la voiture Lefèbvre. Sous le faix de calebasses pleines, devant lesquelles reculeraient des coltineurs de profession et où elles empilent hardes, provisions, etc. (c’est le soldat-tender), elles marchent au pas des colonnes ultra légères, sans se plaindre, braves comme leurs maris, malgré fatigue, privations et dangers. Ne les a-t-on pas vues, aux combats de l’Adrar, alors que les porteurs de munitions avaient fui, faire l’office de pourvoyeurs et ravitailler en cartouches les lignes décimées des maris qui faisaient le coup de feu ?

    A peine au bivouac, les voici qui s’empressent à la distribution, allument les feux, préparent et portent le repas à leurs hommes partis en avant-garde ; car, l’étape finie, les hommes, grâce à elles, n’ont point à s’occuper de ces mille nécessités fatigantes où s’absorbe le soldat européen. Ils continuent à être disponibles et le rendement en temps utile du tirailleur est, de ce fait, supérieur à celui de l’Européen. »

    • Général Mangin, La Force Noire, Paris, Librairie Hachette et Cie, 1910

    « Le combat de Talmeust : le 14 juin 1908, après une marche de nuit, le vétérinaire Amiet s’établit à 4 heures et demie du matin au campement avec le convoi des méharistes du Tagant, dans une forte position défensive. Il a avec lui trente et un tirailleurs et onze goumiers et un lourd convoi de chameaux ; son convoi d’ânes s’est égaré pendant la nuit et il a détaché à sa recherche le sergent Ouelo-Koulibaly, un caporal et sept tirailleurs. Il s’est attaqué à 4 heures 30 par une forte harka venue du Sud marocain et qui s’est renforcée des plus braves guerriers de l’Adrar ; cette harka a pour objectif la destruction des méharistes, malheureusement fixée dans une zone trop peu étendue ; elle a anéanti la veille un détachement de trente hommes, qui se sont fait tuer sur le corps de leur chef. Les deux cents hommes de la harka, déjà fanatisés, sont donc pleins de confiance. Ils étaient déjà bien approvisionnés en munitions et viennent de se ravitailler de nouveau par leurs prises.

    Ils s’avancent jusqu’à trois cents mètres en se dissimulant ; ils entourent le petit carré dans lequel les balles pleuvent pendant trois heures et où les chameaux mettent par deux fois le désordre en s’enfuyant ; puis le cercle se resserre et le feu diminue d’intensité, mais aucun tirailleur ne peut bouger sans être en butte à une forte fusillade ; les conducteurs maures du convoi, bien abrités, refusent d’approvisionner les tirailleurs dont les munitions s’épuisent : deux femmes de tirailleurs ouvrent les caisses et vont porter des cartouches aux combattants ; l’une d’elle est tuée : deux autres femmes la remplacent. Les pertes augmentent et la situation devient très grave, car la petite troupe est fixée sans possibilité de manoeuvre.

    Vers midi trente, un mouvement se produit chez l’assaillant : il n’est plus qu’à cent mètres et s’élance à l’assaut. Au moment même, des cris s’élèvent sur ses derrières. C’est le sergent Ouelo Koulibaly qui a marché au feu et, laissant ses ânes à la garde de son caporal et de trois hommes, se précipite sur les Maures avec quatre hommes. Les Maures ont bien vu le petit convoi qui leur a donné l’impression d’un renfort français ; c’est ce qui les a décidés à brusquer l’assaut, mais Ouelo Koulibaly et ses quatre hommes ont cheminé inaperçus et leur soudaine action, produisant l’effet de surprise qu’on peut attendre d’une contre-attaque au moment décisif, met en fuite les Maures sur lesquels se précipitent tirailleurs et goumiers : "Dans ce combat, écrit le vétérinaire Amiet, la conduite des tirailleurs a été admirable... Tous ont montré une ardeur qui, à certains moments, devenait téméraire. Quelques-uns, malgré de graves blessures, continuaient le combat et cherchaient à se rendre utiles.

    Les goumiers maures qui s’étaient montrés pleins d’entrain à l’affaire de Toumouzelli quelques jours auparavant, m’ont causé une déception cette fois-ci en se montrant beaucoup moins entreprenants. Les forgerons et les bergers ne nous ont pas secondés. L’exemple des deux femmes qui ont ouvert la caisse de cartouches a été suivi de deux autres qui ont distribué des munitions aux tirailleurs pendant tout le reste du combat." Sur un total de cinquante combattants, le détachement eut douze tués et onze blessés, soit près de la moitié de l’effectif atteint. Il n’a été sauvé que par l’adroite et courageuse initiative du sergent Ouelo Koulibaly. La femme tuée et les deux blessées furent citées à l’ordre des troupes de l’Afrique occidentale. »

     

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