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Malamine Camara
Malamine Camara est l'un des compagnons fidèles de Pierre Savorgnan de Brazza. D'origine soninké (?), il deviendra l'une des figures-clés de l'expansion coloniale française dans le bassin du Congo. On lui accordera la Médaille militaire pour les services rendus à la France le 1er février 1885. L'année suivante, il décède dans un hôpital militaire, sur l'île de Gorée, au Sénégal.
Extrait de la Biographie des coloniaux illustres, Paris, Imprimerie nationale, 1935.
« En 1879, de Brazza revenait de son premier voyage dans le Haut-Ogooué. Quelques mois après, sans prendre le temps de se reposer des fatigues endurées, il obtenait une nouvelle mission du gouvernement et repartait, le 27 décembre de la même année pour le Gabon. En passant à Dakar, il choisit comme chef de ses dix laptots* un caporal sénégalais – qui allait bientôt être promu sergent – Malamine. Grand gaillard, d’une trentaine d’années, vigoureux et adroit, Malamine avait appris à naviguer sur les chaloupes du Sénégal. Aussi dès son arrivée au Gabon, au début de 1880, se révéla-t-il piroguier habile et sut-il faire franchir à ses hommes, sans difficulté, les rapides tumultueux et perfides de l’Ogooué. Son ascendant naturel sur les autres indigènes, son coup d’oeil, son intelligence et son dévouement, décidèrent de Brazza, au moment où il laissait à Franceville la plus grande partie de ses compagnons, à ne pas se séparer de Malamine dans son raid.
En août 1880, après d’inimaginables efforts, de Brazza et sa petite escorte atteignaient enfin, en pleine nuit, une colline d’où leur vue «s’étendait sur une immense nappe d’eau dont l’éclat argenté allait se fondre dans l’ombre des hautes montagnes» ; c’était, venant du nord-est «où il apparaissait comme l’horizon d’une mer», le Congo.
Le 3 octobre, de Brazza signait avec Makoko, roi des Batékés, un traité établissant les droits de la France sur la rive droite du grand fleuve. Ce succès obtenu, de Brazza laissant la garde du pavillon français à Malamine, partit vers l’ouest pour atteindre directement l’océan. Regagnant Libreville par mer, il revenait à Franceville vers le reste de la mission, continuant son travail d’organisation, puis rentrait en France. Malamine restait sur les rives du Congo avec deux laptots. Il disposait, en outre, de quatre cents cartouches plus ou moins avariées. Autour de lui, à perte de vue, un pays inconnu, dont les habitants n’avaient pas tous bonne réputation. C’est alors que va subitement s’affirmer la figure de Malamine, diplomate avisé autant que chef énergique. Cette force qu’i puise dans la garde du drapeau qui lui a été confié, il la fait rayonner autour de lui. Son habileté, sa franchise créent, parmi les chefs indigènes, un réseau d’amitiés ; son prestige s’étend, son autorité se confirme chaque jour sur toute la rive droite du Pool. Malamine allait bientôt avoir à se servir de cette autorité dans des conditions pathétiques.
L’explorateur Stanley, Boula Matari ou le briseur de rocs, arrivait en 1881 à proximité de M’Foa, siège du « gouvernement » de Malamine. Ce dernier n’hésite pas. Habillé de façon aussi réglementaire que possible, précédé de son précieux pavillon, il se porte, muni de la copie du traité signé entre Makoko et Brazza, à la rencontre de Stanley.
Et dans cette entrevue qui a lieu près de Djoué, le calme résolu et la fière énergie du Sénégalais font reculer Stanley. Mais Boula Matari reste dans le voisinage. Aussi Malamine redouble-t-il d’activité auprès des chefs indigènes. Entre-temps, il reçoit la visite du père Augouard et lui témoigne une grande joie de revoir « un de ses semblables ». « Jusqu’à présent, ajoute-t-il, j’étais le seul blanc du pays… » Stanley ne s’avoue pas vaincu.
Ayant réussi à monter son vapeur – une machine qui va toute seule sur l’eau et fait tant d’impression sur les indigènes – il aborde avec de nombreux soldats le 1er janvier 1882 devant le poste de Malamine. Celui-ci ne bronche pas. A Stanley, qui souligne ironiquement la faiblesse de son poste et de ses ressources, et le menace presque ouvertement, il répond que « ni lui, ni ses laptots ne sont évidemment de taille à lutter contre l’équipage et le vapeur, mais, si petit que fût son poste, il représentait une grande force lointaine avec laquelle Stanley hésiterait sans doute à se mesurer. » Il ajoute que « son devoir étant d’exécuter à la lettre la consigne reçue, il n’y faillira pas. » Et Stanley repassa le fleuve. Malamine reçut pourtant un jour l’ordre de quitter M’Foa : le gouvernement français renonçait au Congo. Malamine n’en pouvait croire ses oreilles et, comme il avait reçu cet ordre verbalement, d’un indigène, il fit répondre qu’il n’abandonnerait sa mission que sur un ordre transmis par un blanc.
Le 1er mai 1882, cet ordre lui était porté par un quartier-maître français. Partir ? Rester ? Une lutte violente dut se livrer dans le cœur du Sénégalais : il sentit obscurément que « ce n’était pas possible ». Pourtant le papier était là, signé d’un lieutenant de vaisseau français. « Obéir ! » La consigne douloureuse, mais à laquelle on ne résiste pas, prévalut et Malamine partit. Mais il fit de son départ un simple voyage et promit de revenir bientôt avec de Brazza. Son engagement expirait. Il ne le renouvela pas et alla cacher sa tristesse dans son pays natal.
Et c’est dans son pays que, tout entier encore à la pensée des longs mois passés sur les bords du Congo, il apprit un jour – avec quelle joie – que son ancien chef, de Brazza, le rappelait d’urgence pour revenir sur les rives du Poll. Après un voyage où il joua un rôle important, Malamine revit son ami Makoko : il n’avait pas menti, il revenait… avec de Brazza. En 1885, Malamine recevait la Médaille militaire. Sa santé s’étant altérée, il rentrait au Sénégal où il mourait pauvrement en 1886 ».
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* laptot : matelot indigène, parfois piroguier, porteur ou débardeur.

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